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Le Messager du jour – Ndzana bouc émissaire ?

Ndzana Seme, directeur de publication de The African Independent
« J’attends la plainte »

Propos recueillis par
Venant MBOUA

L’auteur présumé de la rumeur sur le décès du chef de l’etat s’explique.

Comment allez-vous vous comporter désormais, puisque le pouvoir de Yaoundé annonce qu’il entend vous poursuivre selon les lois internationales ?

The African Independent n’a pas de comportement à adopter à cause de ces menaces. Il faut d’abord voir la couleur de leur plainte avant de dire quoi que ce soit. L’avocat de The African Independent serait très heureux de s’en occuper. C’est pour cela que je ne peux rien en dire pour le moment, s’il faut prendre le régime Biya au sérieux sur ses intentions de fermer notre entreprise.

Pensez-vous que vous n’êtes vraiment pas à l’origine de la diffusion de cette information ?

S’il faut vous prendre au mot, à savoir «l’origine de la diffusion » de cette information, je dirais que nous l’avons diffusée dès que nous l’avons reçue dès 7 heures du matin, heure de New York, après bien sûr consultation de nos sources au Cameroun et en Europe. Mais s’il faut plutôt parler de l’origine de ce qu’ils appellent « rumeur », la page web de The African Independent du 5 juin (www.africanindependent.com/french) répond à suffisance à cette question, et aux autres accusations de « délits de presse ». Il me semble que l’information sur la mort de Biya circulait déjà au Cameroun dans l’après midi du vendredi 4 juin. Ndzana Seme était-il au Cameroun ce vendredi-là pour la faire naître ? Le régime Biya devrait le prouver.
 
A votre avis, si c’est une rumeur ou une intox, d’où peut-elle partir ?
Explorer la voie pour le savoir passe par déterminer d’abord qui en profiterait, non pas maintenant où l’incertitude se poursuit, mais plutôt à la fin. Et vous verrez bien que s’il est vivant, c’est bien Paul Biya qui apparaîtra triomphalement, comme Jésus ressuscité, après que la « rumeur méprisable (ait) tué le chef de l’Etat, sans façon ». Il espèrerait ainsi tester une côte de popularité qu’il sait proche de zéro. De plus, les Camerounais de la diaspora demandent quelque chose de plus sérieux, de plus précis, à laquelle la réponse de Biya doit être oui ou non, sans échappatoires politiciennes habituelles, à savoir l’exclusion totale du ministère de l’administration territoriale de la gestion des élections présidentielles. Vous savez que, lorsqu’une demande se limite à celle d’une commission indépendante, Ceni et autres, les politiciens ont beau jeu de profiter du vague que renferme une telle demande, pour créer n’importe quoi et chanter que c’est indépendant. Mais lorsqu’on sait que, sans le Minat et ses fraudes, le système néocolonial de Yaoundé serait tout simplement du passé aujourd’hui, on comprend pourquoi Paul Biya peut user de tout, y compris de l’annonce de sa propre mort, pour étouffer une telle revendication populaire, changer de Constitution pour s’assurer une présidence à vie, et user librement de terreur sur les Camerounais qui lui résisteraient. Sinon je ne vois pas ce qu’une « intox » apporterait à son auteur. Si l’auteur d’une « intox » était un journaliste, c’est lui qui en paierait les lourds frais, en perdant son audience. Dans ce cas, l’audience demandera des preuves de ce qu’elle aurait été servie par une « intox ». S’il était plutôt un entrepreneur politique, c’est lui seul qui peut savoir les objectifs qu’il poursuivrait.
 
Pouvez-vous retracer pour nos lecteurs, l’itinéraire et indiquer les raisons de votre exil ?
Tout le monde connaît mes deux arrestations de trois mois chacune de 1994 et 1995, suivies des procès intentés contre moi par Paul Biya pour « Outrage au président de la république, Incitation à la révolte, et Défaut de dépôt administratif » de l’édition incriminée.  Une deuxième plainte personnelle de feu Jean Fochivé était glissée au procès de 1995 au motif
de diffamation. Mais Fochivé avait vite retiré sa plainte à la première audience, quand il avait vu que mes sources d’information sur ses détournements et magouilles étaient tout simplement policières.
L’accusation centrale de Paul Biya était que je l’avais appelé « animal pensant » dans un éditorial de Le Nouvel Indépendant que j’avais écrit à la suite de son message à la nation en Juin 1995. Le premier juge, Nyassa Luc, m’avait acquitté. Mais le ministre de la justice, Douala Moutome, avait aussitôt interjeté appel, après avoir menacé les magistrats de tout, en organisant un panel de trois juges fidèles à Paul Biya. Ceux-ci m’avaient alors condamné à un an de prison ferme et à 100 millions de francs Cfa d’amende.
S’en était suivi une période de trois mois où je me cachais à Yaoundé, dès lors que des éléments armés en civil rodaient autour de mon domicile et ma famille. Déjà après la publication de l’éditorial incriminé, je recevais de multiples menaces de mort par téléphone, des filatures toutes les fois que je prenais un taxi, et finalement un attentat manqué à côté de la rédaction où j’étais drogué dans un petit bar, mes rédacteurs Mbanga Kack et Bachirou ayant intervenu à temps pour empêcher des inconnus qui s’avançaient dangereusement vers moi. Après les déconvenues avec Zebazé, qui avait bloqué l’impression de la dernière édition du Nouvel Indépendant en décembre 1995, j’étais finalement résolu à quitter le pays, sans argent, sans rien, en compagnie de ma femme enceinte.

D’abord je descendis au Hcr de Lagos, Nigeria, où nous avions passé trois mois d’enfer, dans le dénuement total. Le Nonce Apostolique de Lagos est celui qui nous donna de l’argent pour nous aider à voyager pour le Sénégal. Après avoir voyagé toute une nuit et une journée de Lagos au Togo et Bénin, nous avions décidé de dormir à Ouagadougou afin de prendre les cars de Bamako le lendemain. C’est dans l’auberge où nous étions descendus que nous rencontrions une serveuse camerounaise, Ngono Marie, qui nous mit en liaison avec un journaliste camerounais à Ouagadougou. Celui-ci m’amena aussitôt chez feu Norbert Zongo, alors directeur de L’Indépendant et Président de l’association des journalistes burkinabé. C’est ainsi que notre enfant, Tom Sank, naissait normalement, sous financement des journalistes burkinabé qui avaient presque tous cotisé. C’est également de Ouagadougou que Amnesty International, saisie par Senfo Tonkam et Winnie Fadimatou qui m’avaient découvert, réactiva le dossier de réinstallation aux Etats-Unis que j’avais rempli à Lagos, alors que le Hcr Ouagadougou me demandait tout simplement de retourner à Lagos. C’est ainsi que ma famille et moi-même avions voyagé le 18 septembre 1998 pour les Etats-Unis, un mois avant l’assassinat de Norbert Zongo. En juin 2002, j’ai enregistré la société de presse de droit américain dénommée The African Independent Inc, dont la mission est la couverture du monde d’origine africaine des deux continents. En attendant sa vente dans les kiosques dans un avenir proche, The African Independent paraît électroniquement depuis février 2003. Je suis membre de deux associations de journalistes et de gestionnaires noirs des Etats-Unis.
 
Comment imaginez-vous le Cameroun dans les prochaines années ?
S’il y a des élections transparentes, sans immixtion du Minatd et du gouvernement dans leur organisation, des changements peuvent être imposés au clan Biya qui s’accroche au pouvoir et ne voudra jamais lâcher prise, même si le Cameroun devait sombrer dans le chaos. Si donc ceux qui se réclament de l’opposition continuent à inviter les populations à aller massivement s’inscrire sur les listes électorales du Minatd, alors qu’ils savent bien que le Minatd est là pour faire gagner Biya par les fraudes, en distribuant des voix d’élections aux candidats qu’ils veulent, c’est qu’ils souhaitent que Biya reste au pouvoir et que le Cameroun sombre dans le chaos. Et la violence, et même une guerre civile, seraient alors inévitables.

Bouc émissaire ?
Le pouvoir accuse Ndzana Seme

Vernan.Mboua

Après le démenti de la présidence, voici les menaces du ministre de la Communication, à l’endroit  d’un journaliste camerounais qui n’est peut-être pas à l’origine de la propagation de la mort de Paul Biya.

Un communiqué du ministre de la Communi-cation, Jacques Fame Ndongo, publié lundi dernier, révèle que le gouvernement a découvert l’auteur de la folle information sur le décès de Paul Biya, président de la Républi-que. Le ministre promet d’attaquer cet « ex employé de banque subrepticement reconverti au journalisme, puis volontairement exilé aux Etats-Unis d’Amérique à la fin des années 90 ». Le ministre indexe son site Web sous l’Url www.africanindependent.com  comme « source originelle de la rumeur » et s’attaque aussi à ce qu’il considère comme son principal relayeur, le site web www.Cameroun-link.com au sous-titre audacieux de «Portail officiel du Cameroun», qu’il accuse d’usurpation de titre. Le ministre indique que Ndzana Seme n’ayant pas pu recouper l’information, ne s’est cependant pas abstenu de la diffuser «dans le but vraisemblable de semer la confusion et de disséminer le doute et la panique au sein de l’opinion nationale et internationale» car le même confrère a relevé qu’il y avait déjà des mouvements de troupes vers Yaoundé et des fouilles dans les villes. Aussi a-t-il décidé de donner des instructions au chef du centre de communication auprès de l’ambassade du Cameroun à Washington, afin qu’il mette à sa disposition, «les éléments d’information nécessaires, en vue, le cas échéant, des mesures appropriées contre l’éditeur et l’auteur de l’article, en raison des lois de leurs lieux de résidence et conformément au droit international».

On imagine donc que le ministre utilisera le droit international pour chercher à obtenir la condamnation de notre confrère. Interpellé hier, mardi, 8 juin par Le Messager, Félix Zogo, le conseiller technique n°1 du ministre de la Communication s’est carrément débiné, nous renvoyant au site web de son ministère. On aurait pourtant voulu savoir les dispositions juridiques et diplomatiques qu’envisage de prendre M. Fame Ndongo ou qui d’autre du gouvernement pour obtenir des châtiments vis-à-vis de Ndzana Seme. De même, on aurait voulu savoir comment il est déjà établi que «la source originelle de cette rumeur » est bel et bien le site web africanindependent.com.
Mais, même s’il était établi que la première personne à rendre cette information publique s’appelle bien Ndzana Seme, on constate qu’il a géré cette information avec beaucoup de prudence.

La plaidoirie de l’accusé
“Les lecteurs de ces colonnes, et même la presse locale, savent que l’origine de l’information sur le décès de Paul Biya n’est pas Ndzana Seme, éditeur de The African Independent. Il n’y a pas d’autre plaidoirie meilleure que  HYPERLINK “http://www.africanindependent.com/Cameroon_biya_mort.html” notre page du 5 juin pour démontrer que le ministre Fame Ndongo, soit est incapable de trouver l’origine d’une information, soit alors cherche un bouc émissaire, dont le régime Biya veut se servir pour couvrir l’échec que The African Independent a imposé à leurs plans.

Car si Paul Biya n’est pas mort, l’origine de la fausse information est bien autour de Paul Biya, si ce n’est pas lui-même en personne. En effet, si Biya a voulu jouer la dernière carte de Lansana Conté de Guinée Conakry, qui venait de faire annoncer son décès, afin de revenir triomphalement plus tard anticiper les élections présidentielles, ordonner des arrestations pêle-mêle pour de faux complots de coups d’Etat, terroriser le public à travers des discours pleins de menaces contre les « ennemis de l’Etat », et s’assurer un autre mandat et une présidence à vie, The African Independent lui a tout simplement rendu la tâche plus difficile. Ceci irrite son entourage au plus haut point, et force Fame Ndongo et compagnie à se lancer dans la désinformation. Ce qui est présenté au conditionnel sur nos colonnes devient ainsi affirmations dans leurs accusations, Seme devenant même le créateur d’un certain journal qu’ils appellent « Front Indépendant », sans compter les autres délits de presse qu’ils évoquent, sans apporter de preuves. C’est à cela que se réduit ce qu’on continue d’appeler République du Cameroun.”

Internet et réglementation
Peut-on fermer le site Internet incriminé ?

Félix PENE
Webeditor

Réagissant à la rumeur qui a fait état de la mort du président Biya, le ministre de la Communication Jacques Fame Ndongo a annoncé des mesures répressives à l’encontre de l’auteur et du site qui a diffusé pour la première fois ladite nouvelle non authentifiée. Une attitude qui amuse notre spécialiste cybernétique.

Depuis son apparition sur la scène médiatique mondiale, l’Internet donne des insomnies à certains gouvernements. Entre les partisans de la réglementation et ceux de la liberté totale du web, le débat perdure. Mais afin de garantir un minimum de sécurité sur le web, certains Etats pionniers ont initié une convention sur la cybercriminalité. Entré en vigueur depuis le 18 mars 2004, ce traité a été signé par plus de 30 pays dont la France , l’Allemagne, le Japon, le Canada, les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, etc. Mais pas le Cameroun.
Les infractions répertoriées
Pour que la responsabilité pénale soit engagée, les comportements incriminés doivent toujours être commis de façon  intentionnelle et « sans droit ». Elles se présentent en quatre grandes catégories :
1 - les infractions contre la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité des données et systèmes : accès illégal, interception illégale, atteinte à l’intégrité des données, atteinte à l’intégrité du système, abus de dispositifs.
2 - les infractions informatiques : falsification et fraude informatiques.
3 - Les infractions se rapportant au contenu : actes de production, diffusion, possession de pornographie enfantine. Un protocole additionnel devrait inclure la propagation d’idées racistes et la xénophobie à travers les réseaux.
4 - Les infractions liées aux atteintes à la propriété intellectuelle et aux droits connexes : la distribution à grande échelle de copies illégales d’œuvres protégées.
Poursuites pénales
Au regard des cas répertoriés, il n’est nulle part mentionné le cas relevé par le Mincom à savoir « la propagation de fausses nouvelles ». Et s’agissant de la responsabilité des complices, seul l’hébergeur  peut être identifié ; la  notion de provider (fournisseur d’accès internet) étant aujourd’hui dépassée. A partir de n’importe quel cybercafé de n’importe quel coin de la terre, on peut concevoir, mettre en ligne et/ou faire la mise à jour d’un site Internet. Enfin, en supposant que le site soit effectivement hébergé sur un serveur localisé aux Etats-Unis, il est difficile de croire que les Américains pourraient tenter pour si peu de s’attaquer au 1er amendement de leur Constitution !

Malgré le démenti officiel
Paul Biya vivant, dans quel état alors?
Alex Gustave AZEBAZE

La presse suisse a tenté vainement de voir le président camerounais pour confirmer le démenti de son secrétariat. Ce qui intrigue sur son état de santé réel. Les opérateurs économiques inquiets sur l’incertitude qui s’est ouverte et perdure.

Alors que cela fait déjà cinq jours qu’une rumeur  certes démentie par le secrétariat général de la présidence depuis Yaoundé  le dit «mort» à Genève,  le président de la République que son entourage dit pourtant vivant ne se montre pas, même subrepticement, devant une source indépendante. Le quotidien suisse « Le Temps », basé à Genève n’a pas pu, malgré ses efforts, le rencontrer. Ce journal tentait de  le voir pour confirmer le démenti venu du Cameroun. Tout au plus son reporter, Niçoise M. s’est contenté, dans son édition d’hier,  des propos des tiers, notamment l’entourage présidentiel à Genève et le gouvernement suisse.
Ainsi le service du protocole présidentiel qui l’accompagne dans son séjour genevois  se contente de dire que « le président va bien. » Le ministère suisse des Affaires étrangères, approché par la presse, n’apporte pas plus d’assurance. Prudente, sa porte-parole, Daniela Stoeffel, ne dit pas qu’elle ou les autorités diplomatiques ou même policières suisses ont vu le président camerounais. Elle se contente de rapporter des sources qui le disent en Suisse et vivant. «Plusieurs sources différentes nous ont informé que Paul Biya séjourne à Genève  et qu’il est vivant», dit-elle laconiquement.
Cache-cache économiquement ravageur
Beaucoup de gens, y compris à Genève même, pensent que le meilleur moyen pour le président Paul Biya de démentir cette « rumeur folle » est de se montrer. Interrogé sur cette éventualité par le journal «Le Temps», Dieudonné Bina, un responsable du protocole présidentiel répond simplement que «c’est à lui (Paul Biya, ndlr) de décider s’il veut ou non apparaître à la télévision»Ce qui fait conclure au journal suisse: « le président du Cameroun peine à démentir sa mort»
Cette stratégie de communication  si c’en est vraiment une comme nous l’a confié un attaché présidentiel , finit par intriguer sur l’état de santé réel du président dont de nouvelles sources officieuses annoncent pourtant le retour au Cameroun pour ce mercredi. Et le fait que même le Secrétaire général, dans son démenti soit resté évasif sur l’état de santé et la date exacte du retour du président ne rassure que peu sur les capacités du N°1 camerounais à désormais tenir la barre de son magistère.  D’où la forte attente des observateurs qui voudraient vraiment voir dans quel état le président participera à l’échéance publique d’inauguration du terminal pétrolier annoncé à Kribi le 12 juin prochain.

En effet, nombre d’opérateurs économiques camerounais approchés par Le Messager affirment leurs inquiétudes quant au prolongement de l’incertitude sur l’état de santé du chef de l’Etat. Certains s’étonnent que les conseillers du président qui ont pourtant toutes les données sur le tassement de l’activité économique, notamment la baisse significative des investissements observés depuis l’ouverture de l’année de l’élection présidentielle, croient utile de chipoter sur le meilleur moyen de tuer « la rumeur sur la mort du président » « C’est simplement égoïste et irresponsable si le président effectivement vivant et en bonne santé  refuse de se montrer pendant les cinq jours d’une rumeur ravageuse, en espérant capitaliser politiquement sa prochaine apparition biblique » dit un membre du Gicam. Un  autre prévient tout simplement : «cette incertitude ne doit pas continuer de durer» En a-t-on cure à Etoudi ?
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