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| CAMEROUN – FEUILLE DE LA RESISTANCE S’organiser contre les services de renseignements néocoloniaux Le régime de Paul Biya est antidémocratique et légitime toute action populaire visant à le neutraliser. Une analyse du mouvement de février 2008 laisse apparaître deux faiblesses : l’impréparation et l’inorganisation. A travers les échecs des mouvements comme les « villes mortes », le boycott des produits français, l’UPC avec la trahison et l’assassinat de Ouandié Ernest, d’Ossende Afana ou de Um Nyobe Ruben, ceci allant jusqu’à la résistance d’Omgba Bissogo et sa trahison et livraison à l’occupant allemand à la fin du 19ème siècle, et bien d’autres héros patriotiques camerounais fauchés à cause du renseignement de l’ennemi, l’insuffisance des deux critères de préparation et d’organisation se rencontre tout au long de l’histoire de la résistance du peuple camerounais. La jeunesse patriotique camerounaise doit comprendre qu’elle ne doit pas atteindre que les leaders dont elle a besoin tombent du ciel, puisque c’est elle qui doit choisir et même créer ses propres leaders. Tout résistant doit maîtriser les principes du contre-espionnage, de la compartimentation, de la cellule opérationnelle, des communications clandestines et des autres règles quotidiennes de sécurité. Ndzana Seme NEW YORK 02/27/2010 – La position radicalement antidémocratique du pouvoir dirigé par Paul Biya est l’accusation qui jettera ce régime néocolonial dans le dépotoir de l’histoire du Cameroun. Depuis les marches et meetings Rdpécistes contre « la démocratie précipitée » et la rédaction des constitutions en consultant (le Peuple ?) par fax et téléphone, jusqu’à la stratégie définitive des fraudes électorales, le Peuple camerounais ne cesse de réclamer la démocratie depuis les années 1990 et le régime au pouvoir ne cesse de la lui refuser. Le régime s’est finalement installé comme une monarchie tout en chantant la démocratie dans tous les discours. En plus, les Camerounais ont pu voir, certainement à cause des fraudes électorales qui accompagnent toujours ce modèle et empêchent toute alternance démocratique au pouvoir, que le majoritarianisme n’est pas approprié au Cameroun. En effet, l’interprétation majoritarienne de la démocratie comme « le gouvernement par la majorité du peuple » est basée sur le principe que la majorité gouverne seule et l’opposition perdante s’oppose. Ce modèle, défendu malheureusement un peu partout en Afrique comme la seule définition de la démocratie, est essentiellement antidémocratique parce qu’il est basé sur l’exclusion. En effet, quand on retient la définition universellement acceptée, telle que reprise par Abraham Lincoln, qui lui-même reprenait Daniel Webster qui en 1830 à Gettysburg dans une allocution parla d’un « gouvernement du peuple, fait pour le peuple, et responsable devant le peuple », on convient avec le Prix Nobel d’Economie Sir Arthur Lewis (1965, p. 64-65) que la première définition de la démocratie est que « ceux qui sont affectés par une décision doivent avoir la chance de participer à la prise d’une telle décision soit directement soit à travers des représentants choisis ». La deuxième définition, selon laquelle « la volonté de la majorité doit prévaloir » pour prôner « le gouvernement par la majorité du peuple », est celle sur laquelle les majoritariens s’appuient en déclarant que les partis gagnants doivent prendre toutes les décisions gouvernementales et que les perdants doivent seulement critiquer et non pas gouverner, sous le (faux) prétexte que les perdants d’aujourd’hui seront les gagnants de demain. Pourtant il est clair que cette deuxième définition, si elle est la seule retenue, est incompatible avec la première. Et les Camerounais, en demandant le Changement, ont toujours demandé autre chose que le majoritarianisme, surtout lorsque le pouvoir Biya fraude les élections, fomente et secoue l’épouvantail du tribalisme et l’exclusion des revendications anglophones pour imposer son pouvoir centralisé, que la plupart des Camerounais rejette parce qu’il expose la société à tous les périls. Et les Camerounais ont raison là-dessus. En effet, dans les sociétés plurales, c’est-à-dire celles qui sont profondément divisées dans les domaines religieux, ethnique, linguistique, culturel, idéologique et racial sous forme de sous sociétés – tel est le cas du Cameroun exactement -, le gouvernement de la majorité n’est pas seulement antidémocratique, il est dangereux. Parce que les minorités se voient continuellement refuser l’accès au pouvoir – c’est le cas des Camerounais qui ne sont pas membres des « élites », des Anglophones et de certaines tribus –, elles se sentent victimes d’exclusion et de discrimination et finissent par refuser leur allégeance au pouvoir en place. Dans une société plurale, le gouvernement de la majorité signifie dictature de la majorité et conflits sociaux, et nullement pas démocratie. Ce dont de telles sociétés ont besoin est un régime démocratique qui met l’accent sur le consensus et non pas l’opposition, sur l’inclusion et non pas l’exclusion, sur la maximisation de l’étendue de la majorité gouvernante et non pas de s’accrocher sur une majorité quelconque. C’est d’une démocratie consensuelle dont les sociétés plurales ont besoin, comme on le voit bien avec les modèles de la Suisse, de la Belgique ou de l’Union Européenne, toutes des entités multiethniques. Par contre, tout régime néocolonial francophone reste ancré sur le modèle de la dictature des majorités, pourtant très mal absorbée par les sociétés africaines. Pire encore, certains régimes comme celui de Paul Biya s’arrangent même à ne pas remplir certaines conditions essentielles d’une démocratie. Les huit conditions de la démocratie sont : droit de vote, droit d’être élu, droit des leaders politiques à rivaliser pour les soutiens et les votes, élections libres et justes, liberté d’association, liberté d’expression, sources alternatives d’informations, et institutions de prise des décisions de politiques publiques découlant des votes et d’autres moyens d’expression de préférence. Le régime de Paul Biya viole en effet constamment quatre de ces huit conditions d’une démocratie, avec des élections non libres et injustes, des atteintes à la liberté d’association avec les interdictions arbitraires des manifestations par des institutions antidémocratiques comme les sous-préfets, préfets ou gouverneurs, des atteintes à la liberté d’expression avec l’intimidation et l’emprisonnement arbitraire des journalistes et des leaders d’opinion, et la centralisation excessive des pouvoirs entre les mains d’un chef d’Etat au lieu de décisions politiques découlant du vote. C’est pour cela que le régime actuellement au pouvoir au Cameroun est profondément antidémocratique, et contraint le Peuple à devoir lui retirer le pouvoir par tous les moyens possibles afin de rétablir sa souveraineté. Le mouvement d’insurrection populaire de février 2008 Plus importantes émeutes depuis les opérations « villes mortes » de 1991, le mouvement de février 2008 était parti de la décision gouvernementale du 7 février d’augmenter le prix du carburant de 15 Fcfa, restée pendant quelques jours inaperçue à cause de l’attention populaire divertie par les demi-finales de la CAN 2008. Pendant ce temps, une rumeur courrait sur une hausse imminente des prix du pain, tandis que Paul Biya avait annoncé en même temps - comme d’habitude tirant profit politique du football – son projet de modifier la constitution du Cameroun afin de se représenter aux présidentielles de 2011, en violation de la Constitution. Son projet rencontra une vive opposition dans le pays. Alors que les manifestations de l’opposition étaient interdites à Douala - comme celle du SDF dispersée violemment le 23, poussant les manifestants à saccager une station d’essence et à incendier un bus Socatur -, celles du parti au pouvoir RDPC étaient autorisées par les sous-préfets, préfets et gouverneurs pour soutenir le projet de modification constitutionnelle de leur patron Paul Biya. Les taximen se mettent en grève le 25, et les jeunes s’opposant à la modification constitutionnelle poursuivent la résistance contre les forces armées néocoloniales à Bonabéri. La mairie de Douala V est incendiée. Des boutiques chinoises et françaises et des stations d’essence appartenant vraisemblablement à la première dame Chantal Biya sont mises à sac. Les manifestants semblent désigner les responsables précis de la misère des populations : à savoir le couple présidentiel, les administrations publiques, la France et les Chinois. Le 26, les émeutes se répandent à Limbé, Buea, Bamenda et Bafoussam, visant entre autres les entreprises françaises du Littoral ; le gouvernement plaçant boulangeries et pharmacies sous protection militaire à Douala. Le 27, les concessions faites par le gouvernement la veille aux taximen – baisse des prix de carburant de 6 Fcfa – sont jugées largement insuffisantes par les populations, et la résistance se répand à Yaoundé, notamment à Biyem-assi et Briqueterie. L’armée exécute des violences à l’université de Yaoundé. Des milliers de manifestants sont encerclés sur le pont du Wouri et les forces de répression y exécutent un massacre, tuant la majorité des manifestants par balles réelles ; les autres qui tombent dans l’eau périssent par noyade. Plusieurs dizaines de morts sont décomptés à Douala et les autres villes du Cameroun. Un calme relatif revient à Douala et Yaoundé le 28, pendant que les forces armées poursuivent l’épuration par des assassinats de personnes bien ciblées. La circulation se rétablit dans tout le pays le 29, faute d’encouragement de la part des manifestants à poursuivre le mouvement de contestation et devant le constat du lourd prix de sang payé par les populations. Ceci sans que le gouvernement ait fait une quelconque concession. Au contraire, dans son discours triomphal du 1er mars 2008, Paul Biya qualifia les résistants d’« apprentis sorciers ». Victimes de l’impréparation et de l’inorganisation Les six jours de résistance insurrectionnelle populaire se soldèrent par 100 à 150 manifestants massacrés ou froidement assassinés – le gouvernement ne reconnut que 27 morts –, des centaines de blessés dont la plupart évitaient d’aller à l’hôpital par peur de la terreur gouvernementale, et plus de 3000 arrêtés et condamnés expéditivement à de lourdes peines de prison par des tribunaux aux ordres de la dictature. Les services de renseignements du régime dictatorial livraient à Paul Biya en temps réel toute information sur les points chauds, sur lesquels les forces de répression étaient dirigées. Ils fournirent aux forces de terreur gouvernementale des listes noires de personnes à assassiner. Tous les observateurs sont unanimes que, si les résistants de février 2008 étaient armés ne serait-ce que des fusils traditionnels et des armes blanches, au lieu des simples cailloux, il n’y aurait pas eu autant de morts parmi les manifestants ; et le gouvernement Biya se serait rétracté dans son projet de modification constitutionnelle - qui passa malheureusement comme une lettre à la poste deux mois plus tard dans une Assemblée Nationale contrôle par Paul Biya grâce aux fraudes électorales. Le mouvement de février n’était pas préparé et organisé pour se déployer efficacement sur le terrain, et encore moins pour durer. Il était improvisé ; simple débordement de l’exaspération générale des populations, que l’usage de la terreur a toujours su étouffer dans l’histoire. L’impréparation et l’inorganisation, ou alors l’insuffisance de ces deux critères, se rencontrent malheureusement tout au long de l’histoire de la résistance du peuple camerounais. Les « villes mortes » ou blocus général de 1991, organisées par Cap Liberté, avaient paralysé pendant six mois la ville de Douala et les grandes agglomérations de l'ouest et du littoral du pays, avec la fermeture des commerces, des services et des entreprises. Le blocus fut suivi pendant trois mois par le boycott des produits français sur le marché camerounais. Mais le gouvernement néocolonial resta inflexible, Paul Biya raillant le mouvement par sa déclaration hautement tribaliste de 1992 : « Quand Yaoundé respire, le Cameroun vit ». Les services de renseignements, dans les zones de la grève générale, avaient eu le temps de renseigner Biya sur les faiblesses de ce blocus plus ou moins général. Les « villes mortes » s’essoufflèrent quand les populations et les commerçants camerounais réalisèrent que ce sont eux seuls qui payaient tout le prix du blocus, et non pas l’ennemi Paul Biya et son régime. Le mouvement n’était pas préparé et organisé contre le temps, qu’utilisa l’ennemi pour casser la grève. Le front de guérilla rurale commencé dans les forêts de Moloundou par Osende Afana, basé sur l’espoir de transformer une population de pygmées et de paysans analphabètes en une classe de prolétaires patriotes et combattants, sans ressources humaines et matérielles appropriées et sous-estimant les réseaux de renseignements du pouvoir néocolonial et ses capacités d’offensive dans ces forêts, relevait d’une grande impréparation et organisation. Tout comme Omgba Bissogo qui, au lieu dit Yaoundé actuel vers la fin du 19ème siècle, forma un mouvement de résistance armée contre l’occupant colonial allemand, pour finalement être trahi et livré au barbare occupant par des Ewondos vendus à l’ennemi, Ruben Um Nyobé, le dirigeant Upéciste de la résistance nationaliste anticoloniale camerounaise, fut trahi et livré en 1958 par des Bassa - dont Théodore Mayi Matip, un agent de renseignements des forces coloniales - à l’ennemi occupant colonial français. De même Ouandié Ernest, après de longues années de résistance héroïque dans l’Ouest, fut trahi et livré par des agents de renseignement locaux à l’occupant colonial français soutenu par les troupes néocoloniales de son suppôt Ahmadou Ahidjo. Dans tous ces quatre cas de leaders résistants camerounais trahis et livrés à l’ennemi par les agents de renseignements de l’ennemi, la faiblesse commune fut le manque de dispositifs de contre-espionnage défensif, l’échec des mesures de sécurité pour se protéger contre un ennemi déterminé à les éliminer. Le contre-espionnage est en effet indispensable à tout mouvement de résistance qui affronte une dictature reposant sur les services de renseignements. Le contre-espionnage défensif Les feuilles de la résistance visent à montrer aux Camerounais et Camerounaises déterminés à opposer une résistance patriotique à la dictature néocoloniale antidémocratique au pouvoir depuis 50 ans, que même la Révolution Orange de 2004 en Ukraine n’aurait pas atteint ses objectifs si elle n’était pas soigneusement préparée et organisée. Les soulèvements populaires spontanés, sans une préparation et une organisation sérieuses, notamment avec des règles précises imposées à tous les combattants, des objectifs bien précis et des stratégies et alternatives, ne sont rien d’autre qu’un suicide collectif devant une dictature prête à commettre tous les massacres pour s’accrocher au pouvoir. Pour vaincre un tel ennemi, les armes seules, demandées par tous de nos jours, ne suffisent pas ; elles doivent s’accompagner d’une bonne organisation et d’une discipline. Tout mouvement de résistance doit se doter d’une solide infrastructure de contre-espionnage défensif : qui consiste en toutes les mesures de sécurité nécessaires pour assurer la survie des combattants et celle du mouvement lui-même. L’absence ou la faiblesse du contre-espionnage n’a pas coûté cher seulement aux mouvements de résistance du Cameroun, mais aussi la vie de Che Guevara en Bolivie et de Carlos Marighella au Brésil, et les défaites des Tuparamos d’Uruguay, des Farc de Colombie, des Huks des Philippines ou des Mao Mao du Kenya. Par contre, une bonne préparation et organisation de la résistance aboutissent inévitablement, soit à la victoire escomptée, comme en Afrique du Sud sous l’Apartheid avec l’ANC, en Irlande avec la fraternité/armée républicaine, ou en Tchétchénie avec les Moudjahidines, soit à une longue résistance contre l’oppresseur comme au Liban avec le Hezbollah, en Palestine occupée avec le Hamas, aux Philippines avec Abu Sayyaf ou au Mexique avec le EPR ; ceci surtout lorsque le mouvement développe également un contre-espionnage offensif. Ce dernier consiste à détecter, à détruire, et à neutraliser ou influencer l’activité des renseignements hostiles à la résistance La faiblesse des systèmes de contre-espionnage des mouvements de résistance insurrectionnelle résulte historiquement de l’indiscipline et de l’inattention, d’un moral instable, des rivalités internes, d’une détérioration des objectifs, de la mauvaise motivation - y compris la criminalisation au lieu de poursuivre la noble cause de départ -, et du pur hasard ou malchance. Les résistants sont parfois sujets à divers manquements une fois confrontés à une pression continuelle. De tels manquements peuvent être d’énormes fautes résultant de la perte de figures majeures du leadership, des zones d’opérations, des informations clés, ou de purs coups psychologiques. Il faut installer un système efficace de contre-espionnage afin que toute perte dans la résistance ne relève que du hasard ou d’une malchance, et non pas des erreurs humaines. Les considérations défensives essentielles du contre-espionnage, à observer strictement par chacun, sont : l’établissement d’une structure compartimentée, la sécurité attentive au recrutement, la sécurité des communications, la protection des identités, l’exercice du contrôle aussi bien sur les cadres du mouvement que sur les principaux domaines, et bien d’autres aspects qui peuvent être identifiés suivant la situation sur le terrain. Les groupes de résistance doivent cacher activement leurs localisations, capacités, approches de plans et intentions contre les adversaires actifs ou potentiels au service de l’ennemi. Le recours à la tromperie, à l’invention des titres de presse, aux faux papiers, aux fausses identités, et à d’autres pratiques de ruse, est souvent systématisé. De fréquents tests de fidélité et de vigilance frôlant la paranoïa au sein du mouvement sont devenus des véritables solutions de survie dans la plupart des mouvements de résistance. Les directives et procédures de sécurité n’ont pas besoin d’être des documents écrits ; elles servent de sources de formation et de référence. Dans les milieux de la résistance tout au long de l’histoire, les taupes et espions identifiés ont presque toujours été éliminés. Certains groupes ont élevé le besoin de faire de la torture et de la violence extrême, comme punition de la traîtrise, tellement sévères que ces traitements servent de leçons pour toute personne qui s’essaierait à cette dangereuse aventure consistant à renseigner l’ennemi contre la résistance. Parce qu’ils se mélangent aux populations, les combattants de la résistance peuvent exécuter la reconnaissance du terrain et de l’infrastructure de l’ennemi sans être facilement identifiés. Le système d’alerte composé de citoyens est le meilleur pour collecter l’information au sujet des opérations anti-résistance de l’ennemi. Les leaders de la résistance ne doivent pas utiliser des radios et téléphones commerciaux sans les codes de brièveté ; ceci afin d’éviter que le gouvernement récolte des informations sur eux. En lisant ce qui précède, la première question qui vient certainement à l’esprit est comment asseoir une organisation régie par les règles listées ci-dessus quand aucun leader doté du courage nécessaire n’est connu au Cameroun. La preuve en est que lors du mouvement spontané de février, ceux qui se targuent de l’opposition s’étaient murés chez eux ; certains s’accordant même avec Paul Biya pour étiqueter les jeunes patriotes manifestants d’apprentis sorciers, de vandales, et de tous les noms d’oiseaux. Compartimentation, une mesure centrale de sécurité de la résistance La jeunesse patriotique camerounaise ne doit pas attendre que les leaders dont elle a besoin tombent du ciel, puisque c’est elle qui doit choisir et même créer ses propres leaders. Et pour y arriver, c’est justement en se préparant et en s’organisant efficacement contre le régime antidémocratique à la source de ses malheurs ; et nullement pas, et alors nullement pas du tout en espérant qu’un groupe de l’ombre, au gouvernement comme dans une supposée opposition, sélectionnera pour elle les leaders dont elle a besoin. Tout comme certains jeunes qui, afin de survivre au sein d’une misère sociale organisée par la dictature au pouvoir, s’entourent de façon spontanée de mesures de sécurité en s’organisant sous forme de gangs de feymen, de coupeurs de route ou de braqueurs - faisant malheureusement ainsi preuve de leur égarement -, la jeunesse patriotique camerounaise doit comprendre que c’est son moment maintenant, que c’est à chacun individuellement de créer son propre petit groupe de résistance là où elle/il réside, sans attendre qu’un leader providentiel le fasse à sa place. Ceci dans le but ultime d’empêcher la dictature de fonctionner, de protéger sa famille, sa communauté, son pays des mains voraces des fantoches ancrés au pouvoir pour servir des intérêts étrangers aux populations camerounaises. Si des besoins bassement matériels et essentiellement passagers d’argent et des richesses poussent les feymen, coupeurs de route, braqueurs et voleurs à briller d’ingéniosité, d’innovation et de ruse pour survivre dans un environnement où la société entière et les forces armées leur sont hostiles, chaque jeune patriote doit voir à quel point le besoin d’une société de bien-être général, de paix et de justice l’amènera à briller d’ingéniosité, de ruse et d’innovation face aux forces terroristes néocoloniales au pouvoir. Ceci pour peu qu’elle/il s’engage à résister et à vaincre un gouvernement qui a détruit tous ses espoirs, ceux de sa communauté et ceux de sa patrie, à diriger et à déverser toutes ses frustrations, ses rancoeurs, sa haine et sa rage sur un tel ennemi dangereux des populations camerounaises. Comme cela a heureusement été initié en février 2008, chaque patriote camerounais doit individuellement prendre et assumer sa responsabilité en créant l’infrastructure de la résistance insurrectionnelle, et non pas d’attendre qu’un leader hypothétique le fasse à sa place. La compartimentation organisationnelle, indispensable à tout mouvement de résistance, lui donne justement une telle opportunité. L’objectif de la résistance populaire est de rendre le régime antidémocratique incapable de gouverner et de le renverser. Elle y arrive en exécutant des actions tendant à distraire, à affaiblir et à démoraliser le régime dictatorial et ses forces répressives. Tout mouvement de résistance se fixe par conséquent pour mission quotidienne d’infliger systématiquement des dommages aux autorités et aux individus qui dominent le pays et exercent le pouvoir dictatorial ; une mission que beaucoup de Camerounais sont aujourd’hui désireux de remplir. Pour survivre dans un milieu où l’ennemi rode toujours à sa recherche pour l’éliminer, le combattant de la résistance doit donc mettre en place une organisation blindée, difficile à pénétrer, entourée de la sécurité appropriée. L’expérience des luttes de résistance a montré qu’au lieu d’une organisation classique pyramidale, la structuration qui assure la sécurité à tout mouvement clandestin est la structure compartimentée, où chaque unité opérationnelle est quasi indépendante. Une structure compartimentée est un réseau d’unités quasi indépendantes les unes des autres. Même la direction d’une organisation compartimentée doit être un ensemble d’unités opérationnelles quasi indépendantes. La cellule opérationnelle L’unité d’une organisation compartimentée est la cellule de deux à cinq personnes au maximum. Une bonne organisation de la résistance est en effet un réseau de centaines, de milliers, voire de centaines de milliers de cellules opérationnelles quasi indépendantes. La cellule doit rester indépendante afin d’éviter que, si elle est compromise parce que l’ennemi a arrêté l’un de ses membres ou l’a infiltrée, l’information ainsi obtenue par l’oppresseur ne puisse jamais compromettre plus de quatre autres membres de la résistance, les cellules voisines, et encore moins le mouvement entier. Tout bon patriote déterminé à en finir avec la dictature néocoloniale ne doit pas attendre les ordres de quiconque pour organiser une cellule de résistance à tout lieu qu’il/elle maîtrise bien. Il/elle doit commencer à le faire sans tarder ou hésiter. La cellule comprend un dresseur et des recruteurs. Le dresseur gère la cellule et la zone ou localité que la cellule contrôle, collecte l’information dont la résistance a besoin pour opérer, forme les recrues et mène les activités de résistance. Le recruteur collecte l’information, recrute de nouveaux membres dans le mouvement, y compris les détecteurs du lieu d’action de la cellule. Le détecteur collecte uniquement l’information. Pour créer une cellule, le dresseur établit son personnel, composé uniquement de volontaires patriotes. Il/elle dresse une évaluation écrite de l’information sur la zone que contrôlera sa cellule. Cette évaluation concerne tout ce qui intéresse la résistance : leaders ennemis, installations et unités des forces de répression (police, gendarmerie, unités armées spéciales, etc.), cibles potentielles, climat, industrie, transport, forces et faiblesses politiques, économiques et sociales de la zone, forces et faiblesses de l’ennemi, institutions éducatives, religions et leaders religieux, composition ethnique, attitudes locales par rapport à l’ennemi, moyens de communication, géographie, histoire, leaders locaux, agents locaux de renseignement de l’ennemi, etc. Cette information est catégorisée et indexée, afin de permettre une recherche et une actualisation rapide et facile. Les archives de toutes ces informations sont gardées dans un lieu secret. Les premières mesures de sécurité d’une cellule portent sur le recrutement. La recrue pour le poste de détecteur doit être une personne locale qui sympathise avec la résistance et n’a pas travaillé et ne travaille pas pour renseigner l’ennemi oppresseur. Il/elle a pour mission de détecter les sympathisants, les non sympathisants et les agents potentiels de la résistance, les personnes occupant les fonctions bien informées, les agents de l’ennemi, les mouvements des forces de répression, etc. Il/elle note les vulnérabilités des leaders ennemis, des agents de l’ennemi et des éléments des forces de répression. Le détecteur ne doit pas attirer l’attention ou la suspicion. Le détecteur communique les informations quotidiennement collectées au dresseur ou au recruteur. Ce dernier n’a pas besoin d’être une personne locale, puisque certains recrutements échoués ou réussis peuvent l’obliger à disparaître de la zone de contrôle de la cellule. Le recruteur est un professionnel du recrutement qui peut servir plusieurs cellules à la fois, sans nécessairement en connaître physiquement les dresseurs. Les dons et capacités recherchées par le recruteur chez la recrue au poste d’agent vivant de la résistance – le détecteur en est un – sont que celui-ci ou celle-ci est intelligent(e) mais paraît stupide, semble imbécile mais fort de cœur, agile, vigoureux(se), résistant(e), brave, versé(e) dans les affaires simples, capable de supporter la faim, le froid, la saleté et l’humiliation. Le candidat sympathisant est une personne dont un parent ou ami a été victime de la dictature, une personne qui a vu l’injustice ou les mauvais traitements du pouvoir, un solitaire qui a peu d’amis ou qui est déçu par le gouvernement, une personne entretenue par un leader ennemi ou un élément des forces de répression, un intellectuel qui a réalisé l’oppression et le mal au pouvoir, un fonctionnaire déçu ou maltraité par le gouvernement, une personne qui a une raison sérieuse et confirmée d’en vouloir au pouvoir antidémocratique en place. Le passé de la recrue doit être minutieusement fouillé et analysé, en évitant tout sentimentalisme et toute conclusion hâtive dans la décision de recrutement. Les méthodes que le recruteur doit utiliser pour être efficace, ainsi que l’attitude à observer devant un candidat non sympathique, font partie des nombreux domaines secrets qui se partagent uniquement au sein de la résistance clandestine. Elles, comme tant d’autres, ne peuvent donc pas être rendues publiques dans le cadre d’un article. Le recruteur introduit le candidat consentant au dresseur de la cellule. Le dresseur ajoute temporairement le nouvel agent dans sa cellule. Le dresseur forme (dresse) chaque recrue, lui apprend la collecte des informations, les communications clandestines, le contre-espionnage, les règles de sécurité. Chaque recrue a le choix entre, rester dans la cellule pour assurer les fonctions de détecteur, devenir le dresseur d’une nouvelle cellule, se constituer recruteur, se lister comme combattant armé dans les rangs d’une guérilla si celle-ci existe, selon ses capacités. Les communications clandestines Les puissantes armes qu’utilise la dictature de Paul Biya sont la terreur, mais aussi et surtout la guerre psychologique. Cette dernière arme compte, pour réussir, sur le poison français introduit dans nos esprits lors de notre éducation, sous forme de propension à philosopher, de tendance à relativiser toute chose, de liberté de tout questionner. Dans un mouvement de résistance, cependant, les patriotes résistants font face à un pouvoir terroriste qui cherche à les éliminer et à détruire leur mouvement. Par conséquent, un résistant ne philosophe pas. Il/elle ne discute pas et ne questionne pas les règles de sécurité, fixées pour protéger les personnes et les biens du mouvement de résistance. Il/elle les applique à la lettre. C’est l’observation individuelle stricte des règles de sécurité qui protège chacun et blinde le mouvement, et non pas seulement parce que l’on sait manier les armes ou affronter l’ennemi au combat. Par conséquent, en dehors du milieu de la résistance où il/elle doit communiquer pour développer ses connaissances politiques, le bon combattant écoute beaucoup et parle peu, même au sein de sa propre famille. La raison en est que l’ennemi gouvernemental infiltre ses agents partout pour connaître tout ce qui se passe au sein de la société en général et plus particulièrement où se prépare une résistance. L’erreur fatale du résistant a toujours été de baisser la garde, de se laisser aller en public, de lâcher des mots et des bribes de phrases qui intéressent énormément les agents de renseignements de l’ennemi. Le régime antidémocratique veut annihiler les résistants et se bat sans relâche pour les trouver et les détruire. La tactique redoutable du résistant repose sur sa capacité de se cacher et d’attaquer l’ennemi par surprise. Par conséquent, il n’est pas autorisé et souhaitable que chacun connaisse tout et tout le monde au sein du l’organisation de résistance insurrectionnelle. Le plus grand danger qui pèse sur le résistant est qu’il peut se faire connaître lui-même, par manque de précaution, ou se faire découvrir, par manque de vigilance. Toutes les communications sont clandestines au sein de la résistance. Toute communication entre deux cellules de l’organisation de résistance doit se passer dans un langage codé pour une communication verbale ou écrite, à travers des signaux pour une communication conventionnelle, ou à travers un et/ou plusieurs agents de coupure pour la transmission du courrier. Les deux personnes qui communiquent à travers un ou plusieurs agents de coupure ne devraient pas se connaître l’une l’autre par le nom réel et l’identité. L’agent de coupure ne doit pas connaître le contenu du courrier transporté – qui doit être écrit en langage codé - ; il/elle devrait être de préférence une personne innocente. Les règles quotidiennes de sécurité Il est interdit au résistant de se faire connaître par son nom réel, autant au sein du mouvement de résistance qu’en public. Il lui est interdit de donner son adresse ou toute autre adresse clandestine à une personne étrangère à la résistance ou de trop parler. Il est interdit de garder des archives contenant les noms réels, l’information biographique, les cartes et les plans menant aux résistants et aux structures de l’Organisation de résistance insurrectionnelle. Il est interdit à tout membre de la Résistance de porter sur soi des preuves que les forces antidémocratiques au pouvoir ne sous-estiment jamais, à savoir les notes sur des bouts de papier, dans les habits, ou sur le corps, les adresses et autres informations clandestines sur les téléphones cellulaires, les ordinateurs, les documents perdus, les lettres, etc. Les carnets d’adresse et de numéros téléphoniques doivent être détruits. Le résistant ne doit écrire sur ou détenir quel que document que ce soit. Les numéros, codes et contacts ne doivent être notés nulle part ; ils doivent être mémorisés. Le résistant qui viole ces règles cardinales de secret de l’information doit être averti pour la première fois que l’infraction est constatée. S’il est constaté qu’il/elle répète l’infraction malgré ce premier avertissement, il faut strictement éviter de travailler avec lui/elle à l’avenir. Il faut maintenir un service d’information quotidienne au sujet des activités de l’ennemi, des lieux où la toile policière est entrain d’opérer, et des points qui sont sous surveillance. Il ne faut jamais, sous aucune circonstance, permettre même le plus léger des laxismes dans le domaine du maintien des mesures et précautions de sécurité. Le combattant arrêté ne doit rien révéler aux forces ennemies, et surtout ne doit rien dire qui puisse mener par voie de conséquence à l’arrestation des autres camarades, à la découverte des adresses des cachettes ou à la perte des ressources opérationnelles de la résistance. Les méthodes utilisées par l’ennemi oppresseur, comme la fausse gentillesse ou la fausse compassion, visent à obtenir du combattant arrêté des informations devant mener à l’élimination des autres membres de sa cellule, au démantèlement du mouvement de résistance, et à la mise à l’échec de l’objectif de bien-être général et de justice poursuivi par l’organisation de résistance insurrectionnelle. De telles informations sont pour l’ennemi des preuves qui justifieront l’emprisonnement ou la mise à mort du combattant arrêté ; à défaut de sa récupération comme un agent de renseignements du pouvoir antidémocratique, dès lors malheureusement voué à être éliminé par les forces de contre-espionnage de la résistance. Dans un prochain article, nous décrirons l’infrastructure générale d’une bonne résistance insurrectionnelle, les opérations à mener, les moyens de survie, et d’autres mesures de sécurité. |
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