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| CAMEROUN Origine de la rumeur sur le décès de Paul Biya Le régime écarte de plus en plus la piste Ndzana Seme, pour privilégier celle de « l’entourage » présidentiel… Pourtant, à défaut d’une plainte formelle, que The African Independent attend toujours, c’est plutôt une centaine de colis emails contenant les virus les plus dangereux d’Internet que nous recevons quotidiennement depuis le 7 Juin que le Mincom Jacques Fame Ndongo nous a désigné ennemi numéro 1 de son régime. Ce régime de Yaoundé, ou ses exécuteurs des œuvres basses, se plaisent même à expédier ces mêmes virus à des organisations respectables, les faisant apparaître comme partant de la boîte email editing@africanindependent.com , espérant ainsi probablement nous attirer des procès pour violation des règles de fonctionnement de l’Internet. Nous rassurons cependant nos lecteurs que nous nous occupons de ce cas. Paul Biya : Rumeur,origine et conséquences La thèse du complot clanique. Le Grand mensonge de Jacques Fame Ndongo. Les scénarios du futur. L’entourage du chef de l’Etat en question Thierry Ngogang, le Quotidien Mutations du Lundi 14 Juin 2004 Manipulation La rumeur qui vient d'en haut Le ministre de la Communication a “trouvé” la source médiatique; mais l'information originelle est directement venue de Genève. Qui a donc souhaité la mort anticipée du président Biya ? Pour le principal concerné, et on le comprend, c’était une blague de très mauvais goût. Pour le ministre de la Communication, Jacques Fame Ndongo, la source de la rumeur sur le plan médiatique est identifiée: il s’agit de Joseph Ndzana Seme. Pour d’autres, on serait plutôt dans la logique d’un complot ourdi par des ressortissants issus d’un village de la province de l’Ouest... Comme on peut s’en rendre compte, autant cette rumeur a déstabilisé l’opinion publique durant quelques jours, autant elle semble avoir créé la confusion dans l’esprit de certaines personnalités, toujours promptes à chercher le coupable à l’étranger ou, et c’est devenu monnaie courante, dans la justification tribale. Il apparaît cependant que les rumeurs faisant état du décès du chef de l’Etat sont avant tout nées du fait de l’incertitude existant autour d’une question centrale : Quid de l’après Paul Biya ? Comme de nombreux camerounais, Mutations s’interroge. Et décrypte à la lumière du contexte actuel. " Il y a des gens qui se font passer pour mort pour ressusciter après ". Il a suffit de cette simple phrase, prononcée par le célèbre chanteur ivoirien Tiken Jah Fakoly au cours d'un concert organisé vendredi dernier dans une salle de cinéma de la capitale, pour mettre littéralement en transes les nombreux spectateurs. En fait, bien que ce chanteur engagé n'ait à aucun moment cité de nom, tout le monde a très bien compris, actualité oblige, qu'il évoquait le cas du président Biya. La réaction de ses fans est assez symptomatique de la confusion qui a longtemps régné au sein de l'opinion publique quant à l'origine de la rumeur sur " le décès du chef de l'Etat quelque part en Suisse", qui s'est propagée à une vitesse fulgurante il y a près de dix jours. Le ministre de la Communication Jacques Fame Ndongo a quant à lui déjà annoncé triomphalement qu'il tenait le coupable. Ou plutôt, selon son expression, " la source médiatique originelle de la rumeur ". Diffusée au moment où la rumeur battait encore son plein, le lundi 07 juin dernier, malgré la précaution sémiologique employée pour la circonstance " la source médiatique originelle ", le communiqué du ministre de la Communication a tendu à semer le trouble au sein de l'opinion dans la mesure où elle livrait un nom, Joseph Ndzana Seme, à la vindicte populaire en accréditant insidieusement la thèse qu'il serait à l'origine de la rumeur. Ce qui n'est pas du tout possible, le principal accusé ayant repris l'information sur son site Internet : www.africanindependent.com, le samedi 05 juin dernier à 8 heures 20 du matin (heure de New-York), soit au moins deux jours après que ladite rumeur ait commencé à circuler au sein de l'opinion publique. Machine arrière Après avoir défendu de manière impulsive la thèse " Ndzana Seme coupable " en le traitant, comme le ministre de la Communication, de tous les noms d'oiseaux imaginables, Christophe Mien Zok, directeur de la publication de l'Action, le bihebdomadaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), que l'on ne peut soupçonner d'anti-Biyaisme, fait entièrement machine arrière. Dans un article paru le vendredi 11 juin dernier, le principal responsable de l'Action déclare: " Tous les témoignages l’affirment: dès jeudi la rumeur circulait déjà à Yaoundé et ailleurs, relayée par le téléphone portable, le téléphone arabe, le bouche à oreille et radio trottoir. Ils s’accordent également sur un point la nouvelle venait de l’extérieur du pays. Il a fallu attendre vendredi pour qu’elle soit matérialisée dans le Net, à travers le site de Ndzana Semé. Autrement dit, si ce dernier a bel et bien été identifié comme la "source médiatique" de la rumeur, il n’est pas certain qu’il en soit l’auteur". Alors qui ? Christophe Mien Zok pense que la réponse est à chercher vers ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'entourage du chef de l'Etat. " Il est tout à fait possible, dit-il, que, dans ces multiples cercles pas toujours concentriques, quelqu'un, par naïveté, par "manque de vigilance", sous le coup de l'émotion ou de la panique, ou pour toute autre raison, se soit entretenu avec un interlocuteur sur un fait ayant trait à l'état de santé du président de la République. Cafouillages, maladresse, dramatisation excessive d'un incident mineur ou banal, et tout s'emballe. De fil en aiguille, la rumeur a enflé et s’est propagée aux quatre coins du monde. Cela est d'autant plus plausible que le vocable "entourage" qui désigne ceux qui gravitent autour du président est à la fois précis, touffu et diffus". Apparemment sûr de son propos, il poursuit: " Entre ceux qui veulent se donner une importance qu'ils n'ont pas et qui sont à l'affût, pour le colporter, du moindre ragot qui peut servir leur trafic d'influence et les vrais proches, ceux du premier cercle, qui se montrent et parlent peu on a tendance à se perdre. Toujours est-il que les uns et les autres se livrent à un jeu favori: distiller savamment, sous le sceau du secret et de la confidence, des informations hyper stratégiques et ultrasensibles, à ne répéter sous aucun prétexte. Malheureusement, le détenteur d'une telle information s'empresse à son tour de la communiquer à quelqu'un de sûr, "digne de confiance". C'est comme cela que fonctionne, hélas, le Cameroun. Un pays où des responsables, jusqu_aux niveaux les plus élevés, ne savent pas toujours garder leur langue, encore moins un secret. Roublardise ou vantardise? Rodomontade ou fanfaronnade? Tout cela à la fois sans doute ". A bien y regarder, l'on ne devrait même plus se situer dans l'ordre des probabilités. Pour que cette rumeur puisse se propager à cette vitesse et pendant plusieurs jours, il a bien fallu que quelqu'un de crédible (c'est à dire une personne ayant directement accès au chef de l'Etat) puisse la transmettre. Si cette personne a paniqué, comme le mentionne Christophe Mien Zok, c'est qu'elle a certainement été le témoin d'une scène ayant au moins suscité de l'émotion. D'où la question: A qui profite la rumeur? Christophe Mien Zok pense que, à part les opérateurs de téléphonie mobile dont le chiffre d'affaires a du grimper au cours de ce fameux week-end, elle ne profite à personne (Ni à Paul Biya, ni au Rdpc, ni au peuple camerounais, ni au Cameroun). Cette affirmation est à nuancer. Après une vingtaine d'années de pouvoir sans partage du président Biya, les ambitieux (ou ceux qui en ont marre) ne sont pas seulement à rechercher dans le camp de l'opposition, dont les représentants n'étaient d'ailleurs pas conviés à l'escapade genevoise pour raconter ce qui s'y est passé. Par contre, l'actualité politique de ces derniers mois nous démontre très clairement que c'est dans le camp présidentiel que les appétits sont les plus féroces. Questions de Sens sur une Folle Rumeur Maintenant que les passions retombent progressivement sur cette "mauvaise blague", il est temps de soulever quelques questions, essentielles pour les uns mais peut-être embarrassantes pour les autres... si ce site de Ndzana Seme a été identifié comme la "source médiatique" de la rumeur, il n’est pas certain qu’il en soit l’auteur. Le 11 Juin 2004 : "Le fantôme vous salue bien", c’est un Paul Biya en pleine forme, presque rigolard, maniant humour et l’ironie, qui a regagné Yaoundé Mercredi. La capitale était loin d'être une ville fantôme et elle a réservé un accueil triomphal, populaire et chaleureux au chef de l'Etat dont une rumeur avait annoncé le décès le week-end dernier. Mi-amusé, mi-sérieux, Paul Biya a donné rendez-vous à ceux qui s’intéressent à nos funérailles dans... 20 ans. Il faut être confiant et sûr de son état de santé pour de tels propos. Maintenant que les passions retombent progressivement sur cette "mauvaise blague, ridicule et inadmissible", il est temps de soulever quelques questions, essentielles pour les uns mais peut-être embarrassantes pour les autres. I.- D’où est partie la rumeur ? Tous les témoignages l’affirment: dès jeudi la rumeur circulait déjà à Yaoundé et ailleurs, relayée par le téléphone portable, le téléphone arabe, le bouche à oreille et radio trottoir. Ils s’accordent également sur un point la "nouvelle venait de l’extérieur du pays". Il a fallu attendre vendredi pour qu’elle soit matérialisée dans le Net, à travers le site de Ndzana Semé. Autrement dit, si ce dernier a bel et bien été identifié comme la "source médiatique" de la rumeur, il n’est pas certain qu’il en soit l’auteur. Alors qui ? La réponse est à chercher probablement ailleurs. Les regards convergent alors vers ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’entourage du chef de l'Etat. Il est tout à fait possible que, dans ces multiples cercles pas toujours concentriques, quelqu’un, par naïveté, par "manque de vigilance", sous le coup de l'émotion ou de la panique, ou pour toute autre raison, se soit entretenu avec un interlocuteur sur un fait ayant trait à l’état de santé du président de la République. Cafouillages, maladresse, dramatisation excessive d’un incident mineur ou banal, et tout s'emballe. De fil en aiguille, la rumeur a enflé et s’est propagée aux quatre coins du monde. Cela est d'autant plus plausible que le vocable «entourage» qui désigne ceux qui gravitent autour du président est à la fois précis, touffu et diffus. Entre ceux qui veulent se donner une importance qu’ils n’ont pas et qui sont à l’affût, pour le colporter, du moindre ragot qui peut servir leur trafic d’influence et les vrais proches, ceux du premier cercle, qui se montrent et parlent peu on a tendance à se perdre. Toujours est-il que les uns et les autres se livrent à un jeu favori: distiller savamment, sous le sceau du secret et de la confidence, des informations hyper stratégiques et ultrasensibles, à ne répéter sous aucun prétexte. Malheureusement, le détenteur d’une telle information s’empresse à son tour de la communiquer à quelqu’un de sûr, «digne de confiance». C’est comme cela que fonctionne, hélas, le Cameroun. Un pays où des responsables, jusqu’aux niveaux les plus élevés, ne savent pas toujours garder leur langue, encore moins un secret. Roublardise ou vantardise? Rodomontade ou fanfaronnade? Tout cela à la fois sans doute. Faut-il alors s’étonner de toutes ces fuites qui alimentent les colonnes de journaux à longueur de parution? II.- Le traitement médiatique était-il approprié ? On l’a déjà dit: la rumeur courait, enflait, galopait depuis jeudi soir. Samedi, elle prendra une ampleur inquiétante et des proportions hallucinantes. C’est à ce moment-là qu’il fallait y mettre un terme de manière radicale. La CRTV-Radio a bien essayé, samedi en mi-journée, de la contenir. Mais la méthode, la forme et la formule choisies étaient allusives: on n’arrête pas une rumeur avec des allusions. On lui tord le cou sèchement et catégoriquement. Certes, sur un plan strictement professionnel, il n’est pas très indiqué de démentir une rumeur. Toutefois, lorsque celle-ci peut avoir des conséquences et des répercussions incalculables, on n hésite pas; on n’hésite plus. Après les recoupements et les vérifications d’usage, les médias électroniques de service public auraient dû mettre leurs atouts —la spontanéité, la fiabilité, l’instantanéité, la rapidité, la crédibilité, la couverture nationale— pour donner l’information en temps réel: le président n’est pas mort. Ce «retard à l’allumage», et ces tergiversations ont peut-être contribué, à leur manière, à alimenter et à entretenir la rumeur. D’où cette question: est-il possible pour les médias de service public de donner une information vérifiée et recoupée, même s’il n’y a pas un communiqué officiel ? III.— Quel est l’état de santé de Paul Biya ? Pour un homme de son âge — 71 ans — le président se porte plutôt bien. Si l’on en juge par ses prestations lors de ses apparitions publiques, Paul Biya bénéficie d’une condition physique presque irréprochable. Mais cela ne l’empêche pas d’avoir, comme tout le monde, de petits ennuis. Si le peuple a le droit de savoir, pour être rassuré sur l'état de santé de son président, il faut néanmoins mettre un terme à tous ses fantasmes et à cette dramatisation qui entourent généralement cette question. Paul Biya a beau être président de la République, il n’en est pas moins un homme qui a droit à un jardin secret, avec ses roses et ses épines. Tout le mérite de Paul Biya est d’avoir réussi à préserver son «jardin secret» de la surexposition médiatique qui tente et guette tout homme public de cette stature. Beaucoup lui en veulent pour cela. Meme la publication régulière d’un bulletin sur son état de santé ne dissiperait pas leur scepticisme, leur avidité et leur... voyeurisme. IV.— Que prévoient les textes en cas de vacance du pouvoir ? De nombreux Camerounais ont affirmé avoir été inquiets en raison ou désordre institutionnel que pourrait provoquer une vacance de pouvoir à la tête de l’Etat. Certes, de nombreux scénarios catastrophes sont régulièrement esquissés à ce sujet, mais la Constitution est claire là-dessus: «l'intérim du président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du nouveau président de la République par le président du Sénat, et si ce dernier est à son tour, empêché, par son suppléant suivant l'ordre de préséance du Sénat" (article 6). Pour ceux qui s’inquiètent, à raison de l’inexistence du Sénat, la Constitution donne une réponse: L’Assemblée nationale exerce la plénitude du pouvoir législatif et jouit de l'ensemble des prérogatives reconnues au Parlement jusqu’à la mise en place du Sénat». La Constitution a donc tout prévu. Malgré ces dispositions constitutionnelles claires et pertinentes, la peur d’un désordre institutionnel continue de tarauder quelques esprits. Certains vont jusqu'à souhaiter que Paul Biya désigne son dauphin. Comme si la démocratie s’accommodait de ces pratiques dignes d’une monarchie! Comme si dans nos traditions, le chef désigne son successeur de son vivant! Or, les mêmes qui en font la demande seront les premiers à critiquer pareille décision. Dans un régime démocratique, la succession se fait de manière démocratique, au sein des institutions démocratiques. Chaque institution devra jouer son rôle, tout son rôle et rien que son role, y compris l’armée — ou quelques-uns de ses éléments - à laquelle l’on prête à tort ou à raison de mauvaises intentions, mais dont le devoir républicain est d’assurer, avec honneur et fidélité, la défense de la patrie, son indépendance, sa souveraineté et son intégrité territoriale. V.— A qui profite la rumeur ? A personne. Ni à Paul Biya, ni au RDPC, ni au peuple camerounais, ni au Cameroun. A personne? Pas si sûr: le chiffre d’affaires des opérateurs de téléphonie mobile a du grimper en flèche pendant ce week-end fou. En dehors d’eux, on ne voit pas très bien qui a pu tirer profit de cette plaisanterie de mauvais goût. Même si quelques groupuscules d’activistes ont cherché à la récupérer pour créer la confusion et le chaos, il convient de mettre définitivement cette affaire sur le compte d’une maladresse. Il est évident que dans le sérail quelques personnes ambitieuses trépignent de plus en plus d’impatience. Elles ont pu se frotter les mains et s’écrier: «enfin», en apprenant la «bonne» nouvelle. Biya leur donne rendez-vous dans une vingtaine d’années. Il n’est pas sûr que les plus pressés et les plus jeunes gagnent cette «guerre d’usure». En tout état de cause, quelqu’un, quelque part, a dû manquer à la fois de sang-froid, de vigilance et a balancé, par maladresse, par inadvertance, par ignorance ou sciemment, une «information» dont il ne soupçonnait pas la gravité, le cheminement et les conséquences. Beaucoup de personnes n’avaient plus qu’à la récupérer pour l’exploiter à leurs fins et dans le sens de leurs intérêts. Tous se mordent les doigts aujourd’hui. La manœuvre s’est retournée contre eux, grâce à la maturité des Camerounais. Paul Biya a par conséquent raison de lancer un appel à la vigilance. Il faut espérer que tous ceux qui l’entourent ont compris que l’appel leur est également destiné. © CHRISTOPHE MIEN ZOK, L'Action |
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