La Fuite des Cerveaux Africains - Une saignée à l’échelle continentale
La faiblesse principale de l'Afrique, en termes de mouvement nécessaire vers le développement économique, est le manque d'une forte main d'oeuvre de travailleurs hautement qualifiés, d’ingénieurs et d’universitaires locaux. Pour beaucoup de raisons, y compris leur persécution par les souverains locaux allergiques à toutes autorités intellectuelles incontrôlables et aux discours non autorisés, les "cerveaux" africains fuient vers les pays occidentaux à la recherche de prés plus verts. Il est incontestable que chaque individu, et surtout le "cerveau", doit rester libre de chercher le bonheur partout où elle/il peut le trouver. Cependant, une fois réalisé, ce bonheur peut être attristé par les seules nouvelles de famine, de maladies et de désespoir qu’on reçevrait du continent mère l’Afrique. Par conséquent, au lieu d’hypohequer sa vie entière à aider à stimuler le développement d'un pays d'asile qui est déjà développé, la première priorité devrait être réservée aux solutions qui maintiennent le lien de l'aide en Afrique. Il sera très utile, sinon essentiel, pour un médecin ayant quitte son pays africain de rechercher principalement des postes aupres des organismes internationaux afin d’aller exercer en tant que docteur en Afrique (pas nécessairement dans son pays d'origine), au lieu de prendre le poste dans un hôpital de son pays d'asile. Toutes considérations faites, un "cerveau" qui s'assure un contrat avec une organisation internationale bénéficie d’un pouvoir d'achat en Afrique plus élévé que ce qu’elle/il pourrait jamais obtenir pour le même poste dans son pays occidental d'asile. La Diaspora africaine des travailleurs hautement qualifiés est certainement la seule ressource qui puisse actionner le mouvement de l'Afrique vers le développement économique. Cette Diaspora peut réaliser ce changement historique seulement si chaque travailleur hautement qualifié, ingénieur ou universitaire lie sa conception du bonheur au développement de l'Afrique.
Plus de 20 mille "cerveaux" chaque annee

Par Mika Lom
Sud Quotidien (Dakar)
Publie au Web le 12 Decembre 2002

Le phénomène de la fuite des cerveaux ne préoccupe pas que les Sénégalais. Il est à l'ordre du jour au niveau de certaines instances de l'Union africaine. La récente conférence des ministres africains de l'éducation (Minedaf VIII), tenue à Dar-Es-Salam du 2 au 6 décembre a d'ailleurs reposé la question sur la table, à la suite des travaux de la Commission économique des Nations-Unies pour l'Afrique, tenue récemment à Addis-Abéba.
Cette commission estime entre 10.000 et 20.000 les personnes hautement qualifiées qui quittent chaque année le continent pour aller monnayer leurs compétences ailleurs. En somme, entre 1960 et 1975 près de 27.000 cerveaux ont fui le continent et les effectifs ont atteint même 40.000 entre 1975 et 1984.
La Banque Mondiale a estimé que le nombre de personnes hautement qualifiées fuyant le continent était d'ailleurs beaucoup plus élevé qu'on le pense.
Selon l'institution financière internationale, ils sont 23.000 universitaires et quelque 50.000 managers qui émigrent chaque année vers les pays du Nord. Les chiffres présentés par les uns et les autres montrent que le rythme de sortie des cerveaux et de personnes hautement qualifiées en Afrique s'accélère. Et l'estimation la plus partagée est que "la diaspora intellectuelle africaine représente 30 % de la population hautement qualifiée présente sur le contient".
Les Etats-Unis d'Amérique et la France constituent les principales destinations des cerveaux en fuite. Le document de la Commission économique des Nations-Unies sur la question, fait état d'un chiffre de 55.320 cerveaux, toutes origines africaines confondues, qui ont fui le continent en 1993 contre 57.965 en 1995 et 59.788 en 1997, soit 4 % du total de l'ensemble des personnes étrangères hautement qualifiées en service à l'étranger.
Les sub-sahariens plus nombreux et plus qualifiés
Les africains Sud-sahariens représentent 36.122 sur le total général pour l'année 1993 contre 38.037 pour l'année 1995 et 40.137 pour 1997, soit un total de 2,6 %. Ces chiffres indiquent un accroissement de près de 1000 personnes qui sortent annuellement du continent. Sur ce nombre total de cerveaux migrant vers l'étranger, la France en a reçu 366 en 1997 contre un effectif nettement supérieur de 604 en 1998 et 1079 en 1999. Sur ces effectifs les Sub-sahariens sont estimés à 102 personnes à avoir émigré vers la France en 1997, soit un total de 5 % de l'ensemble contre 181 en 1998, représentant un taux de 8,5 % et 307 en 1999, soit 10 % de l'ensemble des cerveaux en fuite.
Ce qu'il y a lieu de constater, selon l'enquête rendue publique par la Commission économique des Nations-Unies, c'est que les migrants d'Afrique au Sud du Sahara ont en moyenne un niveau de qualification beaucoup plus élevé que ceux venant des autres pays en développement.
Mais l'impact sur le stock des ressources humaines varie d'un pays à un autre. C'est ainsi que dans des pays comme l'Afrique du Sud, le phénomène se pose avec une acuité telle qu'il bouleverse toutes les données. La diaspora sud-africaine représente près de 50.000 individus contre une population correspondante dans le pays de 1.250.000 personnes d'après le recensement effectué en 1996. La diaspora sud-africaine représente donc 4 % du total de ces effectifs de personnes hautement qualifiées.
Le Ghana fait partie des pays gravement affectés par le phénomène de la fuite des cerveaux car il y a entre 600 et 700 médecins ghanéens qui officient actuellement aux Etats-unis. Ces effectifs représentent la moitié des médecins actuellement restés dans ces pays.
Au Nigéria, le total des cerveaux en fuite est estimé à 10.000 universitaires alors que ceux qui sont restés au pays ne dépasserait guère 15.300. C'est dire parfois que cette fuite compromet dangereusement les efforts de développement des pays d'Afrique.
Comparé à la moyenne de cerveaux en fuite dans certains pays, le Sénégal semble loin du seuil de la catastrophe puisque son rythme annuel de perte de cerveaux atteint ou dépasse difficilement 10 individus par an. Alors que des pays comme le Nigéria et le Ghana en enregistrent plus de la centaine.
M. Mika Lom
12 Décembre 2002
Publié sur le web le 12 Décembre 2002