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| Cameroun « Le pire peut être évité !» « Une guerre civile est possible au Cameroun » [ Douala - Cameroun ] ( 13/10/2003) Chrétien TABETSING. Au mois de novembre prochain, cela fera 21 ans que Paul BIYA a hérité du pouvoir présidentiel.Dans sa lettre ouverte aux membres du 2 ème congrès ordinaire du RDPC en décembre 1996 AYISSI MVODO actionnait déjà le signal d’alarme :« Quels ne sont pas enfin notre abattement et notre profonde angoisse devant le délabrement avancé de notre économie, devant la déchéance morale, sociale et culturelle ? L’avenir de notre jeunesse est bouché ! Fort curieusement, chaque fois que j’ai eu à en parler, la réponse n’a été qu’un froid silence, plein de dédain et d’arrogance». Chrétien TABETSING (article suite à la controverse TUMI/ FAME NDONGO) Déjà trois septennats BIYA Au mois de novembre prochain, cela fera 21 ans que Paul BIYA a hérité du pouvoir présidentiel. Heureux destin que celui de cet homme qui accède alors légalement à la magistrature suprême de notre pays sans jamais s’être présenté à la moindre élection politique. En 1983 et 1984, le nouveau président est confronté à une crise politique majeure qui paralyse le fonctionnement des institutions. Quelques années après il découvre tardivement les exigences de liberté, de justice et de progrès exprimées par nos concitoyens. Ces exigences sociales et politiques s’extériorisent à partir de la fin des années 1980 alors que les contre-performances de notre économie s’accumulent et que les dérives autocratique et prédatrice du régime BIYA se confirment. La nation camerounaise tout entière souhaite que ça change Depuis la fin des années 1980, le pouvoir en place oppose le mépris et l’arrogance face aux demandes sociales et politiques de nos concitoyens. Il faudra que nos demandes légitimes s’expriment avec force dans les rues de nos villes pour que le régime BIYA prenne conscience de notre détermination à engager le Cameroun dans les voies de la démocratie, de l’Etat de droit et de la justice sociale. C’est la période des « villes mortes » présentées à l’époque par le pouvoir BIYA comme l’_expression radicale d’une conspiration politique des « anglo-bami » et des « revanchards foulbés ». Avec cet argumentaire « ethno-tribal » le pouvoir en place parvient au début des années 1990 à travestir et dévoyer nos demandes de libéralisation politique et de justice sociale. Mais l’argumentaire « ethno-tribal » devient moins pertinent lorsque des personnalités comme Titus EDZOA et feu Victor AYISSI MVODO réalisent en 1996 et 1997 le même diagnostic alarmant et expriment les mêmes demandes que l’opposition politique. Leurs initiatives ajoutées à celles de plusieurs autres personnalités ont contribué à révéler le caractère national de nos demandes de libéralisation politique et de progrès social qui demeurent encore largement non satisfaites. « La mauvaise organisation des élections est de nature à générer inévitablement une situation de guerre » La loi électorale, qui exclut sans raison valable nos concitoyens expatriés, a certes des apparences d’équité dans la mesure où les représentants des candidats de l’opposition peuvent être présents dans les différentes commissions mixtes qui coiffent le processus électoral. En pratique, l’administration inféodée à Paul BIYA a la main mise totale sur l’organisation des élections. En amont elle procède à une distribution sélective des cartes électorales ; elle a toute latitude pour créer des bureaux fictifs de vote et bourrer les urnes ; elle peut falsifier à volonté les procès verbaux de vote ; elle peut exclure des bureaux de vote les scrutateurs des candidats concurrents ; etc. En aval, le Conseil constitutionnel qui dans notre constitution (art. 48-1) doit veiller à la régularité des consultations électorales n’est toujours pas en place. La Cour suprême qui en exerce actuellement les prérogatives a dans un arrêt de mai 1997 réduit son rôle à celui de juge du contentieux électoral. Quant au rôle et à l’utilité de l’Office national des élections (ONEL) il est préférable de se préserver de tout commentaire pour ne pas être désobligeant à l’endroit de ses membres. En réalité, dans notre système électoral, tout procède du président de la République qui a complètement « verrouillé » le jeu démocratique à son profit. Cette confiscation autoritaire du pouvoir à des fins lucrative et clientéliste est la première source de frustrations politiques et sociales des camerounais. Cela est de nature à engendrer un conflit majeur au Cameroun. D’autant que, malgré ce contrôle absolu de tous les leviers de commande du pays, le régime BIYA accompagne depuis deux décennies l’appauvrissement et le déclassement du Cameroun. Il condamne nos concitoyens à l’exode et au désespoir. Cela se matérialise par l’accélération de l’expatriation des camerounais ; le développement dans notre pays de la délinquance, de la criminalité, de la corruption, des phénomènes sectaires et paranormaux, de l’alcoolisme, de la prostitution, etc. Le caractère tabou du sujet de la succession présidentielle est aussi une source possible d’instabilités et de conflits Le sujet de la succession présidentielle mérite d’être abordé avec sérénité et clarté dans notre pays. La succession à la présidence de la République est à l’ordre du jour au Cameroun. L’occultation de ce sujet, son traitement florentin et opaque ont souvent généré des conflits graves sur notre continent y compris dans notre propre pays en 1984. Rappelons à ce sujet que c’est le président du Sénat ou son suppléant qui assure l’intérim du président de la République en cas de vacance de la présidence. Or le Sénat n’est toujours pas en place après près de 8 ans. Aujourd’hui, en cas de vacance accidentelle de la présidence de la République, il est prévisible que les dispositions constitutionnelles transitoires (art. 67-3) qui attribuent « temporairement » les pouvoirs législatifs à l’Assemblée nationale seront à juste titre contestées. L’une des raisons est la suivante. Le régime de l’élection présidentielle est fixé par la loi qui peut être d’initiative parlementaire. Rien n’empêcherait donc l’Assemblée nationale, dont le président assurerait théoriquement l’intérim de la présidence de la République dans le contexte actuel, de modifier l’article 6 alinéa 2 de notre constitution durant la période d’intérim pour valider la candidature de son président intérimaire à Etoudi. On ne serait plus dans l’esprit et la lettre de notre constitution qui en excluant la candidature de l’intérimaire à la présidence, le conçoit comme un arbitre dans le cadre des élections présidentielles. Ce cas de figure est plausible et plus que probable. C’est dire qu’une période d’instabilité institutionnelle, de controverses juridique et politique, sans doute plus graves que celles qui ont eu lieu en Côte d’ivoire à la fin de l’année 1993 (décès du président Houphouët), s’ouvrirait certainement dans notre pays en cas de vacance accidentelle de la présidence. Tout le monde sait ce que cela a engendré en Côte d’ivoire. Nous allons droit dans le mur ! La misère qui atteint un seuil intolérable au Cameroun, pays pourtant pourvu de richesses de toute nature, ajoutée aux frustrations politiques et sociales des camerounais, met en péril notre cohésion sociale. C’est ce que clame l’opposition politique depuis des années. C’est ce que relayent aujourd’hui les « Mémorandistes du Grand Nord » et les « Modernistes » du RDPC. Pour les premiers le Grand Nord est « dans une situation de mauvais développement. Pas d’écoles, pas de dispensaires. L’insécurité est montante et se généralise. Les axes routiers Ngaoundéré-Garoua-Maroua sont vétustes avec des zones dites dangereuses. Plus grave encore, les promesses électorales ne sont pas tenues. Nous pensons ainsi à la promesse au cours de ce septennat d’une nouvelle université à Maroua. Alors comment ne pas comprendre que la partie Nord du pays qui vit cette situation difficile ne puisse pas aller vers des revendications ? ». Pour les « Modernistes » il existe tout simplement « un déphasage entre la classe politique au pouvoir depuis 21 ans et les jeunes d’aujourd’hui ». A force de ne pas être écouté le SCNC y va de son couplet séparatiste et les élites de l’Est se voient ignorées. Depuis quelques temps l’archevêque de Douala, Monseigneur TUMI, dont la charge ecclésiastique offre une opportunité inégalable d’évaluation du climat social, nous met en garde : « une guerre civile est possible au Cameroun parce que les injustices ont atteint le seuil de la tolérance. Les frustrations dans les cœurs des camerounais sont indescriptibles ». Dans sa lettre ouverte aux membres du 2 ème congrès ordinaire du RDPC en décembre 1996 feu Victor AYISSI MVODO actionnait déjà le signal d’alarme : « Quels ne sont pas enfin notre abattement et notre profonde angoisse devant le délabrement avancé de notre économie, devant la déchéance morale, sociale et culturelle ? L’avenir de notre jeunesse est bouché ! Les jeunes diplômés, vous le savez, sont sans emploi. D’autres encore plus nombreux sont désespérés, à cause de la misère rampante, de ne pouvoir jamais savoir ni lire, ni écrire. Les inégalités sociales sont si criardes qu’il y a menace grave contre la cohésion sociale. Plus d’une fois, camarades, j’ai eu à attirer l’attention des Responsables sur la dérive que court notre pays. … Fort curieusement, chaque fois que j’ai eu à en parler, la réponse n’a été qu’un froid silence, plein de dédain et d’arrogance». On pourrait ainsi multiplier les exemples des cris d’alarme qui nous indiquent tous qu’il y a le feu sous la cendre. Face à cette réalité, il n’est pas surprenant que le pouvoir en place affiche de l’indifférence et du mépris. C’est une posture qui dissimule mal son impuissance et son inaptitude à redresser la barre. Malheureusement cette attitude fait courir les risques graves que nous redoutons pour notre pays. Mais « Le pire peut être évité !» Pour ceux qui comme nous, souhaitent le changement au Cameroun, nous devons entretenir l’espoir auprès de nos concitoyens. Le Cameroun peut être gouverné autrement. Le service public et le bien public peuvent être réhabilités ; le talent et le travail peuvent être reconnus ; la vie et la personne humaine peuvent être respectées. En somme le Cameroun peut être gouverné humainement. Pour ce faire il nous sera difficile de faire l’économie d’une re-fondation démocratique de notre système politique. Le moment étant proche, le rassemblement le plus large devrait être possible. Chrétien TABETSING. Article paru dans le Messager du 10-10-03. |
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