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| CAMEROUN L’opposition de « l’entrisme » sur une voie sans issue Une solution unique se dégage pour arrêter les fraudes électorales Par Ndzana Seme, 07/08/2004 L’opposition camerounaise, notamment celle qui avait commis l’erreur d’entrer, soit au gouvernement, soit à l’assemblée nationale, - stratégie appelée entrisme - se trouve aujourd’hui devant une situation où il lui est impossible d’arrêter la machine des fraudes qui sera encore une fois en sa défaveur, qu’elle présente un candidat unique ou non. Paul Biya entre actuellement en campagne électorale, avec son programme de visite des dix provinces, confiant qu’il a suffisamment fragilisé cette opposition pour devoir s’en inquiéter sérieusement. En effet, il est difficile pour cette opposition de critiquer autant la loi électorale que la loi portant création de l’ONEL, toutes adoptées par une assemblée nationale dont ils étaient membres, leurs amendements n’ayant pas eu la chance de passer, parce qu’en décidant « d’entrer », ils avaient accepté de fait la majorité RDPC pourtant issue des élections frauduleuses et illégitimes. Parce qu’ils étaient soit membres du gouvernement, soit députés à l’assemblée découlant des fraudes électorales, ils avaient légitimé ces deux lois qui acceptent que la sources des fraudes électorales et le frein principal à la démocratie au Cameroun, à savoir le Minatd, demeure chargée de la gestion des élections. Face à leur incapacité à arrêter la machine de la fraude actuellement en mouvement, ils espèrent convaincre le public que l’opposition gagnerait les élections en Octobre prochain pour peu que les citoyens camerounais aillent s’inscrire massivement sur les liste électorales du Minatd. A défaut de traduire une naïveté intellectuelle, une telle stratégie démontre que cette opposition se trouve bien devant une voie sans issue. Car, il est difficile de voir comment son argumentation peut tenir debout. Voici cette argumentation. L’art.9 alinéa 2 de l’arrêté N° 037/AMINAT/DAJC, se fondant lui-même sur l’art.100 de la loi de 1997, semble prévoir qu’un citoyen peut voter même sans carte électorale (que le Minatd évite de délivrer aux opposants dans beaucoup de cas). Cet arrêté stipule : « tout électeur non muni d’une carte électorale est autorisé à voter lorsqu’il est régulièrement inscrit sur la liste électorale du bureau de vote correspondant, sur présentation de sa carte nationale d’identité. » D’abord, il faut noter qu’il s’agit bien d’un arrêté du Minatd, qu’on voudrait faire appliquer le jour du vote, quand l’électeur isolé se retrouvera devant un bureau de vote qui lui demandera sa carte électorale délivrée par le Minatd, même comme son nom figurerait bien sur les listes électorales du Minatd. Quand on connaît la réalité sur le terrain le jour des élections, où le personnel du Minatd, en liaison avec les « élites » du RDPC, sans compter la majorité des RDPCistes membres des bureaux de votes, usent de tous les moyens imaginables, et non pas seulement l’exigence de la carte électorale, pour intimider les électeurs qui ne voteraient pas le RDPC et Paul Biya, il faut comprendre qu’une telle argumentation ne pourra convaincre aucun citoyen camerounais éclairé. De plus, cette argumentation ne tient pas en compte du fait que Paul Biya a déjà placé un autre obstacle, en prévision d’une telle revendication de la part des électeurs non munis de cartes électorales. Il a en effet prononcé que la carte nationale d’identité en carton n’est plus valable à compter du 30 Juin 2004. Il sera donc exigé à de tels électeurs de présenter leur nouvelle CNI informatisée. Mais combien de Camerounais auront la nouvelle CNI informatisée en Octobre prochain, pour espérer que leur grand nombre viendrait dépasser celui des prétendus 10% de citoyens à qui le Minatd délivre sélectivement les cartes électorales ? Au coût actuel de la nouvelle CNI, il faut se convaincre que ce nombre sera essentiellement insignifiant en Octobre, surtout lorsqu’on sait que les plus grosses populations dont le Minatd se sert pour fabriquer les victoires du RDPC, telles celles de l’Extrême Nord, sont particulièrement pauvres et n’ont qu’une faible compréhension de l’importance de la nouvelle CNI. Nous voyons bien que, d’où qu’on veuille prendre les choses pour arrêter les fraudes, on retrouve toujours le Minatd omniprésent de bout en bout du processus électoral. Il se trouve aussi que c’est le même Minatd qui donne l’ordre aux forces armées d’user de la violence en étouffant par tous les moyens toutes manifestations publiques que l’opposition tenterait de mener. Concernant l’autre revendication de l’informatisation des élections, on se demande qui seront les informaticiens et le personnel de saisie des données, si ce ne sont des individus choisis par le Minatd. Comment peut-on croire qu’une telle informatisation pourra, comme par miracle, produire la transparence électorale que le Peuple demande ? La loi portant création de l’ONEL, que ces opposants avaient cautionnée par leur présence à l’assemblée, est tout simplement une moquerie faite en réponse au Peuple qui demande un organe indépendant chargé de la gestion des élections. Un simple calcul mathématique montre que, si l’ONEL est composé de 11 membres et que le territoire camerounais compte 22.000 bureaux de vote, ceci veut dire que chaque membre de l’ONEL « supervise et contrôle » - attributions qu’on peut lire à répétition dans la Loi N° 2000/016 du 19 Décembre 2000 portant création d’un observatoire national des élections - environ 2.000 bureaux de vote avec leur personnel et tous leurs problèmes souvent insurmontables. Le Cameroun devra trouver des solutions à une lourde administration construite pour favoriser les fraudes et la corruption. L’administration compétente pour la délivrance des papiers des citoyens est encore à définir. Car il est bizarre que la marie délivre l’acte de naissance, la police délivre la CNI, le service des transports délivre le permis de conduire, et le Minatd délivre la carte électorale, sans compter la multitude d’autres papiers. Le souci de rendre les choses faciles au citoyen avait amené beaucoup de pays développés à faire délivrer la CNI et le permis de conduire par le même organe chargé du transport. En effet, qu’est-ce que la police camerounaise a à voir avec les problèmes administratifs de délivrance des papiers au citoyen, alors qu’elle se montre lamentablement incapable d’assumer ses missions classiques de sécurité des citoyens ? Les ministères et départements publics, ayant des fonctions similaires à celles du Minatd camerounais, sont généralement chargés des listes électorales en Occident. Mais ces départements publics ont toujours montré leur impartialité dans leurs tâches dans la gestion des élections, de sorte que personne ne pense même pas à devoir leur enlever leur charge sur les élections. Par contre au Cameroun, depuis les fausses indépendances de 1960, le Minatd est une machine administrative chargée d’organiser des fraudes électorales qui profitent toujours au président de la république en place. La condition pour qu’il y ait élections libres et transparentes, ainsi que la démocratie, au Cameroun, c’est que le Minatd soit totalement exclu de la gestion des élections. Après une telle exclusion du Minatd, le Peuple camerounais pourrait librement décider d’adopter, non pas un ONEL ou une CENI, mais plutôt un office de gestion des élections - administration dotée de tous les moyens humains, matériels et financiers, capable d’assurer le passage d’un système despotique à un système démocratique à travers l’assurance d’élections libres et transparentes à tous les niveaux. Une telle transition a absolument besoin d’une telle administration. |
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