Honteuse Absence de Position du Cameroun au
Conseil de Sécurité de l?ONU

De tous les discours des membres du Conseil de Sécurité de l?ONU,
lors de sa séance du 14 Février, celui du Cameroun s?était fait
remarquer par son absence de position claire entre l?intransigeance
américaine et la tolérance française sur la question du désarmement de
l?Irak.
A l?exception de l?Afrique du Sud, on a également remarqué que
l?Afrique était restée immobile en fin de semaine dernière, alors que le
monde entier vibrait sous le coup des manifestations populaires contre
la position américainne de renverser le pouvoir de Bagdad par les armes
afin d?y imposer un gouvernement fantoche pro-américain et au service
des intérêt pétroliers américains. Un tel mutisme nous rappelle que
l?Afrique ne se mobilise jamais pour les événements du monde, à
commencer par les siens propres. Et c?est la même Afrique qui, plus que
tout autre continent, demande que le monde se mobilise pour elle et ses
malheurs. La raison d?un tel mutisme doit se trouver dans l?absence
des libertés civiles et politiques, mais surtout à cause de gouvernements
africains plus soucieux des intérêts de leurs clans dictatoriaux
postcoloniaux que des affaires du monde et celles de leurs peuples.
Le discours délivré par le représentant camerounais Belinga-Eboutou, le
plus ennuyeux de tous, est donc à mettre sous le compte de la position
d?Etat mendiant à laquelle le président Paul Biya a relégué le
Cameroun au bout de 20 ans de règne dictatorial.
Un discours pauvre, sans aucun sens et sans aucune substance. A
l?opposé des interventions française et chinoise largement applaudies
(contrairement même aux coutumes du Conseil de Sécurité), le discours
camerounais est celui au cours duquel les membres et invités présents
s'ennuyaient, formaient des groupes afin de discuter d'autres sujets.
Même les caméras de télévision, contrairement aux autres orateurs,
étaient dirigées beaucoup plus vers l'auditoire que vers l?orateur durant
ce discours creux. Cette intervention honteuse n?est cependant pas
passée inaperçue au sein du public camerounais. Certains intellectuels
locaux se peinent à l?expliquer. Les extraits de l?article suivant, écrit
par l?envoyé spécial de Radio France Internationale au Cameroun, en
disent long.

Président Paul Biya du Cameroun, à la tête de l?un
des gouvernements les plus corrompus du monde

Cameroon Map

«Le Cameroun, à la suite d?autres Etats du Conseil de sécurité de l?Organisation des Nations unies, ne peut que recommander la
poursuite et la mise en ?uvre d?actions vigoureuses, robustes et décisives pour amener les autorités irakiennes, à coopérer pleinement
avec les équipes d?inspection», avait dit, le 5 février, François-Xavier Ngoubeyou, devant le Conseil de sécurité. Mais, le ministre
d?État camerounais chargé des Relations extérieures, avait aussi laissé entendre qu?au Conseil de sécurité «revient la décision d?aller
dans un sens comme dans l?autre», faisant allusion à l?option de guerre défendue par les États-Unis d?une part, et à celle du
désarmement pacifique de l?Irak prônée par la France d?autre part.

Déjà d?accord sur le fait qu?en règle générale, Yaoundé s?aligne sur les positions collectives, les spécialistes sont en pour reconnaître
que dans ce dossier précis de la question irakienne, le Cameroun joue, au fond, les équilibristes.


Funambulisme diplomatique  
«En réalité, la lecture de la position officielle du Cameroun reflète ses hésitations. Car, on peut très bien amener l?Irak à coopérer par
la guerre, tout comme on peut le faire par des pressions. Et on voit bien que le Cameroun n?exclut aucune des options et semble dire:
la guerre peut être évitée en même temps, elle est inévitable», explique un universitaire à Yaoundé. «Il s?agit d?une position qui
oscille entre la position pacifiste française et un clin d??il à la position belliciste américaine. Le Cameroun dans sa tradition
diplomatique est un pays qui a toujours cherché une navigation entre les extrêmes», analyse le Pr Narcisse Mouelle Kombi,
enseignant à la Faculté des Sciences juridiques et politiques de l?Université de Yaoundé II-Soa.

La démarche diplomatique de Yaoundé semble commandée par un certain nombre d?enjeux «qui sont économiques, géostratégiques,
géopolitiques», selon le Pr. Kombi. Ce que semble confirmer la grille de lecture développée par un autre universitaire. «Il y a,
explique-t-il, un ensemble de paramètres pour comprendre la difficile lisibilité de la position camerounaise. Dans un premier temps,
on peut noter que le Cameroun est en général solidaire des options du tiers-monde, notamment la défense de la paix, surtout lorsqu?il
y a une perspective de conflit entre un de ces Etats, et une grande puissance. Deuxièmement, il y a une dimension liée au poids des
puissances qui sont divisées sur la question irakienne: l?une c?est la France, ancienne métropole, qui ne peut qu?essayer d?influencer
la position camerounaise à sa faveur. Mais il y a aussi les États-Unis devenu un partenaire très important, surtout avec son
déploiement dans le golfe de Guinée à la faveur des découvertes pétrolières, sans oublier que le Cameroun peut avoir besoin de
Washington dans le cadre de la mise en ?uvre de la décision de la Cour internationale de justice à propos de l?affaire Bakassi, en
l?occurrence si le Conseil de sécurité était sollicité pour l?envi des forces sur le terrain».

A quoi d?autres ajoutent que la France a toujours été d?un précieux soutien pour le Cameroun, classé «pays pauvre très endetté», au
sein des institutions financières internationales d?une part, et que les États-Unis qui ont déclaré le Cameroun éligible à l?initiative
African Growth Opportunity Act ?qui permet aux opérateurs économiques camerounais de bénéficier de a suppression de taxes
pour certains produits à l?exportation? veillent tout aussi bien sur le pipe line Tchad-Cameroun. Commencés avec la caution de la
Banque mondiale, les travaux de construction cet oléoduc, long de plus de 1 000 km, ?dont près de 900 km traversent le territoire
camerounais? sont considérablement avancés, pour le grand bien des firmes américaines qui y sont engagées.

Bref, dans ces conditions, «la situation du Cameroun relève d?un exercice extrêmement difficile , débouchant sur une position à la
Salomon», comme dit un expert. «Le Cameroun, dit le Pr Narcisse Mouelle Kombi, est dans un jeu triangulaire, avec d?un côté la
France , de l?autre les États-Unis, et plus loin tout ce qui a trait aux pays arabes et aux pays du Sud en général». Cela peut s?appeler
du funambulisme diplomatique.

VALENTIN ZINGA
22/02/200

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