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| Cameroun – Biya Mort ou Vivant ? Le pouls du pays durant le week-end, par Le Messager Echos du palais La rumeur enterre Biya vivant Noé Ndjebet Massoussi Un vent de panique souffle sur le Cameroun. Suite à un potin qui a donné le chef de l’Etat pour mort. Pendant plus de 72 heures, les Camerounais ont vécu l’incertitude, la consternation, l’affolement et la panique. Une rumeur persistante donnait le président Paul Biya pour mort depuis le jeudi 3 juin 2004. Elle a connu une propagation exponentielle vendredi et a atteint son apogée samedi avant de tomber progressivement dès dimanche. Dans les chaumières, taxis, bistrots, et autres lieux publics, c’était le seul sujet de conversation sur fond de métaphore, de présupposé ou d’allusion: « Est-ce que l’affaire là est vraie ? » entendait-on ici et là. Tous les moyens de communication avaient été mis à contribution. Le téléphone mobile a fonctionné comme il ne l’avait été jusque-là depuis son entrée au Cameroun. Tout comme Internet ou encore le bouche à oreille. Du coup, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, la vie s’est un peu arrêtée pour nombre de compatriotes dont le téléphone ne quittait plus l’oreille de jour comme de nuit. A Kousseri, des Camerounais originaires du grand Sud se seraient même rassemblés « en lieu sûr » pour réfléchir sur leur retour au cas où la triste nouvelle viendrait à être confirmée. Kribi qui prépare ardemment l’inauguration du terminal du Pipeline Tchad-Cameroun a suspendu son souffle. Douala et Yaoundé, les deux grandes métropoles du pays, sont restées dans un calme apparent, alors que dans les milieux du pouvoir central, c’était le branle-bas. A l’Assemblée nationale « l’affaire est gérée comme une rumeur », a confié au Messager un proche de Cavayé Yeguié Djibril rentré précipitamment d’une mission en Afrique de l’Ouest le jeudi maudit pour problème d’avion, dit-on dans son entourage - qui a été tout le week-end dans son village où il prépare le mariage de deux de ses enfants le mardi 8 juin. Très rapidement, certains partis politiques ont réuni leurs états-majors. Dans certains quartiers de Douala les populations se sont livrées aux réjouissances en guise de fête. Dans plusieurs ménages, on a procédé par prudence à l’accumulation des vivres. Des banques locales, débordées par les demandes de retrait d’argent ont dû fermer un peu plus tard que d’habitude le samedi. Dès banques locales ont, débordées par les demandes de retrait d’argent ont dû fermer un peu plus tard que d’habitude le samedi. Toujours est-il que, tout était parti d’une première rumeur faisant état de la fuite du chef de l’Etat avec femme, enfants, chats et chiens du pays. Rumeur née des conditions inédites de leur départ du Cameroun le 29 mai dans deux avions distincts “bien affrété”, dit-on.Cette première rumeur a été très vite tuée par cette autre qui annonçait Paul Biya dans le coma sur une table encore mort des suites d’une attaque cardiaque, évoquent certains tandis que d’autres estiment qu’il a été victime d’une coagulation intraveineuse dissimulée (Civd) qui est une émanation de la prostate. Une réunion d’urgence s’est même tenue à la présidence de la République le samedi 5 juin pour élaborer des stratégies afin de désamorcer ce qui s’apparente à une bombe. Le soin sera donné à la radio nationale. Le journal de 13 heures ce samedi porte la marque du directeur adjoint de l’information à la Crtv, contrairement aux éditions des week-ends ordinaires présentés généralement par de jeunes journalistes. Michel Ndjock Abanda, d’un ton rassurant, ouvre le journal avec les préparatifs de l’inauguration du terminal de Pipeline dont, selon lui, les travaux sont suivis personnellement et de très près par le président Paul Biya, bien que hors du pays depuis une semaine. Pour donner plus de crédit à cette information, c’est une autre grosse légume de la Crtv, Antoine-Marie Ngono, directeur de l’information qui se charge du papier, annonçant par ailleurs le calendrier du chef de l’Etat que la rumeur avait pourtant enterré vivant. Ainsi, Paul Biya devra recevoir le Roi du Maroc le 23 juin et le Prince Edward de Grande-Bretagne qui est arrivé au Cameroun hier 6 juin. Il va aussi présider l’inauguration très prochaine du terminal du Pipeline (probablement le 12 juin). « Je tiens à préciser qu’il (Paul Biya, Ndlr) tient à les recevoir (ses pairs et autres hôtes de marque, Ndlr) personnellement », a souligné Antoine-Marie Ngono qui affirme en substance que de bonnes sources « l’événement du siècle » se prépare « sous la haute supervision du chef de l’Etat ». Fumée et feu La démarche de la Crtv avait pour objectif de démontrer que le président Paul Biya était bel et bien actif, donc pas mort. Une manière très subtile de démentir les cancans qui, comme une traînée de poudre, se sont répandus non seulement dans tout le territoire national, mais également à l’étranger (France, Angleterre, Autriche, Suisse, Grèce, Allemagne…) sans que personne ne tienne le bon bout. Mais le fait que la Crtv annonce que le président de la République travaille sereinement sur les dossiers du Pipeline et la Commission mixte Cameroun-Nigeria suffit-il pour effacer cette rumeur des esprits où elle a pu trouver une bonne place du fait que l’opinion sait que l’état de santé du président de la République est un sujet tabou ? Et qu’il n’est pas facile d’avoir les informations si sensibles auprès de l’entourage de l’homme du 6 novembre qui développe chaque jour davantage un mystère autour de lui. N’empêche ! A la présidence de la République, l’idée de produire un visuel qui montre Paul Biya en mouvement dans les plus brefs délais a été avancée. Des sources de la famille présidentielle affirment que le président Paul Biya a effectivement fait son sport au matin du 5 juin, comme d’habitude. Un peu comme pour confirmer la bonne santé du chef de l’Etat. Joint par un correspondant du Messager, L’hôtel Intercontinental en Suisse où séjourne le chef de l’Etat a entériné l’information. Soit. Mais d’où est venue cette flopée de rumeurs sur la santé et la vie du président de la République à quelques mois de l’élection présidentielle ? Ces rumeurs sont-elles aussi gratuites ? Est-ce une manœuvre du pouvoir pour mesurer le degré de sympathie du peuple au président Biya avant qu’il ne décide de se porter candidat ou non à sa propre succession ? Dans tous les cas, l’environnement actuel est propice aux rumeurs déferlantes sur le bilan de santé de Paul Biya. Ses multiples va-et-vient entre le Cameroun et l’Europe donnent à spéculer. Les séjours présidentiels hors du pays sont devenus très réguliers et même cycliques, sans que le peuple ne connaisse les raisons profondes de ces déplacements financés par l’argent du contribuable. En 5 mois depuis le début de l’année 2004 Paul Biya est sorti du pays 4 fois (du 29 janvier au 28 février ; du 7 au11 mars ; du 25 avril au 6 mai et depuis le 29 mai) et a cumulé près de 55 jours à l’étranger, généralement avec femme et enfants. L’autre indice qui aurait pu alimenter la rumeur c’est l’important mouvement de devises vers l’étranger qui aurait été observé dans les milieux financiers locaux. Reste que, depuis que ces rumeurs circulent, nombre d’opérateurs économiques ont réalisé de bonnes affaires. A l’instar des opérateurs de téléphonie mobile, des magasins et grandes surfaces, des débits de boisson. Comme quoi, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Mort ou vivant Panique générale à Yaoundé Joseph Flavien KANKEU Accrochés aux postes radio sans toutefois tarir d’imagination, les citoyens de Yaoundé ont sans doute vécu le week-end le plus émouvant de l’ère Biya. «Le pays s’est gâté », s’exclame un citoyen. « Es-tu aussi au courant ? », s’interpelle-t-on au quartier. Réponse interrogative : « qu’est ce qui s’est passé ? » « Non, cela ne peut pas sortir de ma bouche ». C’est ainsi qu’allait de bouche à oreille la rumeur sur la mort du président de la République à Yaoundé. C’est que, en Afrique, on ne dit jamais que le chef est mort. Mais plutôt que le royaume ne se porte pas bien. Au quartier Ekounou, le samedi 5 juin 2004, sur les coups de 16 heures, un silence hors du commun règne au carrefour du marché, coin très réputé pour ses ambiances carnavalesques en fin de mois. Les bras croisés, des centaines d’habitants du secteur sont réunis autour d’un poste récepteur, attendant impatiemment le démenti ou la confirmation de la rumeur sur la «mort » de M. Biya. Une mobilisation que l’on n’observe généralement que lors des compétitions internationales de football, mettant aux prises les Lions Indomptables avec des équipes d’autres pays. Radio France Internationale est alors, selon la majorité, bien indiquée pour donner une information de cette ampleur. Il est 18 heures. Le journal de Rfi est annoncé. Une bonne poignée de personnes : hommes, femmes et enfants confondus accourent silencieusement et s’installent. Malheureusement, le premier titre fait allusion à une rencontre entre Chirac et Bush. C’est le découragement total. « Les Blancs ne cachent jamais leurs choses. S’il était mort, Rfi l’aurait dit », lance un vieillard. « Ce n’est pas un petit. Si on annonce comme cela, les gens vont disparaître avec le budget du Cameroun et certaines personnes vont signer leurs dossiers qui chômaient à la présidence », répond naïvement un jeune vendeur de cigarettes. Entre temps, la bande du poste récepteur va de fréquence en fréquence sans trouver une station susceptible de déplanter le doute. « Je suis sûr que c’est vrai pour des raisons simples. Chaque fin du mois, nous voyons les militaires boire ici. Mais vous-mêmes, dites-moi où ils sont ce mois. Il y a quelque chose qui ne va pas », argumente un taximan. « Je vous rappelle que toute cette matinée, la majorité des femmes que je transportais allaient dans les supermarchés pour acheter des sacs de riz et d’autres aliments en prévision des mouvements. Sachez qu’il n’y a jamais de fumée sans feu », corrobore un autre opérateur du transport urbain. Le temps passe. Il est 19 heures. Subitement, les gens réclament le silence. Comme dans une salle de classe du cours élémentaire, les bavards s’exécutent. Le gérant vient de capter, en manipulant son poste récepteur, Radio Reine qui annonce son journal du soir. C’est Richard Touna qui prend la parole et annonce un point d’actualité spécial. « Bonjour et bienvenue à ce point d’actualité spécial. Depuis quelques heures, une rumeur persistante tendant à faire croire que le chef de l’Etat serait décédé traverse l’opinion publique. Au stade actuel de nos informations, le président Paul Biya est vivant et serait même en bonne santé », affirme Radio Reine. «Si le type-là meurt, déclare un homme à la silhouette imposante, la Coalition va se disloquer immédiatement parce que chacun se verra bien parti pour lui succéder. C’est seulement de Biya que les opposants avaient peur. Dans tous les cas, le président de l’Assemblée va aussi gouverner pour 45 jours. Il est en haut ». Ce point de vue fait l’objet de vives discussions. Instantanément, le patron du bar entre et demande à tous ses clients d’arrêter de boire et de rentrer chez eux. Ce qui conforte encore la rumeur selon laquelle le président serait mort, rumeur qui continue d’animer toutes les conversations dans le pays. Mal faite La communication gouvernementale ajoute à la confusion Jean Vincent Tchienehom Le démenti officiel du décès du président de la République, colporté par la rumeur, calme le jeu mais ne clot pas le dossier. La défiance que suscite la « parole » venue d’en haut est pleine et entière. Dimanche en mi-journée sur les antennes de la radio publique, le directeur général de la Crtv a raconté comment dans un avion de la Camair, lui et l’un de ses collaborateurs ont échoué à convaincre un compatriote d’aller vérifier à la source, auprès du Pdg de la compagnie aérienne nationale qui était du voyage, que le « Combi » à bord duquel ils se trouvaient n’avait pas été vendu, comme il le prétendait. La démarche lui semblait superflue, les gens du gouvernement et leurs affidés se comportant selon lui en spécialistes du bobard. Majoritaires sont les auditeurs qui se sont comportés comme notre passager irascible quand ils ont suivi au cours de l’émission, la lecture du démenti officiel de la mort du chef de l’Etat. Cette défiance se traduit parfaitement dans les réactions des leaders d’opinions que Le Messager publie par ailleurs. Pour certains, l’entourage présidentiel retarde l’annonce du décès pour mieux détourner en sa faveur les dispositions de la dévolution du pouvoir. Pour d’autres, c’est un coup monté par le camp présidentiel, pour compter ses vrais partisans ou contre l’opposition, « pressée de prendre le pouvoir. » La présidence de la République rappelle dans son communiqué « que le chef de l’Etat est actuellement en Europe où il effectue un bref séjour privé. » Mais l’Europe va de l’Atlantique à l’Oural. Se trouve-t-il à Londres où il serait décédé dans un hôpital, suite à une opération qui aurait mal tourné ou bien à Genève à l’Hôtel Intercontinental où il aurait été victime d’une attaque cardiaque, hypothèses hardies avancées par le réseau internet dont la force est qu’elle fait le tour de la planète en un rien? N’est-elle pas galvaudée à outrance l’expression « bref séjour privé » qui accompagne depuis deux décennies l’annonce hermétique des voyages présidentiels ? Un « bref séjour » comporte combien de jours ou de semaines sous la plume des scribes du Cabinet civil et du Secrétariat général de la Présidence ? On comprend qu’en dépit de la grosse artillerie qu’elle a déployée, la Crtv n’ait réussi à convaincre que ceux qui le voulaient bien ! Sa mission s’est révélée d’autant plus périlleuse que la radio et la télévision d’Etat avaient émis depuis la veille des signaux qui laissaient libre cours à toutes sortes d’interprétations. Samedi en effet, elles avaient déployé l’opération « mort à la rumeur » destinée à retourner auditeurs et téléspectateurs, soupçonnés d’avoir accordé foi à la mauvaise nouvelle qui avait envahi le pays comme une traînée de poudre. Au journal parlé en mi-journée, le directeur de l’information et son adjoint étaient montés au créneau pour décrire l’agenda chargé du chef de l’Etat au moment de son retour dans les prochains jours et souligner comment il avait donné des instructions, « personnellement » (sept fois dans la bouche des commentateurs), pour le règlement de graves incidents survenus à l’Extême-Nord et la réussite de l’inauguration du terminal du pipeline à Kribi. La télévision a pris le relais dans la soirée en diffusant à longueur d’antenne des images d’archives du couple présidentiel. Ces images, vues en même temps que celles de l’ancien président américain Ronald Reagan dont on apprenait malencontreusement le décès ont produit l’effet inverse souhaité, en suggérant que quelque chose de grave était arrivé au président de la République. Même la tenue noire ( le costume vert olive est apparu tel pour des raisons techniques) de Charles Ndongo dans son émission diffusée plus tard dans la soirée était du plus mauvais effet, bien que l’intéressé affirme que l’émission était préenregistrée ! Il faut plaindre la Crtv qui s’est battue avec les moyens du bord, en l’absence de l’onction officielle, pour endiguer les dégâts de la rumeur. Emportée dans son scénario de la réponse graduée à la crise, la Présidence de la République s’interrogeait pendant ce temps si le moment était venu de sortir du chapeau son fameux communiqué. On l’a vu, ce texte ne suffira pas à convaincre les Camerounais que Biya est vivant ou qu’il n’est pas à l’article de la mort. La communication de crise réussit d’autant moins à un régime cachottier que d’ordinaire l’information du public auquel il devrait rendre compte n’est pas dans sa culture. La vacuité du site internet de la Présidence de la République est significative à cet égard. A quelque chose, malheur est bon. Si les services spéciaux ont fait correctement leur travail, ils auront à cœur de rapporter fidèlement au Palais d’Etoudi qui devra en tirer la leçon, comment à la base les Camerounais ont accueilli la rumeur du décès du premier magistrat camerounais, en relevant leurs attitudes et commentaires et leurs souhaits pour l’avenir. Ne dit-on pas que “seuls les imbéciles ne changent pas” ! |
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