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| FRANÇAFRIQUE
Cameroun, terre de nos ancêtres ou terre de France? Au début de ce mois, nous avons séjourné à coté de l’Hôtel Intercontinental de Genèves en Suisse. Paul Biya a trouvé cet hôtel comme le lieu stratégique pour le règlement tranquille des affaires de la françafrique. C’est pour maintenir des accords assurant des gains faciles à la France qu’il y a le système néocolonial appelé françafrique, et que la France usera toujours de toute sa force militaire, diplomatique et politique possible pour maintenir au pouvoir des hommes fantoches comme Biya ou Bongo. Cependant, tous les signes montrent déja que les Camerounais, tout comme les Gabonais, n’accepteront pas que leur pays demeure une terre de la France. Par Ndzana Seme NEW YORK 06/17/2009 – Dans les Etats fantoches comme la République du Cameroun ou la République du Gabon, les réalités au sein du Peuple ne sont que très rarement présentées, même par ceux qui se targuent d’être les journalistes les plus indépendants du pays. Il en est ainsi du sentiment de rejet du néocolonialisme français par les Camerounais et les Gabonais. Avant l’insurrection générale de la jeunesse camerounaise de février 2008, il n’y avait eu nul part de rapport connu ou d’article journalistique faisant état d’un sentiment anti-français aussi poussé au sein de la population camerounaise. C’est seulement lorsque les jeunes identifiaient et brûlaient aussi bien les intérêts personnels de Paul Biya – dont notamment les stations d’essence de Chantal Vigouroux Biya -, les intérêts de l’Etat néocolonial appelé république du Cameroun que les intérêts français, que le monde comprenait à quel point les Camerounais rejettent effectivement la présence française au Cameroun. Dans les média nationaux et internationaux, cette marmite sociale bouillonnante est tout simplement ignorée, les reporters ne recherchant comme information que ce que les réseaux bien huilés de la françafrique veulent bien leurs jeter comme os informationnels. La même chose est observée au Gabon. Qui aurait su que les Gabonais rejetent autant les Français avant cette journée d’hier, lors des obsèques du pillier de la françafrique Albert Bernard El Hadj Omar Bongo, si les Gabonais n’avaient pas hué et couvert d’injures le président français Nicolas Sarkozy ainsi que Jacques Chirac à Libreville? (voir les articles ci-dessous) Nous observons là, autant au Cameroun qu’au Gabon, une réalité longtemps étouffée, qui prouve clairement qu’il y a une disconnection totale entre le disours public des gouvernants et des média, et le discours que le citoyen ordinaire tient dans sa case en Kalabote, sur son étal de sauveteur, sur sa moto bensikin ou sur son vieux taxi d’occasion. Les Camerounais sont par exemple horrifiés de constater que la France bénéficie des accords avec le gouvernement fantoche de Biya selon lesquels, les Français de Total prennent le pétrole camerounais de Bakassi, le transportent sur quelques kilomètres vers leur raffinerie située du coté Nigerian, afin d’ensuite “importer” le pétrole camerounais raffiné et le vendre à prix d’or sur le marché camerounais. Au passage, ces Français - qui s’opposent par ailleurs à l’installation d’une raffinerie au Cameroun – encaissent d’énormes bénéfices, sans souffrance aucune. C’est le même jeu que l’on observe depuis les fausses indépendances où les Français ont installé leur usine de transformation de l’alluminium à Edéa, la bauxite brute étant extraite puis importée de Guinée. Il n’est pas question pour les Français d’installer une usine de traitement de la bauxite en Guinée, parce qu’autrement les Guinéens s’intéresseraient aux bénéfices de l’exploitation de “leur bauxite”. Nous pouvons multiplier ces exemples à volonté, en citant le principe même de la zone franc, où nos Etats fantoches de la France sont obligés de maintenir d’énormes reserves monétaires - ce même argent dont ont pourtant besoin leurs pays pour se développer économiquement - dans le trésor français. Le même principe des accords assurant des profits faciles à la France est observé dans le système bancaire, les assurances, etc. C’est pour maintenir de tels accords assurant des gains faciles à la France que le système néocolonial appelé françafrique a été installé, et que la France usera toujours de toute sa force militaire, diplomatique et politique possible pour maintenir au pouvoir des hommes fantoches comme Biya ou Bongo. Sans aucune gêne du tout, le défunt ne se plaisait-il pas à déclarer que “Le Gabon sans la France, c’est une voiture sans chauffeur » ? Au début de ce mois, nous avons séjourné à coté de l’Hôtel Intercontinental de Genèves en Suisse. Ce même hôtel d’où Paul Biya répandait en 2004 des rumeurs sur sa mort; que que nous avons publiées et dénoncées, en suscitant leur brouhaha de chasse à l’homme. L’Hôtel Intercontinental de Genèves a la particularité de se trouver à la frontière entre la Suisse et la France. L’on comprend donc pourquoi Paul Biya a trouvé cet hôtel comme le lieu stratégique pour le règlement tranquille des affaires de la françafrique. Avec l’argent des Camerounais, tout le sixième étage est loué depuis des années et pour une durée encore indéterminée, par Paul Biya et sa famille, que les lieux soient occupés ou non. Aucun dirigeant démocratique au monde ne peut faire ce genre de bêtise. Pourtant les suppôts de la France à la tête de nos pays trouvent, comme Paul Biya, que les résidences comme cette suite de l’Hôtel Intercontinental, dans laquelle il passe ses “courts séjours privés” sans fin, sont les places les meilleures où leurs Etats fantoches sont gouvernés dans la réalité par des conseillers occultes français. Ceux ci décident des nominations au gouvernement et dans l’administration, et maintiennent des stratégies, comme celle efficace des flammes du tribalisme, qu’il faut toujours entretenir pour mieux conserver le pouvoir néocolonial. C’est pour cela que la dernière des choses qu’un esprit bien avisé doive écouter, c’est les déclarations tonitruantes d’un François Fillon lors d’un passage à Yaoundé simulant une mésentente entre l’Elysée et Etoudi, selon lesquelles la France n’interviendrait plus si le Cameroun était attaqué et que les “accords de cooperation” de 1960 seraient ainsi annulés. Il n’en est nullement rien. La France interviendra toujours toutes les fois que le pouvoir Biya demandera son aide. Au Tchad, la France a toujours déclaré qu’elle ne s’implique pas dans la guerre opposant les forces de Debi et les forces rebelles. Pourtant les hélicoptères français ont dernièrement bien bombardé les positions rebelles en les repoussant jusqu’au territoire soudanais. La France interviendra du coté de son régime néocolonial fantoche au Cameroun lorsque les forces patriotiques le menaceront. C’est pour cela d’ailleurs que depuis des mois, les Français s’activent particulièrement au sein de l’armée et des forces de sécurité pour paufiner des stratégies contre toute tentative de coup d’Etat ou de renversement du régime Biya. La jeunesse camerounaise ne doit pas un seul instant se voiler les yeux. Car toutes les fois qu’elle s’attaquera au régime de Paul Biya, sur les pas de ses valeureux ancêtres Um nyobe, Ouandié ou Ossende, elle sera automatiquement en guerre contre la France. Mener ce combat de libération est un devoir sacré de tout(e) patriote camerounais(e). Notre jeunesse patriotique doit se dire une chose: si des combatants aux pieds nus et en haillons ont pu résisté à une lourde coalition millitaire mondiale comme en Iraq, les Camerounais déterminés à libérer la terre de leurs Ancêtres de l’oppression néocoloniale résisteront victorieusement. Ils ne laisseront plus les Français les terroriser comme ils l’avaient fait avec les nationalistes de l’UPC, car il y aura là des comptes historiques à régler. Car les Camerounais, tout comme les Gabonais, n’accepteront pas indéfiniment que leur pays demeure une terre de la France. |
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| GABON - OBSÈQUES DE BONGO
Sarkozy humilié au Gabon Des Gabonais s’élèvent contre les ingérences de la France dans la politique intérieure de leur pays. Ils saisissent le prétexte des obsèques d’Omar Bongo pour cracher leur vérité à la face du président français. Le président de la République Française, Nicolas Sarkozy, a été conspué hier 16 juin 2009 à Libreville au Gabon, à l’occasion des obsèques officielles du défunt président de la République Gabonaise, feu Omar Bongo Ondimba. Le président français et son prédécesseur Jacques Chirac sont arrivés dans la même voiture au palais présidentiel. Selon Europe 1, Chirac, le premier sorti de la voiture, a été accueilli “par quelques applaudissements timides”. Quelques instants après, Nicolas Sarkozy, sorti par la portière droite, a reçu en pleine figure des cris et des insultes. L’activisme du comité d’accueil constitué d’une quinzaine de jeunes du Parti démocratique gabonais au pouvoir n’a pu étouffer la détermination de la cinquantaine de personnes déterminée à régler son compte à Sarkozy. “On ne veut plus de vous, partez”, ont prononcé en chœur les anti-Sarkozy, rapporte Le Figaro.fr. “La France est ingrate. Bois, pétrole, manganèse, on vous a tout donné. La France, si elle est ce qu'elle est, c'est grâce au Gabon, on ne veut plus de tout ça”, ont alors expliqué des Gabonais mécontents de la présence du président français. Les responsables de la sécurité ont immédiatement formé un cordon autour du président, ce qui n’a pas empêché les “ manifestants ” de continuer à lancer des mots. Après la cérémonie, le président français a essayé de minimiser et, surtout, de détourner l’incident. Selon Christophe Boisbouvier, l’envoyé spécial de Radio France internationale (Rfi), Nicolas Sarkozy a affirmé que les cris des mécontents ne s’adressaient pas à lui, mais aux médias. Ces cris s’expliquent, selon le président, par les imprécisions qui ont caractérisé le traitement de l’information sur la maladie et le décès de Bongo. “ Les gens sont assez remontés […] Vous savez les dégâts qu’a fait l’annonce prématurée du décès et un certain nombre de commentaires ”, a déclaré le président, cité par Le Figaro.fr. Une explication jugée ridicule par de nombreux observateurs. Selon toute vraisemblance, c’est bien à Sarkozy que s’adressaient les cris des mécontents. Ce qui conforte cette idée c’est que le président français a écourté sa visite à Libreville. Une fois la cérémonie religieuse terminée, il a repris son avion sans assister au défilé militaire comme initialement prévu. Le président français a-t-il compris ? Pour une bonne partie du peuple gabonais, Nicolas Sarkozy symbolise cette France-là qui a hypothéqué la bonne gouvernance dans les Etats africains au nom des intérêts de la “ mère patrie ”. Selon certaines sources, il a secrètement reçu Ali Ben Bongo, le fils de feu le président gabonais après son décès annoncé le 8 juin dernier. Ce contact, suppose-t-on, avait pour but de sceller une nouvelle alliance pour rassurer la France de la protection de ses intérêts au cas où Ali prenait le pouvoir après son père. Mais Nicolas Sarkozy balaie cette hypothèse du revers de la main, indiquant que la France n’a pas de candidat à la présidence de la République Gabonaise, mais souhaite simplement que les dispositions constitutionnelles soient respectées et que les élections soient transparentes. Cette position de principe ne convainc que très peu des Gabonais. Ces derniers se rappellent que Nicolas Sarkozy peine à lier le geste à la parole. Quand ce dernier accède à la magistrature suprême, il annonce une certaine rupture avec la Françafrique. Mais Omar Bongo, qui fut un agent secret et grand serviteur de la France – parfois au détriment des Gabonais – est l’une des premières personnes avec qui il a eu un entretien après sa victoire sur Ségolène Royale. Jusqu’à maintenant, il n’a pas fait montre d’un détachement net par rapport à la politique “ africaine ” de ses prédécesseurs. Le huer à l’entrée du palais présidentiel hier, était une façon de dire “ non ! ” aux manœuvres de la France pour imposer ou soutenir des chefs d’Etat dictateurs en Afrique. Sarkozy l’a peut-être compris. Mais va-t-il en tirer des leçons judicieuses pour l’establishment français ? Wait and see. Par Marlyse SIBATCHEU Le Messager 17-06-2009 |
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| POLITIQUE – GABON
Batailles pour la succession : Biya et Sassou en médiateurs Refusant de se mettre en avant, la France aurait discrètement confié aux chefs d’Etats camerounais et congolais la mission d’aplanir les divergences entre les principaux prétendants à la succession du défunt président gabonais. Paul Biya a regagné Yaoundé hier mardi 16 juin 2009, en début de soirée, de retour du Gabon, où il a pris part à la première phase des obsèques du président Omar Bongo Ondimba. Contrairement aux autres chefs d’Etats qui ont rejoint Libreville hier matin, le chef de l’Etat a quitté le Cameroun la veille de cette date retenue pour le début des obsèques officielles d’avance pris par Paul Biya, alors que la capitale gabonaise, est à moins de 40 minutes de vol de Yaoundé, ne serait pas le fait du hasard. La preuve, l’agenda de Paul Biya (qui était la tête d’une importante délégation comprenant entre autres ses collaborateurs directs) à Libreville aura été des plus chargé. Notamment en ce qui concerne les audiences. Après l’accueil à l’Aéroport international Léon Mba par la présidente par intérim de la République gabonaise, Rose Francine Rogombé, avec qui il a eu un bref entretien à l’aéroport, le chef de l’Etat camerounais qu’accompagnait son épouse Chantal Biya, a par la suite été installée à la Cité de la Cemac, son lieu de résidence officielle pendant ce séjour librevillois. Nos sources indiquent ainsi que le président Biya y a pendant une bonne partie de la soirée de ce 16 juin 2009, accordé des audiences consacrées pour la plupart, à d’importantes personnalités du paysage politique gabonais. Sont ainsi respectivement venus à la rencontre de Paul Biya, le Premier ministre gabonais, Jean Eyeghe Ndong ; Ali Ben Bongo, ministre de la Défense, et fils aîné du défunt président ; Pascaline Bongo, directrice de cabinet du président Bongo, et fille de son père. Par la suite, le chef de l’Etat camerounais aurait reçu ensemble Pascaline et Ali Ben Bongo. Avant de recevoir Casimir Oyé Mba, ancien gouverneur de la Beac et ancien Premier ministre du Gabon, et actuel ministre du Pétrole. Nombreux secrets Le Messager n’a encore pu accéder au contenu de ces audiences du président camerounais. Par contre, selon des sources bien introduites, peu après son arrivée, Paul Biya aurait eu un long entretien avec le président congolais, Denis Sassou Nguesso, présent à Libreville depuis le retour de la dépouille mortuaire de Omar Bongo Ondimba. Les mêmes sources signalent que des émissaires français auraient été envoyés aux deux chefs d’Etats, “ qui chacun à son degré, avait une grande intimité avec le président Bongo. Surtout avec les membres de sa famille. L’enjeu ici étant de tout mettre en œuvre avec la plus grande subtilité et efficacité pour que les proches du président Bongo, que ce soit au niveau de sa famille directe, ou de sa famille politique, ne puissent pas se déchirer ou s’opposer dans le processus de sa succession ”, explique un hiérarque du sérail camerounais. Ce dernier continue ses confidences en précisant que, “ dans l’atmosphère de deuil actuelle, c’est le moment où les différents proches du défunt président, impliqués de près ou de loin dans ce processus de succession au président peuvent encore prêter une oreille attentive. Après, cela sera bien difficile. La France qui a de nombreux intérêts au Gabon, et qui est lié à travers Bongo à ce pays depuis de longues années par de nombreux secrets inter-Etats, entend gérer ce magma d’intérêts de manière efficiente. Et ça peut bien se gérer au sein du “ pré-carré ”. Notamment entre le Cameroun et le Congo Brazzaville. ” En tout cas, depuis la visite du Premier ministre français François Fillon au Cameroun en fin mai dernier, soit quelques jours seulement avant l’annonce officielle de la disparition du président gabonais, et entre temps, la multiplication assez discrète des émissaires parisiens à Yaoundé comme le révèlent certaines sources, bien de choses ont pu certainement se dire dans les coulisses à propos de la succession de El Hadj Omar bongo Ondimba entre Paris et Yaoundé. Seul l’avenir pourra donc dire de quoi il en était exactement. Quoi qu’il en soit, après la disparition du président gabonais, Paul Biya devient en quelque sorte le leader naturel de ses pairs d’Afrique centrale. Ce qui peut également expliquer qu’il s’implique personnellement pour la succession d’Omar Bongo se déroule sans heurts. Y parviendra-t-il ? Par Jean François CHANNON Le 17-06-2009 “Chaque parti était servi” Interview de Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères : « Le système [de françafrique] se perpétue… à quoi servirait de changer les dirigeants en Afrique puisque leurs successeurs prendront les mêmes décisions ? » Propos recueillis par Henri Vernet, Le Parisien 11.06.2009 Le Monde daté du même jour, lui aussi, attribue à François Mitterrand, par Raphaëlle Bacqué et Pascale Robert Diard, les deux signataires du papier, cette phrase: « A quoi cela sert-il de changer les hommes? Celui que l’on mettrait à la place ferait la même chose. » La pensée ici n’est pas seulement désabusée, elle est pratiquement raciste. Mettre un Africain à la place d’un autre Africain est inutile. Ils se ressemblent tous. Le changement en France a un sens, parce que les Français sont évolués, intelligents, capables de réflexions, donc de choix. Mais un Africain, pensez donc? Il tapera dans la caisse, voilà tout. Donc, « nous » n’en changerons pas, car c’est nous, bien sûr qui « changeons » les dirigeants africains. Laissons donc en place celui et ceux que nous connaissons. Eux, au moins, ce sont des « amis ». Et voilà comment la boucle se boucle, dans le mépris, le si vulgaire mépris. [Commentaire de Jean-Michel Aphatie dans l’article ci-dessous] L’ancien ministre et avocat Roland Dumas, proche de François Mitterrand, connaissait bien Omar Bongo Bongo a-t-il pu financer la campagne de Chirac en 1981, comme le prétend Giscard ? Roland Dumas. Ce genre d’informations n’est pas nouveau. Le président Bongo a toujours été suspect de tels agissements. Je n’ai pas de raison de mettre en doute la parole de Valéry Giscard d’Estaing. Cela concerne un autre bord politique que le mien ! Mais Bongo a lui-même écrit dans un livre qu’il finançait tous les partis français… S’il l’a dit, c’est qu’il y a une part de vérité. Je connaissais Bongo depuis cinquante ans, c’était un ami et nous avons toujours travaillé en bonne intelligence. Mais je n’étais pas là, moi, pour porter les valises. Et bien d’autres pays ont procédé à de tels financements. La différence avec Omar Bongo, c’est qu’il répartissait équitablement la manne: chaque parti était servi. Il suivait la politique française de très près et s’arrangeait pour savoir quels étaient ceux qui allaient gagner les élections. Vous avez constaté ces financements occultes ? Cela ne passe jamais par les ministres en exercice ! Il y a toujours un trésorier de parti ou ses adjoints pour remplir ce rôle. Beaucoup d’argent passait par Elf ? Cela, c’est autre chose. C’est un financement privé. Je crois que ça a existé, que tout le monde recevait sa part. Mais quelques-uns étaient plus privilégiés que d’autres… Quand Charles Pasqua jure que le RPR n’a jamais été financé par Bongo, cela vous fait sourire ? Non… mais ça passait peut-être par d’autres que lui ! Comment François Mitterrand voyait-il cela ? Il souhaitait maintenir avec les chefs d’Etat africains des relations qui étaient celles qu’ils avaient eues avec le général de Gaulle. Il n’a rien changé dans le dispositif, il a simplement changé des hommes. Par exemple, Foccart (NDLR : le Monsieur Afrique de De Gaulle) n’était plus là. Qui était le Foccart de Mitterrand ? Il y en a eu plusieurs. Il y avait son fils Jean-Christophe, qui avait des relations personnelles avec les dirigeants africains et des liens quotidiens avec son père. Cela facilitait les choses. Des dirigeants comme Bongo ou l’Ivoirien Houphouët-Boigny tenaient à avoir un contact direct avec l’Elysée, parce que là résidait le pouvoir. Je voyais régulièrement Bongo. Un jour il a tenu à me montrer sa vieille carte d’adhérent à la SFIO (NDLR : l’ancêtre du PS) qui remontait à avant la guerre ! Que pensait-il de Mitterrand ? Il l’aimait bien. Mais il n’avait pas avec lui la même familiarité qu’avec Jacques Chirac, qu’il tutoyait et embrassait. La mort de Bongo marque-t-elle la fin de la Françafrique ? Je ne crois pas. Le système se perpétue. Comme disait Mitterrand, à quoi servirait de changer les dirigeants en Afrique puisque leurs successeurs prendront les mêmes décisions ? Roland Dumas sur Omar Bongo, jusqu’à la nausée Jean-Michel Aphatie RTL le 11 juin 2009 Omar Bongo est mort, et les mots que les dirigeants français emploient à propos de cette mort ont ceci de fascinant et de formidable qu’ils en disent plus sur eux que sur lui, sur la France que sur l’Afrique. Il a déjà été noté ici que plusieurs responsables politiques français ont qualifié Omar Bongo d’ « ami », ce qui laisse songeur quand on connaît le rapport que le président gabonais entretenait avec les libertés individuelles pour ces concitoyens, ou bien avec la notion de solidarité dans le partage des richesses de ce petit pays potentiellement riche, ou bien encore avec l’honnêteté et la moralité dont l’éducation la plus élémentaire apprend à chacun et sur tous les continents qu’elles doivent être les rails d’une vie. Sur quelles valeurs se fondaient donc cette « amitié » aujourd’hui revendiquée? Des valeurs démocratiques, vraiment, ces valeurs qu’incarnent et représentent pourtant les dirigeants de la République française, patrie des droits de l’Homme et du reste? Ou bien plutôt, et plus prosaïquement, sur les services rendus? Sur les facilités accordées? Sur la défense d’intérêts réciproques? Chacun ici dira que poser la question est un peu stupide, un peu naïf, ou un peu facile, au choix, tant la réponse paraît évidente. Soit. Mais alors, il faut aller au bout du raisonnement et convenir que ni nous ni ceux qui nous dirigent ne croient aux beaux discours et aux proclamations de foi, que ceux-ci flattent nos esprits mais ne guident pas nos actes, qu’ils peuplent notre imaginaire mais ne déterminent pas toujours, pas forcément, voire très peu en la circonstance, nos actes. Il ne s’agit ni de s’en indigner, ni de le regretter. Il s’agit juste d’en prendre conscience, ce que nous permet de faire, justement, la mort d’Omar Bongo. Cet événement libère les esprits davantage encore qu’on ne pouvait l’imaginer ou l’espérer. L’expression, alors, peut aller jusqu’au cynisme le plus nauséabond, comme l’illustre l’interview de Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, ce matin, dans Le Parisien. Au rang de l’oubli de soi, des valeurs et du reste, ceci. Omar Bongo finançait-il, comme il s’en vantait parfois, les partis politiques français, lui est-il demandé? Réponse de Roland Dumas: « S’il l’a dit, c’est qu’il y a une part de vérité. Je connaissais Bongo depuis cinquante ans. C’était un ami et nous avons toujours travaillé en bonne intelligence. Mais je n’étais pas là, moi, pour porter les valises. Et bien d’autres pays ont procédé à de tels financements. La différence avec Omar Bongo, c’est qu’il répartissait équitablement la manne: chaque parti était servi. » Que la tirade est belle! Omar Bongo a pu connaître ou faire connaître tous les tourments de l’enfer, gérer son,pays comme un satrape, maintenir dans la pauvreté et la misère ses concitoyens, « nous avons toujours travaillé en bonne intelligence. » C’est une chose, pour un responsable politique de défendre les intérêts de son pays, et Roland Dumas, ministre ou éminence grise, double ou triple tiroir, homme de main et homme servile, a prétendu servir son pays dans les différentes responsabilités publiques ou fonctions occultes qui ont été les siennes. Dans ces cas-là, on peut s’accommoder de tout et du pire, par devoir, avec abnégation. Mais c’est autre chose, tout de même, que cette « bonne intelligence » qui induit l’accord, la complicité, le goût même du contact et le plaisir des retrouvailles, l’amitié donc, revoilà le mot et ce qu’il charrie qui ici n’est pas noble. Et puis autre chose, du lourd, c’est-à-dire de l’information. Omar Bongo finançait tous les partis, droite et gauche, tous républicains, tous vertueux, mais tous avides d’argent fût-il sale pour défendre ces intérêts là. Et avec combien de perdition au passage? Perte d’argent, certes, égaré dans diverses poches, mais perte de liberté aussi, d’indépendance. Et puis, cette autre information: « d’autres pays ont procédé à de tels financements. » Ah bon? Lesquels? Quand? Au profit de qui? Avec quelles contreparties? Comme tous les grands hommes, Roland Dumas a écrit ses Mémoires. Rien de tout cela bien sûr n’y figure. Sans doute ne nous juge-t-il pas dignes de ce genre de confidences. Cela ne nous regarde pas, ne regarde que les puissants, ne se partage qu’entre puissants. Mais alors, pourquoi lever le coin du voile ce matin? Maîtrise imparfaite d’un égo depuis longtemps dilaté? Formidable sentiment d’impunité qui fait oublier les lois élémentaires de l’omerta? Dans sa dernière réponse au Parisien, Roland Dumas atteint les sommets d’un détestable cynisme, au point d’en tutoyer le racisme. Question: « La mort de Bongo marque-t-elle la fin de la Françafrique? » Réponse: « Je ne crois pas. Le système se perpétue. Comme disait François Mitterrand, à quoi servirait de changer les dirigeants en Afrique puisque leurs successeurs prendront les mêmes décisions? » De manière étonnante, on retrouve cette sentence mitterrandienne dans le papier de page 3 que Le Monde daté de ce jour consacre au défunt président gabonais. La voici, attribuée donc à François Mitterrand par Raphaëlle Bacqué et Pascale Robert Diard, les deux signataires du papier: « A quoi cela sert-il de changer les hommes? Celui que l’on mettrait à la place ferait la même chose. » La pensée ici n’est pas seulement désabusée, elle est pratiquement raciste. Mettre un Africain à la place d’un autre Africain est inutile. Ils se ressemblent tous. Le changement en France a un sens, parce que les Français sont évolués, intelligents, capables de réflexions, donc de choix. Mais un Africain, pensez donc? Il tapera dans la caisse, voilà tout. Donc, « nous » n’en changerons pas, car c’est nous, bien sûr qui « changeons » les dirigeants africains. Laissons donc en place celui et ceux que nous connaissons. Eux, au moins, ce sont des « amis ». Et voilà comment la boucle se boucle, dans le mépris, le si vulgaire mépris. C’est une forme d’étonnement qui saisit à l’occasion de la mort d’Omar Bongo. Il était difficile d’imaginer que cet événement libérerait ainsi la parole, jusqu’à produire un effet de miroir dans lequel nous apparaissons la figure tordue par une bien vilaine grimace. |
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