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CAMEROUN APRES LE MEUTRE DE NKONTEH BAMEDA SOUS HAUTE TENSION Des colonnes de militants du Social democratic front (Sdf) se déferlent dans les rues de Bamenda depuis lundi pour dénoncer l'assassinat de John Nkonteh, président du district Sdf de Balikumbat assassiné le 20 août 2004. «Je déclare une semaine de deuil dans cette ville, en l’honneur du disparu ; dites à vos officiers de ne pas m’interrompre ni me déranger... Déjà quand Mme Biya était décédée, j’ai suspendu pour une semaine toutes mes activités, tournée de campagne, etc. » C’est en ces termes que John Fru Ndi, chairman du Social democratic front, principal parti de l’opposition, entièrement trempé, exprime son ras-le-bol au gouverneur Koumpa Issa du Nord-Ouest, face à ce qu’il appelle « la contemplation ou la non arrestation jusqu’alors de Fon Doh Gah Gwanyin, l’assassin du président du district électoral Sdf de Balikumbat » depuis l’acte odieux de vendredi 20 août. Il est 12h40mn lundi 23 août 2004. Il pleut des cordes sur la ville de Bamenda depuis plus d’une heure. Cette pluie n’altère point la détermination des responsables, militants et sympathisants du Sdf, à marcher sur la ville. Ils scandent « nous avons décidé d’exiler Fon Doh ». Sur des pancartes et banderoles, on peut lire « Fon Doh Gah gwanyin de Balikumbat est déclaré persona non grata dans le Nord-Ouest », « Fon Doh a encore tué », « arrêtez Fon Doh », « Fon Doh doit être jugé », « Nkonteh est la sixième victime de Fon Doh », « Nous exigeons la levée de son immunité », etc. C'est depuis 10h 30 que les militants du Sdf se déferlaient en masse dans les artères de la métropole provinciale du Nord-Ouest, pour une marche qui va les conduire respectivement du siège provincial du parti, en passant par l’avenue commerciale, Hospital Round About, le marché des vivres. A leur passage, les manifestants exigent la fermeture des boutiques et lieux de commerces ; les marchés également. Ils y sont aidés par certains éléments des forces du maintien de l’ordre. L’objectif étant d’éviter tout affrontement. Les véhicules jaunes (taxis) changent d’itinéraire ; tout est paralysé. Après un stop au lieu mythique dénommé Liberty Square, le chairman entouré de ses députés et maires (mouillés jusqu’à leur petite culotte) prennent la direction des services du gouverneur à Up Station. Informé, le Numéro1 et tout le gratin administratif et sécuritaire de la province rejoignent les manifestants au lieu dit Handicraft, non loin de Finance junction. Le chairman et ses lieutenants viennent de parcourir plus de 7km sous une pluie battante. Ils réclament la tête, l’arrestation, mieux, la mise sous les verrous du député maire Rdpc (parti au pouvoir) Fon Doh Gahgwanyin, chef traditionnel du village Balikumbat. Il est accusé d’être l’assassin du président du district électoral Sdf ; meurtre survenu des suites de bastonnade le 20 août dernier dans ce village. « Si vous ne pouvez pas l’arrêter, si vous ne pouvez rendre justice, nous le ferons à votre place. Lorsqu’il y a meurtre, l’exécuteur est immédiatement interpellé, même pour sa propre sécurité », fulmine l’honorable Joseph Mbah Ndam président du groupe parlementaire Sdf à l’Assemblée nationale. Et le questeur Yoyo Emmanuel d’ajouter : « Nous sommes des parlementaires, l’immunité ne couvre pas le meurtre. Il y a des témoins qui l’ont vu ; c’est lui (Doh) qui a donné le dernier coup de massue qui a abouti à la mort de Nkonteh ». Les récriminations sont multiples et chacun veut se faire entendre par le gouverneur. Echanges serrés Le ton monte. « Vous étiez présent quand il menaçait cet homme, monsieur le gouverneur, vous l’avez suivi, vous connaissez son langage, son agressivité, ce n’est pas la première fois. Qu'est-ce ce que vous voulez pour ce pays ? », demande John Fru Ndi. Et le député Yoyo Emmanuel de renchérir : « J’étais présent, le gouverneur et tous ces officiers aussi, quand Doh déclarait : ‘ Je suis un lion attaqué ; un lion provoqué est forcé de se défendre». Tout porte à croire que l’assassinat de Nkonteh John est bel et bien parti de cette séance de travail relative à l’évaluation du processus d’inscription sur les listes électorales convié à Ndop par le gouverneur Koumpa Issa le 20 août dernier. Et le chairman du Sdf d’attirer l’attention du gouverneur sur la responsabilité des enquêteurs et des forces de maintien de l’ordre : « Dites à vos officiers de prendre en main leur responsabilité ; que justice soit rendue », fulmine-t-il. Le Numéro1 de la province tout en condamnant fermement cet « acte cruel » rassure ses interlocuteurs que « Justice sera rendue et les coupables punis. Les enquêtes ont été ouvertes et sont conduites par le commandant de la légion ». Une déclaration qui n'a pas l’assentiment de Fru Ndi pour qui « la lenteur judiciaire, c’est le refus de la justice ». Il tire son expérience des affaires « Nnoko Mbelle, Nfon Mukété et Cie à Kumba », son souhait étant de voir le Fon de Balikumbat gardé au gnouf maintenant. Ville morte Pour le gouverneur Koumpa, « ce n’est pas une question de lenteur judiciaire mais d’applicabilité de la loi. Nous devons appliquer la loi », retorque-t-il. Fru Ndi pour sa part n’entend pas se prêter à ces allégations du représentant de Paul Biya dans la province. « Je resterais dans les rues jusqu’au jour où vous me téléphonerez pour m’informer de l’interpellation et incarcération de Doh. Immédiatement, j’abandonnerai ces manifestations de rues », martèle le leader du parti du 26 mai 1990. Ce qui a fait dire à Koumpa Issa « Vous serez informé au fur et à mesure de l’évolution de l’enquête. Je ne suis pas du judiciaire, je ne peux non plus rien vous promettre. Je veux agir d’abord puis je vous donne la vraie information ». John Fru Ndi vient ainsi de lancer l’opération ville morte à Bamenda ; une opération qui commençait hier mardi. Il est conscient des désagréments que va subir la population, en cette semaine de deuil « Je sais o combien l’économie de la province va en pâtir, le processus électoral également. Je suis conscient des difficultés que vont rencontrer les parents surtout en ce moment d’intense préparation de la rentrée scolaire, mais je crois que c’est le prix à payer ; en fin de compte, nous avons besoin d’un pays vivrant en paix, où vous et moi, serons libres et protégés par les lois du terroir... pas un pays où des criminels se cachent derrière le Rdpc pour le détruire », conclut le leader du Social Democratic Front. L'affaire, telle qu'elle est partie, ne laisse pas les leaders de la Coalition indifférents. Déjà hier aux environs de 12 h, Fru Ndi était rejoint par Adamou Ndam Njoya, Sanda Oumarou, Jean-Claude Pahaï, Sindjoun Pokam, Antar Gassagay, Georges Nyamdi, Noucti Tchokwago, Kago Lélé et Etienne Sonkin. Tout ce beau monde a immédiatement pris la route pour Balikumbat où s'est déroulé la macabre scène. Ils ont tous promis d'aller jusqu'au bout. Cet assassinat, un de plus, un de trop risque d'être le déclic d'une instabilité sociale. Les leaders de la Coalition ont promis d'aller jusqu'au bout. Jusqu'où ? En tout cas, le feuilleton ne fait que commencer. Par Donat Suffo, Le Messager Le 25-08-2004 Paul Biya en difficulté L’assassinat du militant du Sdf John Nkonteh et l’affaire Niba Ngu contre l’Etat du Cameroun en cours devant la Cour internationale d’arbitrage de commerce de Paris érodent la crédibilité du Rdpc et de Paul Biya dans les provinces anglophones. Ni John Fru Ndi dispose désormais de deux arguments de choc pour entretenir son vivier électoral lors du prochain scrutin présidentiel. Lundi 23 août, la marche de protestation qu’il a conduite dans les rues de Bamenda pour dénoncer l’assassinat d’un cadre de son parti par les miliciens du Fon de Balikumbat a connu un succès qui vient consolider sa ligne de démarcation dans l’optique d’une candidature à la prochaine élection présidentielle. Les errements du Fon de Balikumbat, président de la section Rdpc locale et député à l’Assemblée nationale sont ainsi venus raviver l’exaspération d’une population foncièrement rebelle et regardante sur ses droits. Quels que soient les résultats de l’enquête en cours pour établir la culpabilité ou non du Fon de Balikumbat dans cette histoire d’assassinat d’un citoyen, c’est le régime Rdpc qui sort sali, diminué et discrédité dans cette affaire qui reconfigure les enjeux de la future compétition électorale entre le Rdpc et le Sdf ou la Coalition, dans la province du Nord-Ouest en particulier et l’aire culturelle anglophone en général. Le cas Niba Ngu La perte de confiance en Paul Biya dans les régions anglophones est aussi nourrie à l’intérieur du Rdpc par un membre du comité central de ce parti, John Niba Ngu qui vient de traîner l’Etat du Cameroun en justice à Paris. Ancien ministre et « Personnalité ressource d’accompagnement » du Rdpc dans la province du Nord-Ouest, la démarche de John Niba Ngu sera exploitée à fond par l’opposition, comme une illustration suffisante du peu de crédibilité du régime. Ce dossier fait déjà l’objet de divergences d’approche entre le ministre d’Etat Secrétaire général de la présidence et le ministre des Finances. Pendant que Jean-Marie Atangana Mebara recommande un règlement à l’amiable de l’affaire, Michel Meva’a Meboutou souligne que John Niba Ngu a été écarté de l’actionnariat de la Cameroon Tea Eastates par ses partenaires de Brobon Finex Limited et non du fait de l’Etat du Cameroun avant de conclure que “John Niba Ngu n’a connu aucun préjudice du fait de l’Etat du Cameroun”. La bataille juridique et judiciaire entreprise par ce ponte du Rdpc, prétendant à la Primature, déleste l’Etat du Cameroun du viatique de crédibilité dont il pourrait se prévaloir auprès des investisseurs étrangers. Paul Biya qui était assuré d’une campagne électorale tranquille est désormais dans l’incertitude. Son succès électoral dans l’aire culturelle anglophone est mis à rude épreuve par John Niba Ngu et le Fon de Balikumbat. Ni John Fru Ndi du Sdf et la Coalition entendent exploiter cette brèche pour se faire des voix… Par Richard TOUNA Le 25-08-2004 |
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