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CAMEROUN – RELIGION TRADITIONNELLE
Le So, combat contre Satan et guérison communautaire
Les traditions et rituels africains perpétuent d’une étonnante manière les pratiques religieuses connues depuis l’antiquité dans la mythologie kemetique. Tout comme Horu, fils divin de Ausar et de Auset et petit-fils de Nut-le-ciel et de Geb-la-terre, combattit Set dans de nombreuses batailles pour enfin triompher grâce à l’Oudjat ou Œil de Dieu, les Africains organisent des rituels symbolisant des batailles toutes les fois qu’ils identifient l’influence néfaste de Satan dans leur communauté. Le rite du So chez les Beti du Cameroun en est une illustration patente. Il commence par l’expiation des péchés connus comme le siège de Satan, leur chargement sur un bouc (kabat) émissaire, les offrandes d’adolescents symboliquement sacrifiés à Dieu, leur passage par un long processus de supplices purificatoires au cours duquel ils reçoivent l’œil spirituel, et leur sortie victorieuse marquant une vie nouvelle de bonheur retrouvé avec Dieu au sein de la communauté. Les similitudes avec la mythologie biblique sont frappantes.
Ndzana Seme


NEW YORK 10/19/2008 – Comme le déclarèrent les anciens consultés par Philippe Laburthe-Tolra (in
Initiations et Sociétés Secrètes au Cameroun – Essai sur la Religion Beti, Karthala, Paris 1985), on ne fait pas le So pour rien.

Il fallait qu’il y eut un
nsém (péché ou bris d’interdit, tels l’inceste, l’agressivité ouverte, le vol, le meurtre, la divulgation des secrets, et la sorcellerie) à expier pour qu’il y eut So chez les Beti ; contrairement aux Bulu qui l’utilisaient comme un instrument d’alliance.

Le péché est la cause qui justifie l’action visible et invisible de Satan ou du Mal dans la communauté. Si la cause n’est pas déracinée par l’expiation du péché, la conséquence que sont les malheurs et les malédictions ne peut pas s’arrêter.

Après avoir déterminé qu’il y a un péché à expier, les frères du lignage (
mvog ou ayong) s’activaient à trouver un homme unique dans le pays, un homme réputé et d’une autorité personnelle considérable dont le moindre désir était obéi, pour assumer la fonction de grand prêtre ou grand juge du rituel (zomoloa). Souvent aussi, c’est un zomoloa que l’on dépêchait pour venir révéler son péché au futur organisateur.

L’homme riche porteur de péché organise le So

L’homme père de garçons qui porte le
nsém (quand il l’a commis) ou qui en est responsable (quand il a été commis par l’un de ses ascendants ou descendants dès lors que l’humain fait partie d’un flux de vie appelé famille ou communauté) assume l’organisation et les dépenses considérables du So. C’est aussi lui qui fournit l’asuzua, un vieillard devin jouant le rôle de chef de file ou metteur en scène, et qui conduit les jeunes candidats qui subissent l’initiation So (mvon).

Le So, qui n’est pas l’antilope comme son sens premier le laisse croire, est une puissance maléfique qui agit d’elle-même, un ennemi redoutable qui sème la mort et la désolation. Le péché attire la furie des ennemis de celui qui l’a commis, subissant ainsi le So.

Ce rite d’initiation des garçons consiste à
kpe so (faire tomber ou vaincre le So à l’issue de batailles rituelles). Le rite So exigeant beaucoup de dépenses, seuls les riches pouvaient l’organiser. De sorte que ce rite est l’une des raisons pour lesquelles les Beti anciens, égalitaristes d’apparence, avaient besoin des riches.

Le riche à l’époque était un initié s’étant révélé comme un grand agriculteur, un grand éleveur et un polygame avec beaucoup d’enfants. Il était entouré d’un grand nombre de personnes dont la plupart étaient venus grossir sa communauté villageoise en quête de protection, mais aussi d’autres qui étaient des esclaves travaillant pour le rachat de leur liberté de retourner dans leur communauté d’origine ou de leurs droits au sein de la même communauté.

Comme partout en Afrique noire, toute séance de guérison est essentiellement inclusive, bénéficiant à toute personne qui en exprime le désir. Tous ceux qui avaient des péchés (
minsém) à expier se joignaient donc à l’organisateur du So (mkpe so) et lui versaient leurs contributions. Aux enfants adolescents fournis par l’organisateur, d’autres pères ajoutaient donc chacun ses propres enfants ainsi que des dons de toute nature.

En contrepartie, ces contributeurs se débarrassaient du Mal-So, en même temps que leurs enfants étaient initiés. Après le So, le riche organisateur se retrouvait souvent encore plus riche, non seulement en termes de renommée et d’influence politique, mais aussi en termes de profits grâce aux contre dons reçus et surtout aux bénédictions à la source d’une fécondité et d’une prospérité sans égales. La communauté en bénéficiait également parce que le So était l’occasion d’abolir les différents, les conflits et les vengeances au sein des lignages et des clans et entre ceux-ci.

La séquence des premiers rites

Le premier rite est celui d’exhibition des jeunes candidats à l’initiation. A cette occasion, l’organisateur et les pères des candidats avouent leurs péchés à répétition devant un
zomoloa, qui se charge de les jeter en brousse.

Sous la direction du
zomoloa, des porteurs de sacs de So (mfeg so) de chaque lignage ayant déjà organisé le rituel partaient dans la forêt pour choisir l’arbre admirable (elolom) qui servirait à fabriquer l’objet central du rite : le ndzom, dont des spécimens se trouvent aujourd’hui dans des musées d’art occidentaux.

Suit alors une période intermédiaire d’un an, au cours de laquelle les candidats fabriquent les habits du rite, s’entraînent à la danse et à la lutte, s’exercent à la critique libre (nécessaire avant que les défauts et péchés ne soient publiés par le tam-tam).

Le rite du
nlag so (corne du So) a lieu un jour de rassemblement de tous. Le grand prêtre/juge, l’asuzua, les porteurs de sacs de So ainsi que d’autres doyens initiés charismatiques se rendent au pied de l’arbre elolom choisi et s’accordent sur son choix. Ils plantent à son pied deux cornes d’animal.

Même s’il était penché vers un endroit opposé, ces devins guérisseurs et doyens décidaient au nom de
Zamba que le jour où il serait abattu, l’arbre tomberait à un endroit différent et bien plat, situé entre les deux cornes ainsi plantées. Zamba le Seigneur de l’au-delà qui, comme Ausar, juge les morts, ainsi que la forêt et les arbres considérés comme le séjour des morts, suggèrent qu’un tel accord sollicité et obtenu est aussi celui des ancêtres.

Une chèvre est égorgée au pied de l’
elolom, en sacrifice pour purifier les péchés qui avaient été expiés et pour enlever les infractions commises. Le sang de la chèvre est aspergé sur l’arbre. Les anciens réunis s’accordent pour rétablir la paix, l’entente et la santé, abolissant ainsi l’état de violence et de maladie introduit par le péché.

Un autre bouc est châtré, attaché au même arbre ou à coté, et engraissé en vue des fêtes ultérieures. La particularité de ce bouc est qu’il ne bêlera plus jamais, même le jour où il sera immolé comme bouc émissaire en rémission des péchés expiés.

Une seconde corne est plantée à coté de l’arbre, de même que l’une des deux marmites qu’on met en terre, initialement préparées sur le lieu de la cabane d’initiation (
esam).

Suit le rite de la nouvelle chasse, au cours duquel les candidats font des provisions de gibier, en préparation de la fête de l’abattage de l’arbre
elolom.

L’abattage du
elolom et le tatouage font partie du rite suivant, au cours duquel des vieillards porteurs de sacs, accompagnés de quelques initiés abatteurs, en présence d’une assistance nombreuse, ordonnent d’abattre l’arbre choisi.

Les vieillards prennent le premier copeau entaillé par la hache et vont le poser là où ils avaient convenu que l’arbre tomberait. Ils tiennent également des lianes
metug, qu’ils trempent dans une marmite de médicaments, avec lesquelles ils frappent de temps en temps l’arbre en lui intimant l’ordre de tomber au bon endroit.

Quand l’arbre tombe à l’endroit prévu, l’on entonne le chant du So, parce que tout se sera ainsi passé comme prévu. L’arbre ne s’appelle plus
elolom, mais plutôt ndzom. D’où l’expression « la bouche des hommes a subjugué le ndzom », soulignant ainsi la toute puissance de la parole consensuelle.

L’on coupe un tronçon du
ndzom d’environ six mètres, que l’on confie à un sculpteur habile. Ce dernier le taille en imprimant des reliefs représentant des animaux sauvages, des hommes et des symboles divers.

Le rite du
ndzom était aussi l’occasion d’apposer aux candidats la marque distinctive du So, qui leur valait le nom de mvon, et qui signifie littéralement tatouage. Le tatouage d’initié consistait en une série d’incisions sur la nuque, dont on soulevait la peau à l’aide d’un hameçon, pour ensuite la couper et la frotter de cendres particulières ; une opération particulièrement douloureuse pour les adolescents candidats à l’initiation.

La date du So est ensuite fixée, pour que commence le rite de la période de « coupe des dédommagements » (
etsig maan), au cours de laquelle les candidats initiés (mvon) vont couper les palmes prémices de raphia devant servir à la construction de la cabane de feuillage (essam) du So, pour les poser à sécher sur le toit de chaque père auteur de péché.

Les épreuves d’endurance, de résistance et de courage

La coupe des dédommagements sonne le début des brimades pour les candidats. Les initiés sont mobilisés avec des bâtons pour aller en brousse attaquer les candidats qui coupent le raphia, avec pour mission de les frapper, sauf sur la tête ou au ventre. Ceci pour déterminer ceux parmi les
mvon - eux aussi porteurs de bâtons - qui sont courageux.

De retour victorieux au village, les
mvon poussent des cris de hibou pour la première fois, afin que les femmes et les initiés se sauvent à leur approche et ne les voient pas jusqu’à ce qu’ils déposent les palmes sur les toits du village de l’organisateur.

Le repas (un mets de pistaches ou
nnam ngouan exprimant la nécessité de l’union) et les quêtes s’enchaînent avec la coupe de raphia. Dont notamment une soupe contenant des concoctions d’herbes, que le grand prêtre fait boire à chaque candidat initié.

Le rite de l’extorsion de la richesse (
efug akuma) était tout aussi spectaculaire à travers le pays. Les mvon parcourent des dizaines et des dizaines de kilomètres et s’arrêtent à chaque village et devant tout individu pour demander de payer. La richesse collectée est destinée à l’organisateur, qui doit entre autres payer le grand prêtre, le asuzua et les devins porteurs de sacs, ainsi que les différents frais du rituel.

Ceux qui ont avoué des péchés sont notamment tenus de payer en échange pour leur pardon. La richesse collectée s’élevait parfois à plusieurs milliers de
bikié (la monnaie des Beti), à des hottes remplies de cuillères, de lances à hampe, etc.

Il arrivait qu’un surplus ou profit se dégage à la fin du rituel, enrichissant davantage le riche organisateur. De même pouvait il aussi y’avoir nivellement effectif si l’organisateur dépensait plus qu’il n’avait reçu. L’organisateur du So gagnait dans tous les cas ; car il devenait un personnage tabou pour avoir voyagé, souvent jusqu’à 60 kilomètres à pieds, en croisant même ses pires ennemis ; qui ne peuvent pas l’attaquer lors de cette quête.

Quand les
mvon reviennent de la quête, commence le rite des premières épreuves dans la forêt ; car le So est proche.

Un candidat qui est entrain de tendre le filet ou un piège recevrait subitement un coup de la part d’un individu, qui lui dira qu’il lui chasse une mouche-filaire. Le candidat n’y pourrait rien, à moins qu’il soit capable de lutter. Les devins trouveraient un arbre à fourmis (
engakom), débrousseraient à fond au-dessous et c’est l’endroit où ils demanderaient aux mvon de  suivre l’exemple de l’asuzua en s’y tenant pour grimper et aller cueillir les colas. Bien d’autres épreuves sont subies par les mvon, qui développent par là des aptitudes, telle que tirer à l’arbalète, et des métiers, tel que forger le fer.

Le rite de la liane-python était une formation à l’endurance dont l’équivalent est la formation militaire contemporaine. Le serpent python (
mvom) avale de tout, y compris donc les candidats mourrant accidentellement lors des épreuves, que l’on dira avoir été avalés par le python. C’est dire que ces épreuves de forêt sont sérieusement éprouvantes. Mais le python du rite a surtout pour mission particulière d’avaler le principe ou organe de la sorcellerie qu’est l’evu.

La construction de la cabane d’initiation (
essam) et les provocations et supplices qui l’accompagnent ont un lien. Les supplices sont la rançon à payer par les candidats, tout comme Jésus Christ le paya avec son calvaire, pour que l’essam devienne le lieu de purification, de protection et de renaissance qu’il doit être.

L’élément principal de protection et d’engendrement social est la grande liane qui portera justement le nom de
mvom. Pour ce rite la liane était toujours le folazog (aussi appelée ekombod ou « ce qui fabrique les hommes » au Nord du Nyong et à Nanga-Eboko), dont la sève est extrêmement abondante. Elle doit effleurer la terre là où la cabane d’initiation sera construite, reliant ultérieurement le ndzom à la marmite spermatique enfouie dans la terre de la cabane à l’endroit appelé abin so (testicule du So).

Selon les procédés les plus pénibles, les candidats
mvon doivent arracher la liane-python, à mains nues d’un endroit de la forêt, sous multiples provocations et brimades, puis la tirer entièrement jusqu’à la cabane d’initiation en cours de construction, en entonnant le chant du So qui reflète une rupture avec le monde de l’enfance et de la mère. Interdiction absolue est faite aux femmes et aux non initiés de les voir, sous peine de maladies.

Les épreuves de la chasse au porc-épic, en suivant comme le chien de chasse tous les mouvements de l’
asuzua, y compris ramper comme le chien de chasse, traverser les colonies de fourmis engakom et kel, tomber dans des bourbiers infectes et pouvoir se retrouver sur l’autre rive, etc., sont parmi les épreuves qui précèdent le retour triomphal avec la liane-python.

Ensuite, c’est le rite de la construction et de la purification de l’
essam. Sur une vue aérienne, le site ressemblerait à un grand phallus (représenté par le tronçon d’arbre sculpté appelé ndzom) introduit entre deux boules représentant la forme de la cabane de raphia. Sur la tige du ndzom et délimitant les boules, un rideau opaque et dense fait de palmes de raphia et de rotins était dressé.

Les parties extérieures d’un tel rideau sont entourées trois fois par la liane-python sous la forme sinueuse d’un serpent. Le rideau sépare l’
essam de la brousse d’une part, et du village d’autre part. De sorte que du village, l’on ne voit que le rideau ainsi que le ndzom qui en ressort, mais pas l’essam en forme de testicules.

La sortie de la dernière épreuve du So, à savoir le tombeau souterrain, fait face à la cabane de raphia dont la partie droite en forme de bourse comporte la porte d’entrée de l’
essam pour les candidats initiés. L’entrée se trouve par la partie male de l’essam touchant la brousse ; la partie gauche sans issue étant la partie femelle.

Au centre le l’
essam ressort de terre un bout de la liane-python à l’endroit où s’enfonce une fourche de l’arbre saliéme, dont la base est entourée d’autres bouts de lianes sortant du sol, recevant l’extrémité du ndzom sculpté. Sur cette fourche est attachée la chèvre ou mouton « bouc émissaire » qui ne bêle jamais.

Le grand prêtre
zomoloa purifie la cabane à l’aide d’un chasse-mouche plein de poudre blanche, qu’il secoue sur les candidats mvon oints d’argile blanc et entrant en rang derrière lui dans l’essam, pour les protéger. Les mvon, armés de longs bâtons, exécutent une danse merveilleuse et exécutent des airs mélodieux, souvent à la flûte, en signe de remerciement, avant de se battre entre eux.

La poudre blanche diffusée par le
zomoloa est faite d’argile, de piment et de poudre d’herbes, dont l’objet est d’enivrer ces garçons venus de brousse avec des desseins sanguinaires, symbolisés par la plume de perroquet plantée dans leur étui pénien.

Les bagarres entre
mvon usant de points, de bâtons et de machettes, sont faites pour déterminer une hiérarchie au sein de l’essam. Les plus forts se couchent à la partie male, les moyennent forts se couchent dans la partie intermédiaire, et les plus mous se couchent dans la partie femelle sans issue. Lorsque la nourriture arrive par la porte de la partie male, il faut que les autres des parties intermédiaires et femelles se montrent capables de lutter pour en avoir droit. Il en est de même de tous les autres avantages, qui arrivent par la porte de la partie male.

La kermesse du ndzom so

Après une telle démonstration de puissance et d’union, les
mvon chassent les mauvais esprits ou Satan, dont les sorciers et les génies, en balayant l’espace de la cabane essam, où leurs camarades non initiés pourront enfin s’installer plus tard sans danger. Cette purification a lieu au plus tard la veille du ndzom so.

Le
ndzom so était une kermesse, une fête populaire, une occasion des plus grands rassemblements qu’il soit dans le pays Beti précolonial. La sculpture du ndzom (ebe ndzom so) était une opération publique, que tout le monde suivait avec grand intérêt. Car elle représentait des figures, dont les animaux, les humains et les esprits du royaume des morts, souvent avec un élément agressif qui symbolisait la victoire sur les interdits alimentaires (menduga), une permission remportée de haute lutte par les jeunes initiés.

Evidemment, le
ndzom était abandonné une fois le rituel terminé, comme l’on abandonne un « oignon vide » (eden ayang) ayant perdu ses propriétés spirituelles. Il était donc aisé pour les Européens de les récupérer et les emporter, pour aller en faire un « art moderne ».

La danse aux sons des balafons, de la flûte et du tambour, que les
mvon exécutaient autour du ndzom en chantant akaba tara (« le tubercule ou macabo de papa ») fit à tord dire à l’allemand Dominik que le rituel du So s’appelait Akaba. C’était plutôt la danse de présentation des mvon au public, qui servait comme chez les Menguissa à arborer les attributs virils du candidat tout nu et couvert d’argile, avant qu’il rejoigne l’essam et disparaisse pendant quatre ou cinq jours.

L’animal sacrificiel central, le bélier (et non pas le bouc qui dégoûtait les Beti anciens) attaché au
ndzom so devait être sacrifié, avec la particularité qu’en signe d’acceptation sans souffrance des péchés, il ne bêlait jamais même quand il était égorgé. Cet animal sacrificiel mourrait à la place des jeunes initiés mvon, et emportait tous les péchés expiés lors du So.

L’initiation So étant au centre de la fonction de reproduction de l’homme, avec son acquisition de l’autorité et de la richesse indispensables chez les Beti précoloniaux, échouer ou ne pas participer aux épreuves en trichant devait être sanctionné. Ceux des
mvon s’étant montrés défaillants lors des précédentes épreuves doivent alors passer celle dite de « balancement des bourses », qui a lieu avant le ndzom so et l’entrée dans la cabane d’initiation.

Cette épreuve consiste à suspendre une pierre au bout d’une corde attachée sur les testicules du candidat, qui devait ensuite courir en passant par une haie des initiés munis de bâtons pour le frapper, en parvenant ainsi à traverser la cour. C’est après cela que l’on était admis à rejoindre les autres
mvon pour l’initiation.

La sortie des mvon


Les initiés creusent un tunnel dont la sortie était à une dizaine de mètres de l’
essam. Au milieu du tunnel de cinq à dix mètres de long se trouvait un trou que l’on appelait le tombeau souterrain, mais aussi de fausses sorties. Des dignitaires redoutables (les mengi-mengi ou intermédiaires entre les vivants et les morts) répandent les gousses de la plante akon aux poils piquants et les fourmis venimeuses kel dans le tunnel.

L’animal sacrificiel est tué par les vieux initiés avec une violence et une ardeur extrêmes. Ces vieux, dont le
zomoloa, l’asuzua et les porteurs de sacs, tuent dans la cabane d’initiation cet animal de Mal-So. Il est normalement dépécé à la main, organe après organe, en cherchant le plus possible à le faire crier. S’il crie, le rituel du So est à recommencer.

L’animal sacrificiel est mangé par ces vieux devins. Ils en donnent la tête et les viscères à l’organisateur
mkpe so, qui en distribue à tous les pères qui ont donné leurs enfants à initier.

Les graisses de cet animal seront données à manger aux candidats initiés
mvon à leur entrée du tunnel. Une autre partie de cette graisse, ainsi que quelques os, sont mis comme avon so (« graisse de So ») dans les sacs des porteurs de sacs. A cette occasion, si son lignage n’en avait pas un, l’organisateur est autorisé à constituer son premier sac de So.

Suivent les épreuves de courses, de vitesse, en rampant et de fond, sur la cour et à travers la forêt, couronnées à chaque fois par des danses consistant à tourner neuf fois en rond.

Pendant que les
mvon sont encore essoufflés, ils sont alignés à l’abin essam (« bourses de la cabane »). Pour la première fois, le mvon voit son parrain qui l’a initialement accompagné au So se tenir derrière lui et lui donner des conseils de courage, tout en lui donnant un mets avec l’avon so (graisse de l’animal sacrificiel).

Les tambours font un bruit funèbre qui leur coupe tout appétit ; car c’est la phase de l’
awu so (la mort du So). Le candidat a été préparé en se vautrant comme le cochon dans la boue pour se protéger.

Le parrain protège la tête de son mvon d’une couche de boue contre les coups ainsi que son sexe contre les fourmis. Le
mvon doit courir vers l’entrée du tunnel, en passant par une haie d’initiés déguisés, qui lui jettent les fourmis. Le parrain tient la nuque du mvon autorisé à se défendre, rend les coups, et époussette le corps de son filleul avec des feuilles pour enlever les fourmis. Il ne quitte son mvon qu’à l’entrée du tunnel.

L’
asuzua rampe dans le tunnel, ressort de l’autre coté en levant la main en signe de victoire, tranche un bananier d’un seul coup de machette, et va poser la main sur le toit de l’abaa (maison centrale) de l’organisateur.

Chaque
mvon doit l’imiter. Il doit suivre les conseils de son parrain, en rampant soigneusement dans le tunnel plein des poils de l’akon et de fourmis, éviter de se faire prisonnier ou de mourir dans le tombeau souterrain où se trouverait quelqu’un prêt à le tuer, éviter de prendre d’autre éventuels faux tunnels menant dans l’impasse, et enfin ressortir victorieux, puis se rouler par terre à travers toute la cour, avant d’aller se disperser.

Des témoins ont soutenu que des enfants mourraient souvent dans le tunnel souterrain. Mais pressés de questions par Laburthe-Tolra, aucun n’avait connu un tel candidat mort. Il faut en conclure qu’il s’agissait d’un mythe qui avait pour objet d’effrayer les candidats et éprouver leur courage.

La sortie du souterrain est la fin de l’initiation. Le jeune initié est admis dans le monde des initiés, peut manger les aliments qui lui étaient autrefois interdits. Pendant la durée de l’initiation, plusieurs filles l’ayant admiré lors du
ndzom so l’auront déjà choisi comme leur futur mari ; car il était honteux et dégradant pour sa famille qu’une fille s’accouple avec un non initié. C’est de la sorte que l’on prenait sa place parmi les riches du pays (minkukuma).
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