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| CAMEROUN L’usage de l’ « instabilité » par un régime déterminé à imposer la tyrannie 06/11/2004 - Avec le canular sur sa mort, loin de pouvoir capitaliser politiquement un sentiment de compassion que les Camerounais n’ont plus envers sa personne et sa vie, le président Paul Biya a plutôt démontré clairement qu’il est la source de l’instabilité profonde qui hante le Cameroun. Ndzana Seme La rumeur que Paul Biya a fait circuler le week-end dernier sur son propre décès - à l’image de Lansana Conté de Guinée Conakry qui s’était annoncé mourrant puis mort avant de sévir contre « ceux qui veulent (sa) mort », ou encore la tentative d’assassinat du premier ministre thaïlandais en mars 2001 avec l’explosion de son avion ayant mis en question l’image patiemment cultivée de nation la plus stable d’Asie et provoqué de nouveaux secours américains pour renforcer le gouvernement – avait pour objectif l’usage de la terreur par le régime de Yaoundé, dans le but de modifier ensuite la Constitution de façon à ce qu’il n’y ait plus de démocratie du tout au Cameroun. Imaginez un peu que nous, The African Independent, n’entrions pas dans la danse le 5 Juin, que nous ne rendions pas publiques, minute après minute, toutes les informations que nous recevions de toute part, y compris le numéro de téléphone où se tapissait le supposé décédé entrain de « rigoler », que nous n’ayons pas déployé toutes les stratégies successibles de mettre à nue un canular et à en désagréger l’effet escompté par ses auteurs. Ce qui est certain c’est qu’à partir de lundi dernier, les journaux indépendants du Cameroun allaient circuler, certains leaders politiques allaient s’exprimer, afin de calmer la déroute des Camerounais, qui auraient trouvé le silence d’Etoudi insoutenable, au moment où une vacance du pouvoir non réglée par la Constitution risquait de faire basculer le pays dans le chaos. Dans cette situation organisée par Paul Biya, si le Peuple était un être vivant, il aurait connu une crise cardiaque. Et une crise cardiaque du Peuple finit généralement dans le chaos. Paul Biya avait cependant organisé les conditions de ce chaos, en rigolant tranquillement et cyniquement dans les salons douillets de l’hôtel Intercontinental de Genève en Suisse. D’un cynisme de marbre, la stratégie de Paul Biya consistait à faire réagir ses lieutenants du gouvernement, une fois les médias indépendants et les leaders politiques visés osaient dire un mot sur la nouvelle de sa mort – comme ils l’ont fait sur nous, malheureusement d’une manière précipitée et non prévue -, en dénonçant les « propagateurs de fausses nouvelles ». Les journaux indépendants du Cameroun – qui auraient difficilement publié quelque chose de différent par rapport à ce que nous avons fait depuis le 5 Juin – auraient été fermés et les auteurs des articles incriminés arrêtés. Les leaders politiques qui se seraient prononcés sur le sujet auraient également été arrêtés, accusés de « complot contre la sécurité de l’Etat », poursuivis comme de vulgaires individus « à l’origine de la rumeur faisant état de la mort du président de la république », etc., etc. Paul Biya aurait ainsi eu un prétexte en or pour ordonner un changement fondamental des « institutions républicaines » en sa faveur, notamment l’organisation d’élections présidentielles anticipées - afin de faire voter les Camerounais au moment où ils seraient encore sous l’effet de la peur à cause de la terreur d’un président courroucé -, la modification de la Constitution en y enlevant toute clause portant limitation des mandats présidentiels, et en y enlevant aussi toute mention de l’institution Sénat. Nous n’avons pas besoin d’être devins pour dévoiler les sombres et bas desseins qui animaient Paul Biya en faisant courir la rumeur sur sa propre mort. Idriss Deby vient de le faire au Tchad, en modifiant de cette manière la Constitution et en dissolvant l’institution Sénat. Il n’y a plus à se poser des questions quant à savoir si ceci n’est pas la nouvelle stratégie dessinée par Paris pour faire retourner nos nations sous la tyrannie de potentats régnant sur un désert démocratique. En effet Jacques Chirac avait apporté à Deby le soutien total de la France, à travers un message « d’amitié, de confiance, de gratitude », en ajoutant que « la France reste très vigilante et prête à soutenir tout ce qui contribue à la stabilisation politique… et d’une manière générale à la paix dans la région ». Paul Biya s’appuie également sur un autre soutien de taille, celui des Etats-Unis, en se permettant de rechercher la paix en préparant la guerre. En effet, lors de sa visite « traître » à la Maison Blanche en Mars 2003, le Secrétaire d’Etat Colin Powell disait ceci de Paul Biya en tapotant amicalement sur son épaule : « le gouvernement des Etats-Unis fera tout ce qui est possible pour renforcer le gouvernement de monsieur Biya ». Et il poursuivait : « Le Cameroun est un îlot de stabilité dans cette partie de l’Afrique ». On comprend pourquoi Paul Biya, lors de son interview triomphal d’avant-hier, tenait à insister sur la stabilité, en martelant « le pays est stable », ou encore « j’invite les Camerounais à redoubler de vigilance pour conserver leur stabilité ». Il devient donc clair que Paul Biya a cherché à créer des preuves d’instabilité, qu’il devait par la suite présenter à Jacques Chirac et à Georges W Bush, afin que ces derniers soutiennent son plan diabolique de lancement du Cameroun dans le chaos d’une tyrannie primitive. Et il l’aurait réussi… si nous ne lui avions pas imposé un sabotage bien professionnel de ses plans machiavéliques. Par conséquent, les Camerounais devraient s’atteler aujourd’hui, plus que jamais, à une réflexion de fonds sur le système qui les gouverne, dont les ficelles sont tirées à partir de l’Occident. Un Occident déterminé à maintenir la terreur sur la nation, à travers la tyrannie de leurs suppôts à la tête des Etats inadaptés au contexte africain. Si la solution d’un changement fondamental, par le Peuple, des institutions occidentalistes qui maintiennent le Cameroun et l’Afrique dans la vermine, n’est pas appliquée, il n’y aura pas de bout du tunnel pour nos peuples paupérisés. Le système politique républicain, imposé par la France au Cameroun et à d’autres pays africains sous son influence, est la source fondamentale de l’instabilité de nos pays. Non seulement ces pays sont gouvernés par des institutions importées et inadaptées, et par conséquent difficiles à faire fonctionner, y sont surtout ajoutés des mécanismes dangereux et sources d’instabilité, telle l’absence de dispositions de succession constitutionnelle. Car, si le président de la république du Cameroun meurt, le chaos et la violence seraient inévitables, à cause des luttes de succession qui en découleraient. Il n’y a pas meilleure source d’instabilité. Pourtant, le président camerounais Paul Biya ne peut que s’en amuser, en « rigoler ». Ndzana Seme |
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