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CAMEROUN – FRANÇAFRIQUE
Les renseignements, force essentielle du pouvoir néocolonial
La « République du Cameroun » est en réalité une néocolonie de la France, dirigée par des représentants noirs de la lourde maffia désignée aujourd’hui par le terme accepté de « Françafrique ». L’accès aux renseignements de la Françafrique n’est cependant pas infranchissable comme on le pense. C’est ainsi que le successeur de Paul Biya, en cas d’empêchement est, non pas sa famille, mais Edgar Allain Mebe Ngo’o. Pour quelles raisons la France ne peut-elle pas changer son soutien à Paul Biya ? La Françafrique cherchera toujours à détruire les forces anti-dictatoriales. Le seul combat efficace à mener contre elle passe par la maîtrise des techniques de résistance et de destruction des réseaux de renseignements d’une dictature, à travers l’affrontement de cette maffia internationale sur le terrain.
Par Ndzana Seme


NEW YORK 12/27/2009 – L’enlèvement, la séquestration, et bientôt le procès kafkaïen de Jean Bosco Talla, avec au bout du rouleau le musellement de Germinal et la soumission de ses journalistes par la peur, ont pour initiateurs des acteurs que l’on soupçonne le moins.

Cette équipe de patriotes camerounais, unis pour le but d’enquêter et d’analyser honnêtement les maux qui minent la société camerounaise, est loin de savoir qu’elle s’est attirée la surveillance souvent fatale de l’ennemi premier des peuples d’Afrique francophone en général, et du peuple camerounais en particulier : à savoir les services de renseignements français, l’outil sans lequel il n’y aurait pas de « Françafrique ».

Les Camerounais n’ont pas intérêt à oublier, parmi d’autres, la phrase
« je pense que je suis un bon élève », prononcée par Paul Biya sur le perron de l’Élysée à coté de son parrain Mitterand, à l’époque de leur lutte commune contre la poussée des revendications démocratiques du début des années 1990. Cette seule phrase, sortie par Biya comme un borborygme mal contrôlé - si elle n’était déjà pas encouragée par François Mitterand connu pour son cynisme légendaire -, en dit long sur la nature véritable du régime qui dirige le Cameroun d’une main de fer depuis 1960.

La « République du Cameroun » est en réalité une néocolonie de la France gouvernée par des représentants noirs de cette lourde maffia ; que l’on désigne aujourd’hui par le terme accepté de « Françafrique » à cause du caractère compliqué, mais surtout secret et étendu de son organisation.

L’accès aux renseignements de la Françafrique n’est pas infranchissable

Cependant, elle aura beau être la plus secrète du monde, notamment à cause de la solidité de ses réseaux, la Françafrique, comme tout autre service de renseignements au monde, n’est pas impénétrable.

C’est dire qu’au lieu de s’abandonner dans le désespoir ambiant encouragé par les coups violents et impunis de cette maffia structurellement antidémocratique, les patriotes camerounais en général, et ceux de la Diaspora en particulier, doivent savoir trouver chacun sur le lieu de sa résidence les failles qui donnent accès aux renseignements disponibles au sein de ces réseaux françafricains.

Car, il ne faut jamais oublier que, renseignement ou non, toute information est collectée dans le but d’être livrée quelque part. Il faut donc connaître qui en sont les consommateurs afin de savoir comment accéder aux renseignements d’un réseau.

Sans connaître leur expérience, il n’y a pas de doute que les rédacteurs de Germinal ont touché certains points sensibles des réseaux françafricains du Cameroun. Ils ont ainsi, sans le savoir certainement, déclenché le rouleau compresseur du contre-espionnage défensif de ces réseaux contre eux.

Nous avions eu l’avantage, au moment même où le pouvoir Biya multipliait les arrestations et emprisonnements contre nous, de provoquer une fois ces réseaux. Et ils n’avaient pas hésité de répondre par des menaces directes contre notre personne. Telle cette rencontre lors d’une soirée à l’Ambassade de l’Allemagne à Yaoundé, où nous nous retrouvions encerclé par une certaine Al Chami, un journaliste de RFI, deux inconnus tout aussi français, et le fameux agent de ces réseaux dans la presse, Vincent T’sas. Et chacun vociférait tout ce qu’il trouvait de plus intimidant contre nous…

Ceci pour dire que, lorsque vous entreprenez de vous focaliser sur des enquêtes indépendantes sérieuses, il est inévitable de se heurter aux réseaux français et aux sujets qu’ils ne veulent pas voir discutés au Cameroun. Germinal a certainement touché de tels points sensibles, y compris l’homosexualité qui fut, d’après des sources bien informées, utilisée comme condition d’accès des indigènes africains dans le milieu gouvernant. Germinal est aujourd’hui listé par ces réseaux comme un médium voué à disparaître. Car les journalistes derrière l’hebdomadaire constituent une menace contre le pouvoir Biya et contre les intérêts de la France au Cameroun.

Il est stratégiquement indispensable, d’après une source bien informée ayant accès aux renseignements de la Françafrique couverte de l’anonymat, que Germinal soit change diamétralement sa ligne électorale en abandonnant son orientation vers les enquêtes et les recherches  pour se soumettre plutôt comme tant d’autres journaux camerounais à la corruption et à la direction par un parrain « protecteur » de l’ombre, soit disparaisse complètement si ses dirigeants Jean Bosco Talla et Duke Atangana Etotogo ne veulent pas coopérer en suivant les directives de ces réseaux français. La machine judiciaire corrompue, utilisée contre Jean Bosco Talla, aura tout le temps de lui transmettre cet avertissement.

Les renseignements français ont comme successeur pour Paul Biya, Edgar Alain Mebe Ngo’o

Interrogés par notre source sur les raisons de leur soutien du régime de Paul Biya, les renseignements français soutiennent que la France a beaucoup investi au Cameroun et ne peut pas laisser ses intérêts voler en éclats, surtout après avoir saisi l’avertissement lancé par la jeunesse en février 2008. Ils trouvent que Paul Biya est le plus fidèle protecteur actuel de leurs intérêts au Cameroun.

Quand à la question de la succession de Biya au pouvoir, ces services de renseignements ont répondu que la famille de Paul Biya n’est pas intéressée au pouvoir, contrairement aux soupçons des Camerounais basés sur les cas de transmission du pouvoir au Togo et au Gabon de père en fils.

Le nom que ces réseaux sortent est plutôt Edgar Alain Mebe Ngo’o comme le successeur au cas où le vieillard Paul Biya venait à être empêché ou à mourir au pouvoir. Ces réseaux expliquent leur choix de Mebe Ngo’o par le fait que ce dernier aurait fourni un bon travail de collaboration avec les services de renseignements français - mais aussi (surprise !) avec les services de renseignements américains - quand il était « ministre de la sécurité », un poste qui lui a valu de chaleureuses félicitations des deux cotés de l’Atlantique.

Les services de renseignements français ont surtout tenu à expliquer que les intérêts occidentaux ne doivent nullement pas se soucier de la sécurité de leurs investissements au Cameroun tant que le régime de Paul Biya, leur protégé, est au pouvoir. Ils ont averti que tout renversement du pouvoir de Paul Biya mènera au chaos (rejoignant l’avertissement « après moi c’est le chaos » lancé par Paul Biya à Monatélé en 1992) et compromettra les intérêts occidentaux.

Pourquoi la France ne peut pas changer son soutien à Paul Biya


Certains esprits, parce qu’ils tendent l’oreille au régime Biya - qui a toujours soutenu faussement que les Français sont partis et que le Cameroun est indépendant -, se demandent toujours pourquoi la France court-elle autant de risques à soutenir une dictature qui finira par tomber devant la poussée inévitable de la démocratie.

Ils ignorent tout simplement la réalité historique, les intérêts économiques énormes d’une puissance mondiale qui ne l’est que grâce à ses gains faciles en Afrique, et les prévisions de survie ce cette machine maffieuse, qui sont autant de facteurs importants militant pour leur statu quo.

Ces esprits sous-estiment notamment la très significative décision des gouverneurs, gouverneurs généraux et autres autorités coloniales, prise lors de la conférence tenue à Brazzaville de janvier à février 1944, de s'opposer à toute idée d'industrialisation de l’Afrique. Présidée par Charles de Gaulle, cette conférence marqua le début des réseaux de la Françafrique, dont la construction fut confiée par le président français à un spécialiste des services de renseignements, Jacques Foccart.

Pour rappel, les décisions suivantes, portant essentiellement sur les intérêts économiques français en Afrique, furent prises à Brazzaville en 1944 et continuent de guider la Françafrique aujourd’hui :
- Tolérer une industrialisation «bien tempérée» et interdire une industrialisation «sauvage» ou accélérée, afin de «ménager les intérêts des pays producteurs d'objets manufacturés», d'éviter le danger que présenterait l'industrialisation à «créer un prolétariat noir» contre l’empire colonial français
- Favoriser l'idéologie administrative, qui était une  «condamnation de l'anarchisme et des gaspillages du capitalisme libéral, (... une) réprobation du régime de travail imposé par les sociétés coloniales, (... un) rejet des petits colons inutiles, (... une) dénonciation du malthusianisme des entrepreneurs», et un soutien du capitalisme d’État.

Il n’est donc pas étonnant de voir un corrupteur invétéré, comme Vincent Bolloré, traîner les journaux devant les tribunaux français, dans une tentative de cacher le rôle qu’il joue et les avantages qu’il engrange au sein de la Françafrique ; qui est un réseau maffieux dont les membres sont régis par la loi de silence. La preuve en étant les menaces d’un tel membre, Charles Pasqua, de dire tout si la justice française ne le laissait pas tranquille.
La Françafrique cherchera toujours à détruire les forces anti-dictatoriales

Comme le Président rwandais Paul Kagamé l’a toujours dénoncé, la Françafrique est un réseau dangereux qui a participé à l’organisation du génocide du Rwanda. Un génocide similaire que François Mittérand avait planifié plus tôt au Cameroun, si jamais les forces démocratiques représentées par Ni John Fru Ndi et le SDF réussissaient à prendre le pouvoir.

Dans ce domaine, nous délogions la présence, dans la ville de Douala en 1992, de l’un des plus dangereux exécuteurs de la Françafrique : un certain Paul Barril, qu'on croyait encore dans la garde présidentielle de Paul Biya au Cameroun où, après son passage comme faux employé de Elf Serepca, il avait participé à la création des milices tribalistes Beti. Barril se retrouvait curieusement le 8 avril 1994, deux jours après que l’avion transportant le président Habiarimana et son homologue burundais fut abattu, à ce moment précisément à Kigali où il déclarait détenir la boîte noire de l'avion calciné…

«En 2002, Paris prévoyait de me renverser», déclarait dernièrement le Président ivoirien Laurent Gbagbo. En effet, en réponse à la question du journaliste du Figaro, Pierre Prier, selon laquelle « Charles Pasqua a accusé Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l’Élysée, d’avoir ‘planifié le renversement de deux chefs d’État africains’. Tout le monde a pensé que vous étiez l’un des deux concernés par l’allusion. Et vous ? », Laurent Gbagbo a répondu « Eh bien, je fais partie de ‘tout le monde’». Laurent Gbagbo promet plus loin :
«Je témoignerai un jour en détail. Mais je pense que les dirigeants français de l’époque n’ont pas été sages. Ils ont nui à la France, et ils ont nui à l’Afrique ».

Le sort fatal organisé par la Françafrique contre Laurent Gbagbo, l’occupation en cours par ses forces militaires du sol ivoirien, couplé par la mascarade électorale qui vient de maintenir une dynastie des Bongo au pouvoir au Gabon après celle des Eyadema au Togo, sont la preuve éclatante de la réalité selon laquelle la France, à travers ses réseaux de la France n’entend pas céder le moindre pouce dans ce qu’elle considère comme sa chasse gardée africaine. Elle est déterminée plus que jamais à maintenir les populations d’Afrique francophone sous la férule de ses régimes fantoches dictatoriaux.

Le seul combat efficace qui vaille contre la Françafrique

La question qui vient dans tous les esprits est évidemment : qu’est-ce qu’il faut faire devant un ennemi aussi redoutable et surtout aussi têtu ?

Contrairement à ceux qui, n’avançant aucune base sérieuse, disent que le Cameroun peut se libérer des mains des forces néocoloniales en recourant aux urnes – et beaucoup se portent candidats aux prochaines élections prévues en 2011 -, l’histoire du monde montre plutôt que c’est par la violence que les peuples sont venus efficacement à bout des régimes dictatoriaux supportés à bout de bras, comme celui de Paul Biya, par les forces et réseaux de renseignements étrangers.

La force qui caractérise la dictature de Paul Biya ne repose pas sur ses forces armées ou ses armes plus ou moins sophistiqués. La force du régime néocolonial de Yaoundé repose essentiellement sur ses services de renseignements. Ces derniers ont, de temps en temps, recours aux unités de l’armée, comme les Bir, pour exécuter des opérations précises comme les massacres. Les services de renseignements sont le véritable pouvoir, parce que sans eux le régime serait incapable de maintenir nos populations sous contrôle.

Et c’est justement en enquêtant dans le domaine des renseignements au Cameroun que tout investigateur se rend compte de l’omniprésence de la présence des Français. Les agents de renseignements de la Françafrique grouillent au sein de l’armée camerounaise et ont réussi à mettre en application les instructions de Paris, telles que transmises régulièrement à Paul Biya lors de ses multiples « séjours privés » en France, au chef d’état major des forces armées René Claude Meka et au délégué général à la sécurité nationale.

C’est ainsi que ces Français ont pu implanter la stratégie efficace du tribalisme au sein de l’armée camerounaise, en plaçant essentiellement les Beti à tous les postes de commandement et de responsabilité des stocks d’armes et de munitions. Les officiers des autres tribus occupant des fonctions d’adjoints essentiellement dénués de tous pouvoirs réels de commandement.

Les agents de renseignements de la Françafrique grouillent tout aussi au sein des forces de sécurité, où ils occupent les fonctions temporaires ou permanentes de coopérants, sinon désignés par tous les noms habiles. Ils sont aussi partout au sein de la direction de l’administration camerounaise et des entreprises publiques, sous l’appellation d’assistants ou conseillers techniques. Mais surtout, on les rencontre comme cadres dans les entreprises françaises ou codétenues par les Français, au sein des Ong, dans la « société civile » et un peu partout dans la société camerounaise.

Les agents de renseignements français sont aidés sur le terrain par leurs complices camerounais, qui se trouvent au sommet de l’Etat, dans l’armée, la police, la gendarmerie, l’administration publique, les entreprises privées et publiques, la « société civile », l’opposition, la presse, la rue et la campagne.

L’ennemi numéro un de la démocratie et de la libération des populations camerounaises est par conséquent ce réseau international de renseignements dirigé par la Françafrique, dont l’extension locale se trouve dans ses ramifications au sein de la société camerounaise. Ce sont ces réseaux qui sont le véritable pouvoir au Cameroun. Ce sont ces réseaux qui doivent être démantelés et détruits pour espérer un jour rêver de démocratie au Cameroun.

Pour ce faire, le Peuple camerounais doit tout simplement organiser ses propres réseaux de renseignements, et affronter et détruire les réseaux de la Françafrique sur le terrain camerounais.

Ce sont en effet les opérations réussies de contre-espionnage offensif des renseignements populaires qui seules seront capables de déraciner le régime néocolonial.

Pour ce faire, il n’y a pas meilleure référence à citer que la réussite de la Fraternité/Armée Républicaine d’Irlande dans sa libération contre l’occupant colonial britannique. Beaucoup d’autres exemples de stratégies de réussite existent à travers le monde, mais l’Irlande est impressionnante. De sorte qu’il ne faut plus se demander pourquoi Mouamar Khadaffi était devenu l’ennemi de l’Occident… après avoir soutenu les indépendantistes irlandais.

Une figure historique de ce mouvement de résistance et d’indépendance irlandais est devenue un modèle. C’est Michael Collins, notamment ses stratégies efficaces de contre-espionnage offensif reposant sur les principes suivants :
- Pour paralyser la machine britannique (la machine nécoloniale française dans notre cas), il est nécessaire de frapper les individus qui servent ses réseaux de renseignements
- Sans ses espions, l’Angleterre (le régime Biya pour notre cas) est sans défense, car c’est seulement grâce à ses connaissances accumulées et grandissantes que la machine britannique (et toute dictature) peut opérer
- Utiliser les services de renseignements du Peuple pour le but de collecter les informations clés à travers des réseaux divers afin d’éliminer non seulement les agents de renseignements ennemis en général, mais les individus les plus importants dans les opérations britanniques (néocoloniales) de collecte des informations

C’est en suivant les stratégies de résistance et de libération similaires, entre autres, à celles de Michael Collins, que les Camerounais pourront chanter un jour leur victoire contre la Françafrique et amorcer enfin leur réorganisation d’un système de bien-être général. En dehors d’une telle réorientation de la lutte des forces démocratiques camerounaises, nous sommes partis pour une domination néocoloniale à perte de vue.
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