ANGLAIS PORTUGAIS   ESPAGNOL  SWAHILI   ARABE
CAMEROUN – Température autour d’un remaniement ministériel
Paul Biya de plus en plus vu comme le vecteur d’un chaos inévitable
Paul Biya a de la peine à constituer son gouvernement post-modification constitutionnelle. Par rumeurs interposées, un combat se livre actuellement entre le clan Meka et le vieux président de la république néocoloniale. Paul Biya ne connaît toujours pas encore la force réelle du G11, notamment la capacité de ce groupe de son entourage en matière de coup d’Etat. Son problème fondamental est de pouvoir diminuer les pouvoirs énormes qu’il a concentrés entre les mains du clan des Fong, dont les Meka sont la face la plus visible. Mais il y a de fortes chances que, quelle que soit sa décision, tout joue à la défaveur de Biya : ceci parce qu’en l’état actuel, le vieux président est devenu l’incarnation du chaos que tous les groupes prétendant au pouvoir cherchent à éviter. Car le chaos ne pourra être évité qu’après l’élimination du vieux président désormais irrémédiablement accroché au pouvoir.
Par Ndzana Seme


NEW-YORK  05/02/2008 – Le clan Meka vient de faire circuler une rumeur qui fait des vagues dans les milieux politiques et diplomatiques de Yaoundé.

Après avoir reçu des informations selon lesquelles Paul Biya, pour une deuxième tentative, envisage de limoger Rémy Ze Meka du poste de ministre de la défense, les Meka en retour répandent la rumeur selon laquelle Paul Biya aurait signé une sorte de pacte de non agression avec le capitaine Guérandi Mbara. Ce qui signifie que Guérandi se serait engagé qu’aucun coup d’Etat contre Biya ne viendrait de lui.

On se souvient en effet que c’est pour nommer Martin Belinga Eboutou comme ministre des finances en remplacement de Ze Meka que le représentant permanent du Cameroun aux Nations Unies était dégommé de son poste de New York le 19 décembre 2007. Il jetait finalement l’ancre, après moult pressions sur le vieux président, au poste de conseiller spécial du président le 22 décembre 2007.

Par rumeur interposée en retour, Paul Biya laisse aussi entendre qu’à défaut de Martin Belinga Eboutou que les Meka n’acceptent pas, il nommerait à ce poste stratégique un directeur général actuel d’ethnie Bulu et originaire du Sud. Ce qui a aussitôt créé un effet de panique chez les Meka, qui concluent que Paul Biya aura ainsi rompu le pacte qu’il a conclu avec ces cousins de Jeanne Irène Atyam selon lequel les Fong seront ses protecteurs jusqu’à ses derniers jours.

Raison pour laquelle en réplique, les Meka ont adopté une stratégie astucieuse. Celle-ci tente notamment, non seulement à justifier leur soudaine libération des officiers, soldats et civils arrêtés en octobre 2007 pour un faux complot de coup d’Etat dont l’enquête n’avait abouti nulle part, à semer la confusion dans les rangs d’une bonne partie de l’armée que Ze Meka, son oncle le général de division René Meka et le délégué général à la sûreté nationale Edgar Mebe Ngo’o sentent pertinemment comme des fidèles au capitaine de Ouagadougou. Ceci pour en contrepartie renforcer les rangs des officiers de l’armée qui leur sont fidèles, prêts que ces derniers seraient depuis des mois à liquider le vieux président camerounais pour prendre le pouvoir.

Ils entendent ainsi semer le doute dans les esprits des fidèles de Guérandi - qu’ils soupçonnent nombreux au sein des forces armées camerounaise mais sont incapables d’identifier malgré l’arrestation, la détention et la torture pendant 5 mois de ceux qu’ils croyaient en être les cerveaux – en présentant, comme le gouvernement l’a toujours fait pendant des décennies, le capitaine comme incapable d’un quelconque coup d’Etat ; avec en primeur cette fois la fausse information selon laquelle Biya aurait signé un pacte de non agression avec Guérandi.

Suivant cette nouvelle stratégie des Meka, Paul Biya est présenté comme un ennemi positionné contre la tribu élue par Dieu pour détenir le pouvoir au Cameroun. Nos sources se demandent alors quelle est la véritable couleur d’une telle tribu élue : Beti, Bulu ou Fong.

Car la réalité actuelle – qui prendrait alors des proportions imprévisibles si Atangana Mebara était réellement arrêté et emprisonné, dès lors que beaucoup soutiennent que l’ancien SG de la présidence n’aurait rien détourné – est que les divisions entre les Beti et Bulu au sein du pouvoir ont de plus en plus grandi. Les élites Beti se demandent en effet si les nominations de Paul Biya sont encore attractives pour eux, dès lors que le président Bulu n’hésite pas à sacrifier ses anciens ministres et hauts fonctionnaires Beti pour se maintenir au pouvoir.

Notons bien que les Fong sont considérés comme un sous-groupe ethnique Beti. Ceci n’est pas le cas des Bulu, que certains chercheurs ont souvent présentés comme un peuple congoloïde venu plutôt du Sud ; et qui n’aurait donc pas traversé le Yoóm, le fleuve mythique qu’aurait franchi le peuple des « Nobles », mais aussi celui des Bassa et d’autres groupes, sur le dos du Ngáng Medzáa (présenté comme un python ou un arc-en-ciel).

Les Bulu sont surtout présentés dans l’histoire du Cameroun, notamment dans les recherches du révérend père Engelbert  Nveng (que Biya fit assassiner en 1995), comme les complices des esclavagistes européens lors du Commerce Triangulaire. La marchandise des esclavagistes Bulu était alors essentiellement composée des jeunes hommes et femmes Beti les plus robustes, livrés sur les côtes de Campo et Kribi. Raison d’ailleurs pour laquelle certains tribalistes viscéraux Bulu, dont notamment Fame Ndongo et feu Charles Assalé, appelaient les Beti les « Betit » (les animaux) quand Biya avait une fois décidé d’éloigner « les Nobles » de son pouvoir en fin des années 1980.

Les Bulu sont en effet connus au Sud Cameroun pour leur particularité de se vanter comme ceux qui ont « vu le Blanc » les premiers ; un argument que l’on trouve aussi couramment chez les Douala et les Bakweri, dont les royaumes sont également connus historiquement comme les collaborateurs des esclavagistes occidentaux.

Gardons en esprit que, à l’image de Gorée au Sénégal, les esclavagistes occidentaux tenaient un grand centre de rassemblement des esclaves-marchandises sur l’île de Fernando Pó aujourd’hui appelée Malabo. Les esclaves Beti, Bassa, Bamiléké, et des multiples tribus du Sud, du Centre et du Grand Ouest actuels étaient alors dirigés vers les plantations du Brésil, du moins pour la moitié d’entre eux qui avaient la chance d’arriver à destination…

Dans les milieux Beti proches du pouvoir, l’on cite notamment parmi les sacrifiés, feu Nkolo Fanga, Edzoa Titus, Roger Belinga, Ondo Ndong, et récemment Olanguena Awana et Abah Abah ; sans compter les nombreux cadres et hauts fonctionnaires Beti qui accompagnent toujours de telles « élites » dans les prisons. Chacun se demande donc à qui reviendra le tour comme bouc émissaire la prochaine fois que Paul Biya sera mis en difficulté de perdre son pouvoir.

Dans les forces armées, c’est la même division qui s’observe au sein de ceux qui se déclarent du coté de Paul Biya. Car, si le G11 réalisait son coup d’Etat en éliminant Paul Biya pour prendre le pouvoir, ceux des officiers, soldats, gendarmes et policiers qui vouent un soutien indéfectible à Paul Biya, notamment parce que le vieux président leur assure une impunité et une réputation qu’ils n’espèrent pas obtenir de quiconque d’autre, craignent qu’ils seront tout simplement éliminés en même temps que Barthélémy.

Puisque de tels supporters indéfectibles de Paul Biya ne se laisseront pas faire, le coup d’Etat du G11 n’éviterait donc pas de se solder par un bain de sang, autant dans l’entourage de Paul Biya qu’à travers le pays si les choses dégénèrent en guerre civile.

Une constante se dégage cependant, à savoir la voie devenue incontournable de devoir renverser Paul Biya par la force. En effet, ce dernier a démontré clairement qu’il entend s’accrocher au pouvoir jusqu’à son dernier souffle. La stratégie de ne se faire aucun ami, même dans son entourage, semble être ce qui jouera en défaveur du vieux chef d’Etat. Car il a oublié que les gens ont tendance à imiter leurs dirigeants : si tu ne fais pas confiance aux gens, les gens ne te feront pas confiance.

Au stade actuel des enjeux au sommet de l’Etat camerounais, il est clair que personne ne croit à la sincérité de Paul Barthélémy Biya pour la lutte contre la corruption et les détournements des biens publics dans le cadre de la fameuse « opération épervier ».

Le journal local
Le Messager, citant un haut commis de l’Etat réagissant aux allégations selon lesquelles les organisations dites charitables de Chantal Biya sont financées par les « cotisations » forcées des personnes nommées par son mari de président, publiait la réponse suivante : « En ce sens, le président de la République lui accorde une dotation particulière pour ses activités associatives et humanitaires. » Cette assertion a été confirmée par certaines de nos sources gouvernementales.

L’on se demande donc quelle est cette
« dotation particulière » que le chef d’Etat camerounais aurait accordée aux activités sérieusement douteuses de son épouse. Une telle dotation figure-t-elle sur le budget de l’Etat du Cameroun ? Ceci voudrait-il clairement dire que les contribuables camerounais sont entrain de payer par leurs impôts les activités associatives et humanitaires de Chantal Biya ?

Toujours est-il que la présidence de la république de Paul Biya n’hésite pas à présenter Chantal Biya comme une dirigeante du Cameroun, du moins à regarder la place que cette ancienne prostituée des rues de Yaoundé du début des années 1990 occupe sur le site Internet de la présidence.

En effet, la couverture de
Chantal Biya : La passion de l’humanitaire, un livre écrit par une journaliste « gombiste » complètement inconnue de la scène mondiale des auteurs, présentée comme d’origine  franco-belge du nom de Beatrix Verhoeven, couvre la quasi entièreté du site web de la présidence, en plus des pages des audiences de la « première dame » qui font concurrence à celles du président de la république. Il apparaît donc que le vieux président n’a plus à jouer que la carte de son épouse, au moment où tout le monde au Cameroun est convaincu que Paul Biya est un homme sans ami, un homme seul.

Car, s’il arrive que l’intérêt de conservation de son pouvoir le lui commande, Paul Biya n’hésiterait pas à se débarrasser aussi de Chantal Biya… comme il le fit sans hésitation avec Jeanne Irène.

Seul contre tous, contre le Peuple camerounais et contre son propre entourage, Paul Biya concentre en effet sur sa personne tous les ferments du chaos qui menace actuellement le Cameroun. Un pays que le vieux président se plaît cependant, le plus ironiquement qu’il soit, à présenter comme un îlot de paix grâce à lui.
GOUVERNANCE
Les Etats-Unis demandent le rapatriement de l’argent volé au Cameroun
Propos de l’ambassadeur des Etats-Unis Le Messager 05/02/2008

Je suis ici aujourd'hui pour parler de la transparence et de l'éthique dans l'administration publique. Nous sommes tous les gardiens de la chose publique, nous en tant que fonctionnaires de l'ambassade des Etats-Unis et vous en tant que fonctionnaires du Cameroun. (…)

Le Cameroun a pris quelques mesures positives dans la lutte contre la corruption. La mise en détention tout récemment de deux anciens ministres et d’une demie douzaine d'autres hauts fonctionnaires accusés de détournement de dizaines de milliards de francs Cfa du peuple camerounais est une indication de la détermination du gouvernement. Tout en applaudissant ces mesures, j'encourage le gouvernement à aller de l’avant en poursuivant les investigations, les contrôles, les arrestations et les efforts visant à récupérer les fonds volés.

La volonté du gouvernement de récupérer les avoirs tirés de la corruption et déposés dans les pays étrangers m’encourage davantage. Pour tous les Camerounais, il est important que cet argent mal acquis soit rapatrié et reversé dans les caisses de l’état pour servir la cause publique.

Cependant, il y a encore beaucoup à faire. J'attends avec intérêt de voir une Conac véritablement efficace et l'application de l'article 66 de la Constitution camerounaise, qui exige que les fonctionnaires déclarent leurs biens et avoirs. J’attends avec intérêt un changement de la culture de l'acceptation de la corruption, qui envahit de nombreuses parties de la société camerounaise. Il n'y a aucune raison que le Cameroun figure au premier rang du classement mondial des pays les plus corrompus de Transparency International.

Comme vous le savez, la corruption, à n'importe quel niveau, diminue la confiance envers le gouvernement, et ceci rend le gouvernement moins efficace par conséquent. La corruption diminue la confiance de la communauté internationale et des investisseurs qui voudraient venir accroître la richesse potentielle du pays. La banque mondiale estime que la corruption augmente de 10% le coût des affaires dans beaucoup de régions du monde – c’est-à-dire que la corruption coûte de l’argent frais aux entreprises, qui est supporté par les consommateurs ou qui, dans de nombreux cas, contribue aux décisions de ne pas investir. Naturellement, une telle corruption affecte également la gouvernance et la prospérité économique. En février 2006, au moment où le président Obasanjo était président de l'Union africaine, il a estimé que la corruption coûtait aux pays africains 25% de leur revenu national combiné. Elle coûte aux personnes à revenu moyen leur espoir pour une vie meilleure - les écoles, l’infrastructure, les routes, les hôpitaux, et d'autres services qu'ils ne pourront pas obtenir à cause de fonds publics qui ont été gaspillés.

La corruption est un fléau universel, y inclus aux Etats-Unis. Le gouvernement des Etats-Unis prend un certain nombre de mesures pour limiter la corruption, accroître la transparence et promouvoir l’éthique.

Aux Etats-Unis, nous barrons la voie à la corruption par des systèmes de responsabilisation et de contrôle des pouvoirs. Les approvisionnements du gouvernement et les procédures sont soumis au contrôle de divers services et même d'autres branches du gouvernement. Toutes les transactions doivent être rendues publiques, et le public et les médias doivent en être informés. Des procédures existent pour que les employés du gouvernement alertent ceux qui occupent des postes de responsabilité en cas de faux, de malversation et d’acte de corruption ou non conforme. Nous les appelons "whistle blowers", et ils sont de grands héros populaires. Nous avons des lois pour les protéger contre des représailles.

Il y a quelques mois, les hauts fonctionnaires du gouvernement des Etats-Unis ont soumis un rapport de déclaration de biens. Je devais en faire une moi-même et j’ai été heureuse de le faire. Il s’agit d’une déclaration annuelle de nos biens, notre passif et nos avoirs en banque.

Le gouvernement fédéral des Etats-Unis exige que les fonctionnaires respectent 14 principes de conduite. Ceux-ci comprennent: L’interdiction aux employés fédéraux de se servir de fonctions publiques pour des gains privés; éviter les actions qui donnent l’impression que le fonctionnaire viole les normes morales; éviter les intérêts financiers incompatibles et les relations personnelles ou d’affaires incompatibles avec l’éthique.

En ce qui concerne les cadeaux offerts par des individus, des entreprises, nos propres employés ou les gouvernements étrangers, nous avons également des directives à suivre. Par exemple, la réglementation m’interdit d’accepter un cadeau d’une valeur supérieure à 25 dollars provenant d’une source non gouvernementale, des limites strictes étant également fixées sur les cadeaux provenant de responsables du gouvernement.

Ces règles s'appliquent non seulement aux diplomates américains, mais aussi aux fonctionnaires de tous les départements du gouvernement.

Les règles de l'éthique s'appliquent à toutes nos activités. Un autre exemple que je pourrais citer est la procédure de vente par l’ambassade de biens tels que les voitures, les ordinateurs ou les meubles. Nous vendons aux enchères publiques ces articles. Les agents du bureau des Douanes viennent le jour de la vente et calculent les frais de douane pour chaque article vendu. Ces frais de douane sont acquittés par les acheteurs au moment du paiement. Nous vendons nos articles, et votre gouvernement perçoit les droits et taxes dus. Il n'y a pas moyen d’exagérer ou de réduire au minimum le prix de l'article vendu, ni le montant des droits perçus. En fin de compte, toutes les parties en bénéficient : le client, votre gouvernement et mon gouvernement.

Une des activités les plus sensibles que notre ambassade mène est le service que nous fournissons aux 15 000 camerounais qui demandent le visa d’entrée aux Etats-Unis. Les efforts que nous déployons pour assurer une considération transparente et juste de ces demandes sont énormes. (…) Malgré tous ces efforts les officiers américains comme les employés locaux succombent à la tentation d’user de leur position de plusieurs manières. Lorsque qu’un agent se rend coupable de corruption en matière de visa, il est poursuivi, révoqué et condamné à une lourde peine d’emprisonnement.

Les institutions de formation comme l'Institut supérieur de management public jouent un rôle important dans la campagne de lutte contre la corruption dans chaque pays. (…) J’apprécie vos efforts pour reconnaître et corriger la gamme entière des pratiques préjudiciables de corruption – qu’il s’agisse de petits actes de corruption au niveau des agents de police (les mange-mille) qui prennent 1.000 francs au chauffeur de taxi ; qu’il s’agisse des parents qui se voient obligés de donner des pots-de-vin pour inscrire leurs enfants dans écoles ou simplement pour les faire asseoir au premier banc ; qu’il s’agisse, et pour aller à l’autre extrême, d’un directeur général de société ou d’un ministre qui détournent des millions de francs. Il faut de la détermination pour corriger ces pratiques mais les corriger est également énormément bénéfique pour le rétablissement de la confiance publique et la réalisation de l’énorme potentiel du Cameroun pour le développement économique et politique.

J’ai entendu dire que dans certains pays, la corruption « fait partie de la culture ». Je conteste cette affirmation. La corruption est le reflet de l’effondrement des systèmes et est entretenue par un climat d’impunité. Les mauvaises pratiques ne sont jamais inévitables et peuvent toujours être contrecarrées. Des mécanismes efficaces peuvent prévaloir, tant qu’il y a des personnes engagées et la volonté politique pour créer et mettre en place des normes élevées d’éthique.

Le Gouvernement des Etats-Unis est engagé à soutenir les Camerounais dans la poursuite de meilleures pratiques de gestion et de transparence. (…)

Je voudrais conclure en disant encore combien je suis ravie de votre engagement pour un meilleur avenir, et pour l’acquisition des aptitudes qui contribueront à l’avenir de votre pays. Vous êtes à l’avant-garde dans la promotion de la bonne gouvernance – et ce que vous faites compte. (…)

*La titraille est de la rédaction et l’extrait de son allocution à l’Institut supérieur de management Public (Ismp) de Yaoundé le 24 avril 2008
EDITORIAUX
POLITIQUE
ECONOMIE/FINANCE

SPORTS
DIVERTISSEMENTS
FEMMES
CONTACT
JUSTICE
E.Inoni,l'epervier et l'Albatros

Le nom du Premier ministre revient constamment lorsqu’on parle de l’acquisition de l’Albatros, l’avion présidentiel ayant englouti des milliards de Fcfa du contribuable camerounais et dans lequel le chef de l’Etat a failli perdre la vie. Décryptage.

Sauf changement de dernière minute, l’ex-administrateur directeur général (Adg) de la Cameroon Airlines (Camair) Yves Michel Fotso, répond ce jour, à une convocation à la direction de la police judiciaire à Yaoundé. Les enquêteurs de la sous direction des affaires économiques l’y attendent. Selon des sources dignes de foi, l’ex Adg de la Camair sera entendu sur la fameuse affaire « Albatros » (en référence à l’achat d’un avion présidentiel acquis en 2004 dans des conditions brumeuses). Vendredi dernier, l’ex ministre d’Etat secrétaire général de la présidence de la République, Jean Maie Atangana Mebara, était devant les policiers de la Dpj.

De sources policières, il aurait effectivement été entendu sur l’affaire Albatros. Il s’agit d’une affaire qui remonte à l’époque où Jean Marie Atangana était secrétaire général à la présidence de la République. Nous sommes en 2002. Il trouve sur sa table le dossier d’acquisition d’un avion présidentiel. Il s’agissait d’une volonté du chef de l’Etat. Son prédécesseur au poste de Sgpr, Marafa Hamidou Yaya, affirme-t-on dans les coulisses du Palais de l’Unité, avait déjà bien avancé dans le traitement de ce dossier depuis 2001. Et était pratiquement sur le point d’acquérir un avion destiné au président de la République. La commission mise en place que pilotait Marafa Hamidou Yaya comprenait entre autres le défunt général Benaé Mpecke, chef d’état major particulier du président de la République, Edgar Alain Mebe Ngo’o, directeur du cabinet civil et Cyrille Etoundi Atangana, alors directeur général de la Camair.

Le flou artistique commence au moment où arrive Yves Michel Fotso, nommé administrateur directeur général en remplacement de Cyrille Etoundi Atangana. Nommé à la tête du secrétariat général de la présidence de la République, Jean Marie Atangana à qui les instructions du chef de l’Etat pour l’acquisition d’un avion présidentiel sont renouvelées, décide de recommencer le dossier à zéro. La commission qu’il préside connaît désormais quelques bouleversements « stratégiques ». Edgar Alain Mebe Ngo’o, le directeur du cabinet civil, bien qu’y faisant formellement partie, sera pratiquement marginalisé. A cause, dit-on, de ses mauvais rapports à cette époque avec la Première dame, Chantal Biya. On se souvient qu’à ce moment-là, tous les communiqués des voyages officiels du président de la République étaient signés du ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, Jean Marie Atangana Mebara. Ne voulant pas irriter l’épouse de Paul Biya auprès de qui Mebe Ngo’o était en disgrâce, Jean Marie Atangana Mebara choisit de ne pas l’associer à ce dossier suivi avec la plus grande attention par le couple présidentiel.

Collaborateur direct de Mebara

L’interrogation immédiate qui parcourt la tête du Sgpr est celle de savoir où trouver un avion au président de la République. On pense directement aux Etats-Unis d’Amérique où est implantée la société Boeing. A cette époque, Chief Inoni Ephraim est secrétaire général adjoint de la présidence de la République et collaborateur direct de Jean Marie Atangana Mebara. Il est « logiquement » introduit dans le dossier. D’abord parce que c’est un anglophone, bon connaisseur du pays de l’Oncle Sam où il a l’habitude de se rendre. De plus, entre l’ambassadeur du Cameroun en poste à Washington DC, Gérôme Mendouga et lui, le courant passe bien. Les deux hommes seraient même des amis. Il se trouve que l’enveloppe allouée à l’achat de l’avion présidentiel ne peut pas acheter un appareil neuf. Il faut donc se débrouiller.

Selon des sources bien introduites, c’est sur de hautes instructions du secrétaire général de la présidence de l’époque et sous le contrôle bienveillant du défunt général chef d’état major particulier du chef de l’Etat que l’actuel Premier ministre, l’ex ambassadeur du Cameroun aux Usa et, dans une certaine mesure, Yves Michel Fotso, mèneront les négociations qui aboutissent à la signature le 5 décembre 2003, d’un contrat de location d’un Boeing 767-200 entre les US National Bank Association et le Cameroun. La location devait effectivement coûter, comme l’a révélé Le Jour dans sa livraison lundi 28 avril 2008, 3 milliards de Fcfa par mois.

La police aura-t-elle le courage ?

L’avion qui atterrit à l’aéroport de Yaoundé Nsimalen au début du mois d’avril est repeint aux couleurs nationales du Cameroun. Il a à bord (en dehors de l’équipage), un seul passager chargé de convoyer le nouveau zinc présidentiel vers le Cameroun, Gérôme Mendouga, l’ambassadeur du Cameroun aux Etats-Unis d’Amérique. L’appareil est présenté à la télévision nationale lors des préparatifs du vol inaugural présidentiel. Mais le voyage qu’effectuent le président Paul Biya et sa famille à destination de Genève ne se fait pas sereinement. De graves ennuis mécaniques vont se signaler au point d’émouvoir le couple présidentiel. Une légende rapporte qu’après les déboires mécaniques de l’avion, Chantal Biya aurait passé son temps à pleurer. A la seule idée qu’on avait dangereusement exposé la vie du président. Après l’unique vol, l’Albatros est placé sous-cale, parmi les avions en détresse. C’est le début de « l’affaire Albatros ».

Alors qu’il est difficile de savoir le rôle joué par chacun des « négociateurs », certaines langues explorent les pistes d’un détournement de fonds. D’autres parlent même d’une tentative de coup d’Etat. Pendant quelques temps, l’affaire reste enfermée dans les tiroirs. Elle est remise aujourd’hui sur la table des fins limiers de l’enquête policière. Quatre ans après. Simple coïncidence ou hasard des choses, l’enquête préliminaire est placée sous le contrôle de Edgar Alain Mebe Ngo’o. Le Dgsn qui hier était marginalisé dans cette affaire alors qu’il occupait le poste de directeur du cabinet civil, a aujourd’hui le beau « rôle ». C’est à ses éléments que revient la latitude de démêler l’écheveau. L’on attend de voir si le Dgsn va accepter que le Pm Inoni Ephraim effectivement cité dans l’affaire, soit entendu à la Dpj. Comme tous les autres « suspects ». Affaire à suivre.

Par Jean François, Le Messager
Retour page de garde
_____________________________________________________
©2003 The African Independent, Inc. All rights to republication are reserved