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Interview
Jean Marc Soboth, président du SNJC


« Nous multiplions ainsi des occasions de faciliter la vie et le travail des journalistes pour qu’ils ne soient plus simplement des personnes qui, évoluant à la limite du mépris collectif, couvrent les événements de toutes sortes de quidams et ne valent justement que par leur capacité à accompagner avec un profil bas, mais de plus en plus des acteurs respectés de la vie publique du pays»

Le président du Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC) a pris part aux travaux du 25ème congrès mondial de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) il  y a quelques jours à Athènes en Grèce. Il en parle à Vent d’Est Magazine en exclusivité.

Vent d’Est : Vous venez de participer aux travaux du 25ème congrès mondial des journalistes à Athènes en Grèce en tant que délégué du Cameroun. De quoi a-t-il été question lors de ces assises ?

Jean Marc Soboth : Au cours de ce congrès mondial qui a certainement regroupé, je le rappelle, plus de 100 nationalités différentes et où l’Afrique centrale a fait, à travers ma personne, sa première entrée en scène, il a été question de moult débats autour du thème : « Journalisme en marche : construire la solidarité pour relever les défis mondiaux ».  Plus précisément, il s’est agi, au cours de cette assemblée qui a amené en Grèce d’innombrables journalistes des plus grandes chaînes et groupe de presse du monde, de débattre sur l’avenir du journalisme mondial : la guerre et les médias en terme de solutions à envisager pour les problèmes auxquels font face les journalistes et dans l’optique de la sécurité et de la qualité, de la construction de la solidarité pour l’égalité des sexes, de la mondialisation en terme de défis pour les syndicats de journalistes, de la qualité, de l’indépendance et de la valeur du service public… Il y a aussi eu la capitale étape des élections pour renouveler le bureau international élu de la Fédération internationale des journalistes, et de nombreuses activités socioculturelles dans ce pays qui est fier d’être le berceau de la démocratie contemporaine et du débat intellectuel lato sensu. Il y a surtout eu ces innombrables contacts avec des représentants de syndicats de divers continents en vue de fructueux échanges d’expériences avec le Cameroun.

Vent d’Est : Concrètement, que peuvent attendre les journalistes camerounais des assises d’Athènes ?

Jean Marc Soboth : Les journalistes camerounais tirent concrètement de ces assises l’honneur de participer pour la première fois à un congrès mondial de la toute-puissante Fédération internationale des journalistes (FIJ), la plus grande organisation des journalistes du mondiale avec plus de 100 pays membres et plus de 500 000 journalistes représentés, la seule organisation répondant normalement de ce corps dans le système des Nations Unies - pour la petite histoire, lorsqu’il fut question de notre adhésion comme membre lors d’une réunion du comité exécutif tenue à Washington en juin 2002, l’on nous a rapporté qu’un syndicat français avait objecté le fait qu’il n’avait jamais été question de Cameroun dans cette organisation auparavant. Nous nous retrouvons donc dans un cercle planétaire de grande influence où se décident toutes les questions professionnelles ainsi que celles relatives aux violations de la liberté de la presse et les intérêts moraux et matériels des journalistes en général. C’est, bien évidemment, un cercle au sein duquel nous avons besoin de faire du chemin et d’apprendre un peu avant de prétendre peser d’un poids quelconque dans sa marche. C’est également un milieu de grands techniciens en terme d’expertise professionnelle ou syndicale, d’ingénierie de projets et de mobilisation des financements multilatéraux, souvent importants, en vue du renforcement des capacités des journalistes et de la construction d’infrastructures ayant pour but leur encadrement. Ceux qui ont été proches de cette organisation peuvent par exemple vous parler du projet Media for Democracy (MFD) mis en place par la FIJ qui a fait l’objet d’importantes réalisations pour les journalistes d’Afrique de l’ouest et australe, entre autres. En ce qui le concerne, le Cameroun doit expérimenter dans les jours qui suivent la mise en place d’un petit projet visant à renforcer l’implantation du Syndicalisme au Cameroun et le SNJC en particulier, financé par un organisme suédois auprès duquel la FIJ a servi d’interface et d’expert.

Vent d’Est : L’entrée du Cameroun dans ce cercle aura-t-elle une influence directe sur le corporatisme journaliste au Cameroun et dans la sous-région dont vous dites qu’elle n’y a jamais figuré ?

Jean Marc Soboth
: Bien évidemment ! Le dynamisme des organisations professionnelles des journalistes et leur entrée dans les cercles mondiaux comme la FIJ sortira progressivement nos professionnels des ghettos où ils ont été enfermés par l’obscurantisme de certains aînés. Il est à cet effet évident qu’elle devrait impliquer, par ricochet, une nette amélioration des prestations professionnelles, d’autant que l’on n’est plus comptable de sa production que face à un public national. On doit pouvoir s’expliquer devant un public plus large et souvent peu accessibles aux fioritures et contorsions locales. Il faut pouvoir, dans ce contexte, parler, pour ainsi dire un « langage international » du mérite pour se faire comprendre. Tout cela est gage d’amélioration, de postulation à un vrai statut social des journalistes et d’une certaine indépendance.

Vent d’Est : On vous a vu signer, au cours de la récente commémoration de la journée internationale de la liberté de la presse, le 3 mai dernier, une convention avec la société Orange Cameroun qui devrait conduire à la mise en place d’une flotte téléphonique dite corporate pour les journalistes camerounais. Quelles sont les prochaines actions du Syndicat National des Journalistes du Cameroun que vous présidez ?


Jean Marc Soboth : Nous continuerons à lutter pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des journalistes camerounais, pour ceux qui méritent un tel dérangement. Comme vous devez le savoir, nous avons déposé au ministère de l’Emploi, du travail et de la prévoyance sociale, un document-cadre devant servir de cadre législatif et réglementaire dans les rapports entre les patrons de presse et leurs employés. C’est un document censé combler un vide juridique dans lequel le Cameroun est, il faut le dire, resté l’un des seuls mauvais exemples parmi les pays africains de même niveau, et dont le ressort s’étend au travail des free lance, des techniciens, des photographes,  etc. C’est également un document qui, si le gouvernement s’y penche rapidement, doit faire l’objet de discussion pour être présenté comme un projet de loi.
Nous préparons par ailleurs un certain nombre de facilités et d’activités pour les prochains jours dont l’une des principales – et les plus imminentes - est la distribution de cartes de presse internationales aux journalistes camerounais qui travaillent souvent à l’étranger. Nous multiplions ainsi des occasions de faciliter la vie et le travail des journalistes pour qu’ils ne soient plus simplement des personnes qui, évoluant à la limite du mépris collectif, couvrent les événements de toutes sortes de quidams et ne valent justement que par leur capacité à accompagner avec un profil bas, mais de plus en plus des acteurs respectés de la vie publique du pays.

Propos recueillis par Angèle Alane Ekodeck
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