Gbagbo: Un Caillou dans la Chaussure de Côte d?Ivoire?

L?attitude du président Laurent Gbagbo à la suite des accords, signés par lui-même, les partis politiques,
les militaires insurgés du 19 Septembre 2002, et par des representants de la communaute internationale,
est lourde de conséquences, non seulement pour l?avenir de la Côte d?Ivoire, mais surtout pour son
propre avenir politique. Que Gbagbo signe les accords de Marcoussis, nomme immédiatement de Paris
un premier ministre en la personne du modéré Saidou Diarra, pour se retracter par la suite une fois rentré
au pays, est une attitude qui enlèvera toute crédibilité autant nationale qu?internationale à la personne de
Gbagbo. Se pose alors la question si son départ du pouvoir n?est pas la seule solution à la crise ivoirienne.

Ndzana Seme

Les manifestations violentes fin Janvier-debut Fevrier dans les rues d?Abidjan contre les accords de
Marcoussis se sont soldées par la destruction du centre culturel et des biens francais, et par le retour de
centaines de familles en France. D?autres manifestations tout aussi violentes se poursuivent. Pendant ce
temps, les ?escadrons de la mort? continuent impunément à assassiner les responsables des partis
d?opposition soupçonnés par le pouvoir de connivence avec les soldats insurgés. Et le président Gbagbo
garde un silence complice dessus. Contrairement à sa promesse de s?adresser à la nation le 25 Janvier
2003 pour expliquer ses décisions prises à Paris et calmer ses supporters extrémistes excités des rues
d?Abidjan, il s?était plutôt dans son dernier discours répandu en critiques de l?accord qu?il qualifiait de
propositions qui ne sauraient primer sur la Constitution. Cette Constitution-même au sujet de laquelle la
Côte d?Ivoire se trouve actuellement gravement divisée. De plus, les accords de Marcoussis étaient
signés par le Sécrétaire Général de l?ONU, le president de l?UA, le president de la CEDEAO, le
president français et des presidents africains. Il s?agit donc d?un accord international. Et la Consititution
ivoirienne dispose que les accords internationaux priment sur la Constitution.

Par son coûteux silence prolongé, Gbagbo laissait comprendre qu?il est prisonnier des manifestants de la
rue (au demeurant harangués et dopés par les organes de presse de son parti, comme ?La Voie?, et par
des leaders politiques xénophobes tel Charles Ble Goude) et peut revenir sur toute décision que de tels
manifestants contesteraient. Cependant, le danger qu?il court est d?être jugé par l?opinion nationale et
Internationale comme un politicien véreux qui manipule et utilise des groupes d?extrémistes, généralement
de sa propre ethnie Bété, pour imposer sa volonté personnelle contraire aux voeux autant de nombreux
Ivoiriens que des investisseurs et travailleurs étrangers.

Les investisseurs étrangers, plus particulièrement, veraient desormais Gbagbo et ses supporters de la rue
comme un danger élévé pour leurs investissements et intérêts en Côte d?Ivoire. Or l?économie de ce
pays ouest-africain est essentiellement extravertie, reposant pour beaucoup sur des relations de confiance
avec les partenaires étrangers. Sous la direction de Gbagbo la Côte d?Ivoire ne rassure pas quant à un
approvisionnement sans entrave du marché mondial en cacao. Il en est de même des contrats signés par
le président ou l?Etat ivoirien qui risquent d?être dénoncés du jour au lendemain par le pouvoir Gbagbo
sous le prétexte de ?la pression de la rue?.

Au niveau national, la dénonciation des accords de Marcoussis par Gbagbo et les siens confirme
l?assertion selon laquelle ?Gbagbo dit quelque chose et fait son contraire?. Ceci donne du crédit aux
propos de Guillaume Soro, ancien compagnon de Gbagbo aujourd?hui leader politique du MPCI proche
des rebelles, selon lesquels ?Laurent Gbagbo est passé de socialiste dans l?opposition à tribalo-socialiste
une fois au pouvoir?.

Gbagbo aura agi avec les accords de Marcoussis comme il avait agi au sujet de l?assassinat du général
Robert Guéi (ancien chef d?Etat qui organisa les élections et céda le pouvoir à Gbagbo) en gardant le
silence sur la question. Il est avancé que les ?escadrons de la mort? proches de Gbagbo avaient assassiné
Robert Guéi pendant les moments troubles de la mutinerie, sous prétexte qu?il était à la tête des mutins,
alors qu?au contraire les chefs des rebelles actuels (notamment les sous-officiers Tué Fozié, Chérif
Ousmane et d?autres anciens exilés) sont ceux qui menèrent un coup d?Etat manqué en Janvier 2000
contre le général Guéi. Le parrainage par Gbagbo de l?assassinat de Guéi est à l?origine de la création
des deux autres mouvements rebelles de l?Ouest, qui ont compliqué encore plus la crise.

Il paraît donc que Gbagbo est réellement le caillou dans la chaussure de la Côte d?Ivoire.

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