ANGLAIS PORTUGAIS   ESPAGNOL  SWAHILI   ARABE
EDITORIAUX
POLITIQUE
ECONOMIE/FINANCE

SPORTS
DIVERTISSEMENTS
FEMMES
CONTACT
CAMEROUN
L’armée camerounaise ne remplit pas l’essentiel de ses missions
[ Douala - Cameroun ] ( 07/02/2005) Modeste Mba Talla & Martin Stéphane Fongang
Le soldat camerounais ne doit plus vivre dans nos cités en simple habitant mais en citoyen et en citoyen en uniforme et, surtout, en citoyen débordant de patriotisme. La formation des militaires doit d’abord être complétée par une éducation permettant d’agir sur l’homme. Cette éducation doit permettre en particulier au soldat de prendre la pleine mesure de ses responsabilités de citoyen. L’éducation civique participe de cette exigence de formation globale et complète du militaire. Elle a pour objet de préciser aux soldats, sur la base de l’étude des réalités nationales, leurs responsabilités civiques et de leur permettre de fixer dans l’esprit, l’essentiel des principes de la vie sociale devant guider leurs comportements. En d’autres termes, l’éducation civique et morale, en fournissant au soldat toutes les notions nécessaires sur la Nation, la patrie, il parvient aisément à aimer sa patrie qu’il est dès lors prêt à défendre.

Vous vivez au Burkina-Faso depuis juin 1984. Qu’est ce qui a motivé votre choix de rester basé en Afrique au moment où l’Europe et l’Amérique semblaient être le mieux appropriés pour vous ?

Avant de répondre à votre question, permettez-moi d’avoir une pensée pour vos lecteurs et votre équipe. On ne cessera jamais de dire merci pour ce que vous faites pour l’émergence de la justice et de la démocratie chez nous. A mes compatriotes, je dis qu’il n’y a pas à se morfondre dans le fatalisme. Tout est question de notre Vouloir collectif à nous sortir du gouffre dans lequel est plongé le Cameroun. A dire vrai, plusieurs raisons ont guidé ce choix : quand je quittais le Cameroun dans les conditions que vous connaissez, le Burkina-Faso était le seul pays où j’avais des amis en Afrique. L’expérience politique qui y était menée dès le 4 août 1983 fascinait tous les Africains en quête d’idéal. Je ne voulais pas non plus m’éloigner de l’Afrique, car je devais aussi être utile pour mes frères et sœurs du Burkina qui est en chantier. Ce qui n’était pas le cas ailleurs qu’en Afrique. Y vivre, s’y inspirer, sentir l’Afrique…. Je veux ici, avec ma famille, remercier sincèrement le peuple et tous les Amis burkinabè.

Avez-vous coupé les ponts avec le Cameroun ? Etes-vous devenu un spectateur, ou bien ce qui se passe au Cameroun ne vous intéresse plus ?


Rien de tout ce que vous suggérez. C’est vrai que beaucoup de compatriotes se demandent ce que je fais en direction du Cameroun. Tout d’abord, il faudrait comprendre que j’agis en fonction de certains principes tirés des pratiques éprouvées de la longue histoire de la lutte multiforme de notre peuple combattant. Ensuite, il est un facteur important que je prends en compte : le Cameroun est un Etat de non droit dirigé par un autocrate. C’est un nécropouvoir. Enfin, à partir de cette observation avérée, je détermine ma conduite politique. Le travail souterrain et à terme est le mieux indiqué pour mieux faire.
C’est pourquoi je n’ai pas épousé les mêmes credo que les autres qui, malgré leur bonne volonté de s’insérer dans la “ légalité ” biyaenne, refusent d’adopter une ou deux autres stratégies complémentaires. Aussi, c’est pourquoi je ne suis pas sur les ondes et les médias qui ne s’intéressent pas à nous qui privilégions les actions aux discours. Le jour viendra où vous comprendrez la teneur de ce développement. Je reconnais les limites de ma démarche, mais les Bambaras disent que le silence est la mère de la parole.

Votre retour définitif au berceau de nos ancêtres est-il envisageable à court terme? Pensez-vous avoir encore quelque chose à donner ?

Dès que les conditions seront réunies, je retrouverai la terre natale. Il est une chose essentielle à prendre en compte : il est temps que les fils et filles du Cameroun se retrouvent dans le cadre d’une ambitieuse politique de réconciliation nationale. Le Cameroun a besoin d’un nouveau départ. Le Cameroun a besoin de se parler les yeux dans les yeux. Si cela n’est pas fait, Biya et les siens auront contribué sciemment à détruire notre chère patrie.
Ma petite personne n’est pas très importante ; cependant une thérapie nationale est très sollicitée. C’est pourquoi, je lance un appel patriotique pour panser toutes les plaies endurées depuis les années 50. La Réconciliation nationale est un impératif. Une vraie politique en la matière s’impose. A cet égard, je souligne avec force que c’est un processus. A cet effet, vous verrez si, par rapport à ce que nous voyons aujourd’hui, je suis moi aussi démuni d’idées et d’actions salvatrices pour notre patrie. Biya et son gang de fossoyeurs ont-ils assez de courage et d’amour pour le Cameroun de façon à satisfaire cette revendication majeure du peuple camerounais?

Il semble que vous êtes resté très populaire au sein des forces armées camerounaises. Qu’est ce qui peut expliquer qu’après plus de vingt ans, l’on continue toujours dans certains milieux du renseignement au Cameroun à vous considérer comme une menace pour le pouvoir du président Biya?


Ce n’est pas une question de faire peur. Il s’agit au Cameroun de savoir si la corruption – leur arme fatale –, est applicable par tous les compatriotes. Quand vous n’êtes pas dans cette catégorie de personnages, vous devenez un ennemi, vous échappez au système.
C’est une fierté et un honneur de savoir que mes braves camarades d’armes pensent toujours à moi. J’ai toujours aimé participer à la formation des hommes de rang, comme des sous-officiers et des officiers. Ces derniers savent, malgré tout, faire la différence entre les chefs. Et en plus, j’ai aussi participé à la formation de hauts cadres civils qui occupent encore de très hautes fonctions au Cameroun et à l’extérieur. Si j’étais donc nul, je ne serais pas respecté par ces compatriotes-là. Les hommes sont toujours à la recherche de certaines valeurs qu’ils trouvent souvent en leurs semblables. Et cela fait plaisir. C’est cela la force de la mémoire collective, de l’imaginaire populaire. Il est difficile d’effacer certaines images.

Les Camerounais ont-ils l’armée qu’ils méritent ? N’est-il pas temps de repenser le rôle de l’armée au Cameroun ? En redonnant par exemple au génie militaire un rôle capital ? Selon vous quel est le rôle que devrait jouer aujourd’hui l’armée en Afrique dans le processus de développement et de démocratisation ?

Le soldat camerounais ne doit plus vivre dans nos cités en simple habitant mais en citoyen et en citoyen en uniforme et, surtout, en citoyen débordant de patriotisme. La formation des militaires doit d’abord être complétée par une éducation permettant d’agir sur l’homme. Cette éducation doit permettre en particulier au soldat de prendre la pleine mesure de ses responsabilités de citoyen. L’éducation civique participe de cette exigence de formation globale et complète du militaire. Elle a pour objet de préciser aux soldats, sur la base de l’étude des réalités nationales, leurs responsabilités civiques et de leur permettre de fixer dans l’esprit, l’essentiel des principes de la vie sociale devant guider leurs comportements.
En d’autres termes, l’éducation civique et morale, en fournissant au soldat toutes les notions nécessaires sur la Nation, la patrie, il parvient aisément à aimer sa patrie qu’il est dès lors prêt à défendre. Toutefois, il faut prendre garde à ce que les actions visant à affermir le sens du patriotisme et du nationalisme ne dérivent vers un certain micronationalisme qui pourrait entraîner une incompréhension de la nécessaire intégration sous-régionale dans les domaines politique, économique et pourquoi pas militaire.
Il convient de poursuivre l’enseignement des valeurs traditionnelles des forces de défense et de sécurité, à savoir l’amour de la patrie, de la République, le sens du patriotisme et du sentiment national, le don de soi, la probité morale, le loyalisme, l’esprit de solidarité ; toutes choses qui constituent assurément des composantes de l’éducation civique et morale visant à former de bons citoyens en uniforme. On ne saurait avoir un bon citoyen en uniforme qui ne respecte pas les règles de la vie démocratique et du développement d’un Etat de droit. En effet, seule la connaissance des règles de la vie démocratique, de ses fondements et des principales lois qui régissent la vie nationale peut permettre au soldat de les respecter.
Le militaire ou l’agent de sécurité, citoyen à part entière, à l’image du magistrat, doit pouvoir jouir des droits universellement reconnus. A ce titre, il lui sera reconnu le droit de vote et d’éligibilité dans les limites des dispositions légales. Notre modèle milite pour une armée de développement, qui sera en même temps composée de conscrits encadrés par des militaires de métier, c’est-à-dire des professionnels. La formation de l'homme en uniforme sera celle d'un patriote et celle d'une élite : le citoyen en uniforme.
L'institution militaire édifiera les patriotes les plus déterminés pour la défense de nos pays, mais aussi et surtout deviendra un acteur économique de poids pour la réalisation des biens publics, pour le développement scientifique, de l'expertise et du savoir-faire de nos pays africains. Raison pour laquelle nos forces de défense et de sécurité doivent participer à la conception et à l’exécution des bases du développement pour devenir des forces armées de développement. Car le militaire défend d'autant mieux son pays qu'il a participé à la construction de ses infrastructures économiques et sociales, à l'édification des biens publics susceptibles de fonder la fierté nationale, à l'amélioration de l'existence dans la cité.
Aussi, pour déterminer la place de la défense militaire dans les valeurs patriotiques, il faut se dire que chaque groupe organise, structure ses besoins et les regroupe en grandes fonctions sociales: reproduction, socialisation, répression. L'institution militaire concrétise son honneur avec sa participation spéciale à la réalisation des grands travaux classés d'intérêt souverain. Elle ferait montre de sa technicité, de son expertise et de son efficacité dans la réalisation des grands projets de désenclavement des territoires où la priorité est accordée au routier et au ferroviaire. Elle serait très efficace dans la lutte contre la désertification et la protection de l’environnement. Elle poursuivrait sa contribution au développement de la recherche technique et scientifique. Ses interventions d'urgence à l'occasion du combat contre les situations de grande pauvreté et les épidémies et lors des catastrophes sont autant d'opportunités pour confirmer au peuple que notre armée resterait active et non pas éternellement enfermée comme des fauves dans des casernes inexistantes.

Auriez-vous eu vent de l’information selon laquelle la délégation conduite par le général Ivo avait pour mission de remettre au président Compaoré le message du président Biya, exigeant comme condition de sa présence au Xème sommet de la francophonie de Ouagadougou, votre départ du Burkina-Faso ?

La source de cette information est la meilleure direction à regarder pour la confirmation d’une telle mission.

A suivre…

Entretien mené par Modeste Mba Talla & Martin Stéphane Fongang
© 2005 Le Messager & icicemac.com
CAMEROUN
INTERVIEW - Cardinal Christian Tumi sur RFI
"C’était une mascarade"

CAMEROUN
FAME NDONGO S`ATTAQUE A RFI...
GUINEE
Canadiens, Américains, Japonais et autres se bousculent  pour  financer le raffinage de la bauxite guinéenne
CAMEROUN
Akame Mfoumou ou l'histoire insolite d'une Coalition noyautée
ELECTIONS DU CAMEROUN
Le Parti Socialiste francais dénonce la mascarade biyaïste
OBSERVATOIRE ELECTORAL
La face cachée des Américains
BIYA ACHETE LES OBSERVATEURS AMERICAINS
Dr Siméon Kuissu :
" Tous les sacrifices consentis par les Camerounais depuis 1990 sont restés vains à cause de la carence ou pire encore de la trahison multiforme des dirigeants politiques de l'opposition. "
Qui est Guerandi Mbara?

Né à Douala, Guerandi Mbara Goulongo, la cinquantaine sonnée, avait six ans quand le Cameroun obtint son indépendance. Il entre à l’Emia (Ecole Militaire Inter-Armes) en 1972. Il en sortira trois ans plus tard, sous-lieutenant dans la promotion “ 20 mai ” (fête nationale). Il est envoyé ensuite en Allemagne fédérale où, durant quatre ans, il suivra dans une académie et des unités spécialisées de la Bundeswehr, une formation d’officier supérieur d’artillerie.
Au cours de cette période d’apprentissage et de perfectionnement des connaissances militaires et des langues (anglais et allemand), il suit déjà attentivement les sujets de mécontentement des Camerounais.
De retour au pays en 1979, il est affecté dans une unité d’artillerie à Dschang (Ouest du Cameroun) et découvre la profondeur de la crise qui sévit au pays. Il sera sollicité pour mener, avec succès, un stage destiné aux commandants d’unités à l’Emia. Il sera ensuite sélectionné pour faire partie des cadres de l’Emia à la formation et au perfectionnement des officiers, celle des étudiants des universités et des grandes écoles en fin de cursus.
Avec un groupe d’officiers, il crée au sein de certaines unités de l’armée, des cellules clandestines de réflexion qui joueront un rôle actif dans le soulèvement “ patriotique ” du 06 avril 1984 contre le système en place depuis un quart de siècle. L’entreprise est un échec. Guerandi Mbara écrira trois ans plus tard, un livre (“ Cameroun : une armée sans défense ”) où il en analyse les causes. Seul survivant du groupe initiateur de ce soulèvement, condamné à mort, il est l’objet, deux mois durant, d’une véritable chasse à l’homme.

Il réussit à passer à travers le quadrillage policier et à quitter le Cameroun en juin 1984 pour un exil qui dure depuis vingt ans.
Accueilli au Burkina Faso, il contribue à la formation et au perfectionnement de jeunes officiers dans l’Académie militaire nouvellement créée et se consacre à la rédaction de son livre. Cette soif du savoir le conduit à l’université où il obtient tour à tour :
• Un diplôme de 3ème cycle en études diplomatiques supérieures et en Stratégie (Ecole des Hautes Etudes Internationales de Paris -Ceds), en 1994
• Un diplôme d’études approfondies troisième cycle (Dea) des Relations économiques internationales et du Développement à l’Université René Descartes (Paris V), en 1995
• Un doctorat en sciences politiques sous la direction de Pascal Chaigneau à l’Université René Descartes (Paris V), en 1997.
Depuis, liant toujours l’action à la théorie, Guerandi Mbara fonde et dirige un cabinet d’études en questions stratégiques, diplomatiques, économiques et sociales en Afrique, qui lui a permis de produire des réflexions et travaux dans ces domaines. Professeur de relations internationales, il enseigne aussi ces matières au Burkina Faso et ailleurs.
Apprécié par ses pairs pour son dévouement, son intégrité morale et sa pugnacité, Guerandi Mbara Goulongo est de ceux qui croient fermement qu’une “Refondation sociale ” s’impose au Cameroun, aux fins d’un Etat de droit au service d’un peuple uni autour d’un projet de société solidaire dans la tradition séculaire.
Le messager
Le 07-02-2005
Retour page de garde
_____________________________________________________
©2003 The African Independent, Inc. All rights to republication are reserved