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L’interview accordée hier à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen par le chef de l’Etat

L’intégralité de l’interview accordée hier à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen par le chef de l’Etat à Cameroon Tribune et à la CRTV...
 
Le 10 Juin 2004 : -

CT CRTV: Monsieur le président… nous voulions avoir confirmation…

Paul Biya: Vous croyez aux fantômes ?



CT CRTV: Pas du tout.

Paul Biya: Moi, non plus.


CT CRTV: L’opinion a-t-elle été bernée ?

Je crois. J’étais en Europe en visite privée et puis, j’ai appris comme tout le monde que j’étais mort, voilà. Mais au-delà, je crois que c’est une mauvaise blague. C’est ridicule, c’est inadmissible. Je saisis cette occasion pour dire deux choses. Nous sommes une démocratie, nous faisons des efforts pour développer l’économie, le pays est stable, nous n’avons pas que des amis. J’invite les Camerounais à redoubler de vigilance pour conserver leur stabilité mentale et politique. Apparemment, il y a des gens qui s’intéressent à mes funérailles, eh bien, dites leur que je leur donne rendez-vous dans une vingtaine d’années.

Mon deuxième message, nous allons bientôt inaugurer le pipeline Tchad-Cameroun. C’est un événement important et symbolique dans la mesure où il est un témoignage de coopération entre deux Etats africains; c’est également un signe que l’Afrique centrale avance. Des chefs d’Etat viendront, je demande aux Camerounais de les accueillir dans leur hospitalité coutumière. Ainsi, ils montreront au monde qu’au Cameroun il n’y a pas que des fantômes.


CT CRTV: Monsieur le président avez-vous pensé que ces rumeurs avaient un lien avec la prochaine élection présidentielle ?

Paul Biya: Je n’y ai pas prêté une grande attention.


CT CRTV: Faites-vous toujours confiance à la presse ?

Paul Biya: Bien sûr, c’est pour cela que j’envoie des messages aux Camerounais à travers vous.

Merci Monsieur le président.


Paul Biya accueilli à Yaoundé, comme Jésus à Jérusalem

Au sultan Mbombo Njoya et à bien d’autres personnalités venues l’accueillir au sortir de l’avion «le Dja» de la Cameroon Airlines, Paul Biya a déclaré avec un zeste d’humour: «le fantôme vous salue !»
 
Le 10 Juin 2004 : Le président de la République, son épouse et ses enfants ont regagné la capitale camerounaise ce mercredi 9 juin 2004. Tout au long de l’itinéraire emprunté par leur cortège, les populations sont sorties en masse pour accueillir «le fantôme»…

Le retour de M. Paul Biya à Yaoundé ressemble, de point en point, à l’histoire d’un revenant. Conscient de ce qui se tramait dans les esprits des uns et des autres, « L’homme du 6 novembre » a su tirer avantage de la « mauvaise blague ». Au sultan Mbombo Njoya et à bien d’autres personnalités venues l’accueillir au sortir de l’avion « le Dja » de la Cameroon Airlines, Paul Biya a déclaré avec un zeste d’humour : « le fantôme vous salue ! »

A Nsimalen, sous un ciel radieux, le gouvernement au grand complet, les militants du Rdpc, les incrédules, comme le disciple Thomas dans la Bible, ont eu la possibilité de s’assurer de visu de la véracité de la description d’un fantôme vivant. Contrairement aux usages protocolaires, le pas alerte, M. Paul Biya s’est offert un bain de foule montrant par-là même qu’il est au mieux de sa forme, loin de la rumeur qui l’annonçait mort le week-end dernier. A l’esplanade du Palais de l’Unité, on l’a vu, tout souriant ovationné par les populations en liesse, franchir à pied le portail donnant accès à « Etoudi »

Il est donc bien vivant, « l’homme lion », qu’une rumeur au vitriol a présenté il y a quelques jours comme happé par l’ange de la nuit. Mais au-delà de l’euphorie et de la mobilisation observées ce mercredi à Yaoundé, il faut pouvoir tirer toutes les leçons qu’impose l’analyse de ce canular. En bon pédagogue qu’il s’est toujours montré, le président de la République doit avec froideur décrypter le message qu’ont voulu faire passer le ou les auteurs de la « mauvaise blague ». A notre sens, il faut clarifier le jeu institutionnel, rendre plus lisibles les modalités de succession tant au niveau de l’Etat en général que de la machine politique (Rdpc) qui pilote cet Etat. La constitution prévoit certes qu’en cas de vacance de pouvoir à la présidence de la République, le président du Sénat assure l’intérim jusqu’à l’organisation de l’élection. En l’état actuel du fonctionnement de nos institutions, sans sénat, de fait, c’est le président de l’Assemblée nationale qui assure cet intérim au cas où il y a vacance. Mais véritablement, est-ce que à Ngoa Ekelle, on peut dire qu’on est conscient de cet enjeu ? La deuxième remarque à faire, c’est que le président de la République doit désormais être conscient de ce qu’il y a un déficit de communication entre la base et le sommet de l’Etat ; un déficit de communication à résorber au plus vite. La rumeur a circulé dès le vendredi 4 juin au soir. Les citoyens ont attendu jusqu’à dimanche au soir pour être informés de ce qui passait exactement. A cela il faut ajouter le fait que les fruits de la croissance économique retrouvée ne sont pas équitablement répartis. C’est un petit groupe d’individus qui confisque les richesses créées. Ces fissures dans le système politique actuel ne peuvent que semer le doute et la confusion dans les esprits. 2004 est une année électorale.

Cameroon-info.net

Paul Biya récupère la rumeur sur sa mort :
“Des gens s’intéressent à mes funérailles. Je leur donne rendez-vous dans 20 ans ”



[ Yaoundé - Cameroun ] ( 10/06/2004) Thierry Ngogang 

Sans goûter à la plaisanterie, le chef de l'Etat retourne la situation à son avantage. " Apparemment, il y a des gens qui s'intéressent à mes funérailles. Je leur donne rendez-vous dans une vingtaine d'années... ". En prononçant ces propos aux micros de nos confrères des médias publics à sa descente d'avion hier aux environs de 16 heures, on ne saura peut être jamais si c'est le récent décès de l'ancien président américain, Ronald Reagan, à 93 ans, un âge vénérable, qui a inspiré le président Biya (dont l'âge officiel est de 71 ans).


En attendant de savoir s'il compte encore rester au moins aux affaires jusqu'en l'an 2024, hier à l’aéroport de N’simalen, Paul Biya était vraiment mort. De rires. De sourires. A la sortie du pavillon présidentiel, il a déclaré : « Ce n’est pas un fantôme qui vous parle. J’étais en visite privée en Europe et j’ai appris que j’étais mort». Sûr de lui, il a continué : «Nous sommes une démocratie. Nous faisons des efforts pour développer l’économie. Le pays est stable. Nous n’avons pas que des amis...». De retour au pays, le président Biya n’entend pas se reposer de sitôt: « Nous allons inaugurer le pipeline Tchad-Cameroun dans les tous prochains jours à Kribi...C’est un signe que l’Afrique Centrale avance...».

Avec le recul, il est à peu près certain que le processus de récupération politique de cette méchante rumeur a été mis en place depuis les salons du 16ème étage de l'hôtel Intercontinental de Genève, où le chef de l'Etat avait pris ses quartiers avec sa famille et ses gardes du corps depuis le 29 mai dernier. Les relais locaux ayant fait leur travail depuis quelques jours à travers motions de soutiens et autres suppliques, l'on a donc pas été surpris de l'accueil populaire réservé au chef de l'Etat et à sa famille. Un accueil qui s'expliquait d'ailleurs par deux raisons essentielles: la mobilisation villageoise par les élites et, surtout, la curiosité des populations, pressées de voir elles-mêmes que celui que l'on annonçait pour décédé quelque part en Suisse n'était pas un fantôme. Dans ce contexte de " retour de l'enfant prodige " (ou prodigue, selon les cas), et autour de messages disposés le long du parcours du genre : "M. le président, n'ayez peur de rien !", le chef de l'Etat s'en est donné à coeur joie: bains de foule improvisés dans divers coins de la ville, distributions tous azimuts de poignées de mains et larges sourires...Bref, communion avec ses partisans et des curieux sous le regard émus de nombreux thuriféraires du régime, entre-temps sortis du bois, et pressés de clamer, les yeux embués de larmes, que " Le chef de l'Etat est vraiment aimé, adulé, idolâtré par le peuple tout entier...".

Responsabilités
Au-delà de l'aspect festif, le retour dans la capitale, du chef de l'Etat, contraste avec l'ambiance délétère qui a prévalu au sein de l'opinion publique nationale et internationale dès la divulgation de cette rumeur en fin de semaine dernière. Une ambiance qui a laissé libre cours, au sein des populations, à des comportements pas toujours rationnels (repli vers les villages, disparition subite de hauts responsables, approvisionnement en vivres et en argent des populations apeurés, conciliabules tribaux, etc). A ce propos, il faut d'ailleurs constater que, contrairement aux tristes événements d'avril 1984, où la population s'était mobilisée pour défendre le jeune régime du Renouveau, ce scénario de débandade collective s'était déjà produit lors de l'explosion à Yaoundé de la poudrière du quartier général au mois de février 2001. Des actes qui dénotent très bien de l'évolution au fil des années du degré d'adhésion des citoyens vis-à-vis des institutions politiques actuellement en place. Des institutions qui sont régulièrement mises à mal par l'entourage immédiat du président, responsable, dans ce cas précis, de n'avoir pas pu (ou su) gérer la campagne de désinformation, au point de faire véhiculer, à son tour, une " rumeur gouvernementale" imprécise dimanche dernier qui n'a pas du tout apaisé les esprits :

" Le président est en bonne santé en Europe, et il revient au pays dans quelques jours ". Le même reproche peut être formulé à l’endroit des médias publics. Autour de leur patron Gervais Mendo Zé, les principaux responsables de la Cameroon Radio Television (Crtv) sont coupables d'avoir entretenu le flou à travers des émissions dithyrambiques au cours desquelles certains d'entre eux, pourtant présentés comme de "grands éditorialistes", n'ont pas manqué d'affirmer : "Comme un marathonien, le chef de l'Etat, âgé de 71 ans, avait effectué le dimanche matin une séance de sport (jogging) d'une durée de deux heures... ".
Il y a quelques années, commentant un séjour du même chef de l’Etat à Kribi, un autre éditorialiste de ce média d’Etat avait, certainement euphorique, célébré le bon état de santé du prince au point de dire, sans sourciller, que le président Biya était tellement en forme qu’il avait réussi le tour de passe de dépasser son propre cortége. A vélo.

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Bain de foule a Nsimalen
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