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CAMEROUN - Elections
Confusion totale dans le système d'inscriptions sur les listes électorales

Manque d’ engouement particulier à s’inscrire. Là où les électeurs accomplissent le geste, l’opération se passe en violation de la loi. Les gouverneurs, quant à eux, assurent que les objectifs sont en train d’être atteints.

“Les inscriptions sur les listes électorales ici se déroulent tous les jours de 8h à 17h.” Placée sur le comptoir de la boutique d’un chef de quartier à Douala, la plaque qui annonce ce message est une chute de contreplaqué corrodé, récupéré pour les besoins de la cause. Sachant bien que le Code électoral ne dit pas explicitement que les chefs de quartier doivent inscrire les citoyens sur les listes électorales, le maître des lieux avertit : “ nous faisons tout cela en accord et sous le contrôle du sous-préfet qui nous a donné mandat. ”

Et voilà qu’il se donne bonne conscience dans l’accomplissement de la délicate tâche. Soudain, un homme moustachu et malabar entre. “ Qu’est-ce qu’on vous sert ? ”, demande le chef commerçant. “ Mais ce n’est pas ici qu’on s’inscrit ? ”, rétorque l’homme, d’une voix grave. “ Ah, excusez-moi. J’ai cru que vous veniez faire des achats. Alors où est votre carte d’identité ? ”, réplique le chef.

Pendant que le malabar fouille son porte-feuille pour chercher sa carte nationale d’identité, le chef du quartier fonce dans sa concession située à l’arrière de son échoppe et revient avec un cahier de travaux pratiques dont les feuilles, blanches à l’origine, sont devenues jaunâtres. Il ouvre au hasard une page où on peut lire en lettres capitales : “ tontine (mars 1996) ”. Il referme subitement la page, change le sens de son cahier et s’exclame : “ c’est bien ça ! ”. Quand il récupère la carte du monsieur, il déclare : “ vous êtes le n° 2487 ” avant de lui demander dans quel parti politique il milite. Visiblement vexé, son interlocuteur ne répond pas à la question.

En revanche, il revendique nerveusement un récépissé d’inscription que le chef ne peut malheureusement lui délivrer parce que “ le sous-préfet n’a pas dit qu’on doit le délivrer aux gens qui s’inscrivent. ” Ayant compris qu’il perdait son temps pour une pièce qu’il n’aura pas, il sort de la boutique, stoppe un taxi, et s’en va.

Maigre moisson

Ailleurs, au quartier Pk 9 (Sobikabo), M. Balep, suppléant du chef du quartier décédé il y a quelques jours en France, a pris les commandes de l’opération d’inscription. “ Ici, les inscriptions sur les listes ont lieu entre 8h et 12h ”, affirme-t-il avant de lancer, laconique, “ tout se passe sereinement ”. Dans son domicile ce matin 21 juillet 2004, une foule de personnes attendent. Ils ont dû se donner beaucoup de peine pour être là. En effet, l’horaire d’inscription ne convient toujours pas aux travailleurs. “ Il faut que j’en finisse avec cette histoire aujourd’hui ”, lance l’un d’eux. Instantanément, une discussion sur la politique s’engage et s’estompe aussitôt. M. Balep est déjà là. Les enregistrements peuvent commencer. Jusque-là, on n’a inscrit que 2300 personnes, alors que le quartier compte près de 20.000 âmes. Et des 2300 citoyens qui s’apprêtent à remplir leur devoir civique, “ la majorité est membre du Rdpc, des femmes surtout. ”

Les chefferies de quartiers ne sont pas les seuls endroits où les inscriptions sur les listes électorales ont lieu. Certains présidents de sous-section du parti au pouvoir détiennent, eux aussi, des fiches sur lesquelles ils inscrivent – en principe les militants de leur parti. Les opérations se passent en leur domicile. “ Ils passent partout et récupèrent des cartes des gens et mettent leurs noms sur des listes ”, témoigne un habitant qui s’est déjà inscrit sur ce genre de liste. Que ce soit à Ndokoti, à Ndogsimbi ou ailleurs dans le pays, la méthode est bien connue.

Dans la partie septentrionale, “ c’est le porte-à-porte ”, affirme Adamou Maïmouta. “ Les partis politiques, particulièrement le Rdpc et dans une moindre mesure l’Undp, poursuit-il, tiennent des listes. Leurs responsables relèvent les données et les transmettent aux sous-préfets. ”

Un peu partout sur l’ensemble du territoire national, l’engouement n’est pas très perceptible. Mais réunis à Yaoundé, les gouverneurs de province attestent que tout se déroule bien et qu’ils sont satisfaits de cette opération de refonte des listes électorales. Gounoko Haounaye, gouverneur de la province du Littoral, a en effet déclaré hier 22 juillet à la Crtv-Poste national que sa circonscription compte “ déjà 400.000 inscrits environ ”. Une performance qui le satisfait, même si on peut relativiser par le fait que cette province compte plusieurs millions d’habitants en âge de voter.

Même son de cloche dans la province de l’Est où le gouverneur Yene Nlom affirme que “ plus de 80% ” des citoyens se sont déjà inscrites. Hamadou Tidjani de l’Ouest semble plus réservé. Il estime simplement que les opérations se déroulent normalement, depuis que le Minatd est venu “ provoquer un déclic ” en expliquant aux populations ce que c’est que la refonte des listes électorales.

Par Alexandre T. Djimeli et Alain Noah (Stagiaire), Le Messager
Le 23-07-2004
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