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CAMEROUN
RENCONTRE TUMI – SG PRESIDENCE

Paul Biya promet une enquête au prélat, déclare qu’il vient de dévier un complot militaire

Par Ndzana Seme, 08/23/2004

New York - Selon des sources de l’église catholique camerounaise, notre article «
Des généraux et ministres bulu ordonnent la mort du cardinal Tumi »  a été lu dans toutes les églises du Cameroun. Dès lors, l’amertume des chrétiens, face cette n-ème tentative du pouvoir d’éliminer les serviteurs de l’église, fait délier les langues, et contribue à nouer une forte solidarité autour du pauvre prélat.

Il se précise donc que le cardinal et archevêque de Douala, Christian Tumi, et le ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence, Jean Marie Atangana Mebara, s’étaient en effet rencontrés le 13 août 2004, sous l’intermédiation du Nonce apostolique.

Jean Marie Atangana Mebara est celui qui avait sollicité la rencontre, et la nonciature apostolique du Mont Fébé était trouvée comme la location la meilleure pour cette rencontre qui se voulait la plus secrète possible.

D’après nos sources, c’est le secrétaire général de la présidence qui avait des choses à dire, le cardinal, le nonce et d’autres discrètes personnalités l’écoutant plutôt plus qu’ils ne parlaient.

Atangana Mebara avait aussitôt déclaré que le président Paul Biya lui avait remis une copie de la lettre numéro Prot :186/CH/2004/PJP du 12 août 2004, que la chancellerie de l’archidiocèse de Douala, sous la signature du père Jean-Pierre Mukengeshayi, avait adressée à tous les évêques du Cameroun. Paul Biya lui avait alors demandé de rencontrer le cardinal pour son compte.

Atangana Mebara déclara que le président Paul Biya est très embarrassé par cette affaire et qu’il va mener une enquête. Mais il ajoutait que le président ne pense pas que l’assassinat du prélat soit possible.

Le président sait seulement que des militaires voulaient prendre le pouvoir récemment et que c’est le général John Peter Ivo Yenwo qui se serait interposé, en renforçant son cordon de sécurité.

Mais nos sources manquent de détails sur cette information de récent coup d’Etat avorté, notamment en ce qui concerne la date et les noms des militaires impliqués, que Atangana Mebara n’avait pas dévoilés.

Cependant, une analyse de cette information nous laisse penser que l’ordre pour cette rencontre visait certainement surtout à présenter le président de la république au prélat comme une autre victime potentielle d’un même danger. Un ponce pilatisme pur et simple de la part de Paul Biya.

Mais une telle position suscite plus de questions qu’elle ne donne de réponses. S’il y avait eu une tentative récente de coup d’Etat, pourquoi n’avoir pas fait arrêter les comploteurs, pourquoi Paul Biya a-t-il décidé de s’asseoir  sur une telle information sensible, s’asseoir ainsi sur une bombe ?

Nous pensons que de bombe il n’y en a point. Surtout que la personne qui est présentée comme le sauveur du président est justement un originaire du Nord-Ouest, la province du cardinal. Comme pour dire au cardinal que ce ne sont pas les bulu qui protègent Paul Biya, comme notre article l’avait avancé, mais plutôt un anglophone frère du cardinal.

Une analyse du traitement réservé par le pouvoir à cette information, qui mettait nue le complot des puissants bulu pour tuer le prélat, ne manque pas non plus de susciter des questions.

Deux semaines durant déjà, le gouvernement Biya a gardé le silence, pendant qu’il initie des rencontres souterraines avec les victimes potentielles, et que le ministre de la communication se contente de faire courir une rumeur selon laquelle il n’aurait pas participé à la réunion et que le gouvernement éviterait de se prononcer parce qu’il craindrait que « cela pourrait renforcer la popularité du Cardinal Tumi ».

En même temps, le pouvoir fait appel à ses « kilav » les plus crédibles aux yeux de l’opinion. C’est ainsi que, sous la plume de l’un d’eux, au demeurant correspondant de Radio France Internationale (le fonction à elle seule parlant des volumes), l’un des participants à la réunion de 5 Juin est déclaré « en mission officielle à la date indiquée ».

En effet, notre confrère ne s’embarrasse pas de justifier sa contre information par le fait que « Au sommet de l’Etat, on s’étonne de la naïveté de la presse locale qui se laisserait aller à cette “ manipulation ” ».

Ce n’est qu’alors que le journal se « permet d’émettre au moins des réserves d’ordre chronologique ( …) qui autorisent un recul face aux allégations publiées sur le site Internet s’agissant de la présence à cette supposée réunion de certains présumés participants ». C’est ainsi que le rédacteur déclare timidement que « par exemple Remy Ze Meka se trouvait à Koza II, dans le Nord, suite au massacre des populations par des assaillants armés ».

La même timidité transparaît dans une autre trompette - sonnée cette fois-ci sur les colonnes et ondes de RFI à l’endroit de l’Afrique et de la France, dans le but de discréditer la véracité de l’information - lorsqu’il est avancé qu’« à cette date, le mis en cause était en route, sur instructions du président Biya- avec Marafa Hamidou Yaya, le ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la décentralisation-  pour Koza II, petite localité située à plus de 100 kilomètres de Garoua dans le Nord ».

L’intéressé aurait ainsi été « en route » toute la journée du 5 Juin, et n’aurait aucunement pas dévié de sa route. A dire donc que ceux des participants dont nous n’avons pas encore publié les noms devraient s’arranger à vite trouver chacun un ordre de mission, la preuve irréfutable que notre confrère accepte comme justificatif de voyage et de séjour effectif sur le lieu de la mission.

Cependant, la stratégie immédiate que le régime Biya - déjà fatigué de constater que la centaine de colis électroniques piégés de virus qu’il nous envoie au quotidien depuis le 8 Juin 2004 n’a toujours pas fermé notre web site – vient d’adopter est celle de faire envahir les web sites camerounais par les membres des milices « autodéfense », qui prononcent quotidiennement des sentences de mort contre le directeur de The African Independent dans chacun de leurs multiples écrits.

Ceux-là mêmes qui entendaient plonger le Cameroun dans les massacres tribaux en 1992, bien avant leurs similaires (les milices hutu génocidaires du Rwanda), en dansant macabrement aux rythmes et slogans de Radio Centre Bebelebuk (comme radio des mille collines), écument aujourd’hui les sites électroniques camerounais, qui osent encore échapper à l’étau corrupteur et persécuteur que la dictature Biya maintient sur les média du pays, et parviennent à distiller leur venin.

Il n’est plus besoin de dire que si les menaces de mort ne l’avaient pas empêché d’un seul iota à écrire ce qu’il pense sur le sol camerounais, ce n’est pas aujourd’hui que de telles menaces auraient un effet sur le directeur de The African Independent dans sa détermination à publier toute information faisant état de dangers sur les personnes et les biens au Cameroun.
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