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| CAMEROUN ASSASSINAT DE Mgr TUMI; LE CARDINAL REAGIT Les deux hommes se sont retrouvés alors même la question de l’élimination de l’archevêque de Douala est évoquée par un site internet, et que le clergé est saisi d’une correspondance qui invite ses membres à réfléchir sur la sécurité du prélat. C’est connu : les pouvoirs spirituel et temporel partagent, si ce n’est le culte, du moins une certaine culture du secret. Et le récent rendez-vous entre le cardinal Christian Tumi et Jean-Marie Atangana Mebara n’a pas dérogé à cet aphorisme. Selon nos informations, l’archevêque de Douala et le ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence se sont rencontrés vendredi 13 août 2004, hors du palais de l’Unité. Ils n’en étaient pas si éloignés, puisque qu’ils ont probablement bénéficié de la bienveillante hospitalité de la Nonciature apostolique dont les installations surplombent la capitale, à partir du Mont Fébé. Le prélat face à l’homme d’Etat ? L’ archevêque et le croyant ? Tout cela à la fois sans doute. Même si rien n’a pu filtrer des entretiens entre les deux hommes, il n’est pas inutile d’observer que ce tête-à-tête survenait dans un contexte marqué par au moins deux repères importants. D’abord une conjoncture globale de “ normalisation ” entre les autorités politiques et l’Eglise catholique, comme tendent à le confirmer un certain ballet d’éclésiastiques de haut rang au palais de l’Unité : audience de quelque 90 minutes, le 5 août 2004, accordée par le président de la République à Mgr Victor Tonye Bakot. L’archevêque de Yaoundé et actuel président de la Conférence épiscopale était déjà, on s’en souvient, membre, avec la cardinal Tumi et Mgr Jérôme Owono Mimboe, évêque d’Obala, de la délégation de prélats reçus en audience par le chef de l’Etat, quelques semaines auparavant. Jamais, depuis 1985, Paul Biya ne s’était montré aussi disposé à accorder d’aussi régulières audiences aux dignitaires catholiques… Actualité préoccupante. Ensuite, il flottait sur cette rencontre Tumi-Mebara, comme un air d’une actualité préoccupante en certains aspects. Et de fait, le 12 août, le site internet animé par Ndzana Seme publiait un article au moins sensible, faisant état d’une réunion regroupant, le 5 juin- au plus fort des incertitudes liées aux rumeurs sur l’état de santé et la mort du président Biya- dans le village du chef d’état major des armées, d’une vingtaine de hauts gradés et autres figures de premier plan dans le dispositif gouvernemental du pays. Selon l’auteur de l’article, la résolution d’éliminer le cardinal Tumi et le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yegué Djibril fut prise (lire article François Bambou). Tout porte à croire que ces informations n’ont pas laissé impassible le cardinal Tumi, à défaut de l’émouvoir. La preuve, cette correspondance “ Prot :186/CH/2004/PJP ” du 12 août 2004, qui porte l’estampille du père Jean-Pierre Mukengeshayi, adressée à tous les évêques du Cameroun et dont la teneur est édifiante : “ Avec la permission de Son Eminence le Cardinal Christian Tumi, Archevêque de Douala, je vous envoie une copie de cet article publié sur Internet par “ The Africa Independant ”, pour que vous puissiez aussi en prendre aussi connaissance. Nous restons convaincus que ce << projet>>, non loin d’être négligeable , donnera aux uns et aux autres l’occasion de réfléchir pour la sécurité de tous les citoyens, notamment celle de l’Archevêque de Douala ”, écrivait le chancelier de l’Archidiocèse de Douala. Timides doutes. Des sources autorisées au palais de l’Unité ont confirmé la rencontre entre le cardinal Tumi et Jean-Marie Atangana Mebara. Une confession forte de ses nuances et de ses omissions. “ L’information est exacte. Monsieur le ministre d’Etat, secrétaire général à la présidence de la République a effectivement rencontré le Cardinal Tumi. Toutefois, l’objet du tête-à-tête entre les deux ne portait pas sur les <> de << The Africa Independant>> ”, explique l’entourage du proche collaborateur du chef de l’Etat. Qui avoue néanmoins que l’archevêque de Douala a évoqué au passage la question de sa sécurité avec son interlocuteur, non sans lui confier qu’il n’avait pas ajouté foi aux “ informations ” publiées sur le site Internet. Au regard des usages, Paul Biya, le destinataire final de ce type de conversation, a pu en être informé. Le régime est-il pour autant serein sur cette question ? Rien n’est moins sûr. Des proches du cardinal Tumi n’émettent que de bien timides doutes sur la tenue effective de la réunion dont fait état l’article de “ The Africa Independant ”. Au sommet de l’Etat, on s’étonne de la naïveté de la presse locale qui se laisserait aller à cette “ manipulation ”. Quelques certitudes. L’enquête de La Nouvelle Expression permet d’émettre au moins des réserves d’ordre chronologique ( lire article François Bambou) qui autorisent un recul face aux allégations publiées sur le site Internet s’agissant de la présence à cette supposée réunion de certains présumés participants. Il reste entendu qu’en l’étape actuelle de notre enquête, toutes les hypothèses restent ouvertes. Y compris celles qui font état d’une liste plus longue de “ personnalités ” qu’on disait déjà, au moment des rumeurs se rapportant au chef de l’Etat, inscrites sur une “ liste noire ” tenue par ceux à qui on prête, dans le camp des inconditionnels de Paul Biya, la résolution de conserver le pouvoir à tout prix. Quoi qu’il en soit, cette autre “ affaire ” arrive à un moment où le régime ne rêve que d’élections paisibles. Et où personne, apparemment, ne souhaite s’encombrer de cadavres dans les placards. ParValentin Siméon ZINGA, La Nouvelle Expression Publié le 20-08-2004 PROJET D'ASSASSINAT DE PERSONNALITES L'AUTRE RUMEUR QUI EMBARRASSE LE REGIME Avec un porte-parole d'ordinaire plus pressé d'expliquer ce qui met en cause le régime, le silence du gouvernement au sujet de la rumeur sur le projet d'assassinat de Cavaye Yégué Djibril et le cardinal Christian Tumi est étonnant. Quelques bras armés et fortes têtes du régime ont-ils projeté d'assassiner Cavaye Yégué Djibril et le cardinal Christian Tumi suite à la rumeur du décès de Paul Biya ? La question n'a pas fini d'émouvoir (lire l'enquête de Valentin Siméon Zinga), depuis que le journaliste camerounais en exil aux Etats unis, Ndzana Sémé, a indiqué que 16 hautes personnalités militaires et gouvernementales de l'ethnie bulu se seraient réunis dans le village d'un officier supérieur de l'armée camerounaise pour décider des mesures urgentes de protection du "pouvoir Bulu". Parmi ces mesures, la liquidation pure et simple de ces deux personnalités, susceptibles de prendre la succession de Paul Biya en cas de vacance de pouvoir. Curieusement, face à cette nouvelle qui ébranle le pays, le gouvernement n'a toujours pas fait savoir la vérité ou du moins sa version. Pourtant, il a souvent suffit d'une lointaine affaire Pierre Falcone, Adam Auchi et autres, pour que le porte-parole du gouvernement se trouve en devoir d'expliquer ce qui lui paraît vrai aux Camerounais. Il en a été de même peu après la rumeur sur le décès de Paul Biya. Or, dans ce cas, c'est bien des personnalités représentant le cœur de l'Etat, de par leurs fonctions, qui sont mises en cause pour avoir, en quelque sorte, projeté de menacer la continuité de l'ordre constitutionnel et d'assassiner des personnalités politiques, institutionnelles et morales de premier rang. Le gouvernement ne peut d'ailleurs pas plaider qu'il n'a pas été au courant de cette nouvelle diffusée sur Internet au début du mois d'août. Car, en juin dernier, suite à la rumeur justement sur le décès du président de la République, Jacques Fame Ndongo, le ministre de la Communication, avait mis sur pied un système d'alerte cybernétique chargé d'assurer une veille permanente sur Internet à propos des informations diffusées sur le Cameroun. Le système n'a-t-il pas fonctionné ? Au contraire, expliquent des responsables du ministère de la Communication, la hiérarchie a été tenue informée de cette information diffusée par le journaliste en exil. Des collaborateurs auraient même proposé au porte parole du gouvernement de réagir pour rassurer. Réponse de celui-ci, selon nos sources : cela pourrait renforcer la popularité du Cardinal Tumi. Au risque donc de semer la psychose dans la population, autant éviter à tout prix de faire grimper la popularité du prélat. Hypothétique “pouvoir bulu”. Si les réactions officielles se font attendre, les "mis en cause" ne manquent pas de s'expliquer. Jacques Fame Ndongo, le ministre de la Communication de Paul Biya et porte-parole du gouvernement, a-t-il pris part à cette réunion comme l'indique le journaliste en exil ? S'il est connu pour être un adorateur de Paul Biya, nul ne le soupçonnait comme un ultra d'un hypothétique "pouvoir bulu", où il siègerait même parmi les "puissants". Dans l'entourage du Mincom, on veut banaliser l'affaire. Ndzana Sémé essaie de régler un compte à Jacques Fame Ndongo, explique-t-on. Ce dernier ayant accusé le journaliste en exil d'être la source médiatique originelle de la rumeur sur le décès de Paul Biya. Jacques Fame Ndongo, le ministre de la communication, aurait confié à des proches qu'il n'était même pas au courant de la tenue d'une telle réunion, et qu'il n'a donc pas pu y être. Reste qu’il n'est pas le seul cité, et que nul ne serait besoin d'impliquer autant de personnalités importantes dans une campagne d'intox juste pour régler un compte. Autre cas, certaines personnalités citées pour avoir pris part à cette réunion étaient en mission officielle à la date indiquée (par exemple Remy Ze Meka se trouvait à Koza II, dans le Nord, suite au massacre des populations par des assaillants armés). Telle autre personnalité précise que ce texte qui ne dit pas si la réunion a eu lieu ou non, ou si la décision de liquider des personnalités en vue a été prise ou pas. D'autant que, selon le même site (www.africanindependant.com), une fois que la rumeur s'est avérée fausse, les mêmes personnalités se seraient réunies pour réitérer leur position quant aux mesures à prendre une fois que ce qui s'avère faux aujourd'hui deviendrait réalité. Par François Bambou, La Nouvelle Expression Publié le 20-08-2004 |
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