Les Camerounais expriment leur colère sur Chirac à New York

05/19/2004 - La manifestation des Camerounais des Etats-Unis a bel et bien eu lieu devant le consulat général de France. Malgré la « bénédiction » d’un ciel un peu trop trempé, la journée de travail essentiellement pluvieuse n’a pas empêché les Camerounais d’affronter les embouteillages monstres de New York pour se retrouver à l’heure au lieu de rendez-vous de la cinquième avenue.

Ils venaient de partout, comme Tala Protais, ce père de famille de New Haven, Connecticut, qui avait travaillé toute la nuit jusqu’à 7 heures du matin, pris le train à 7 heures 30, et se retrouvait avec les autres à 9 heures 30 pour crier en direction du consulat : « Chirac Must Stop Support Biya », « Biya Must Go », « No to Minat », « No to a War in Cameroon », etc.

D’autres, tels Jules Ngaleu Kontchou de l’UFDC ou Marcel Sime du Manidem, avaient voyagé la nuit durant, certains s’étant même égarés dans New York, mais répondaient bien présents à l’appel improvisé du CODE, un regroupement informel d’organisations politiques et des droits de l’Homme partageant le but commun qu’est la recherche du bonheur des Camerounais du pays.

De nombreux autres Camerounais de New Jersey, Connecticut et New York, travailleurs et étudiants, étaient fermement là, décidés à « en découdre avec la France », qu’ils considèrent comme « the Africa’s curse » (la malédiction de l’Afrique).

Sous la protection de la police new-yorkaise, essentiellement légère, puisque ramenée à deux éléments, le consulat général de France maintenait ses vitres soigneusement closes, qui trahissaient cependant la forme des têtes inquiètes à l’intérieur, surveillant le nombre grandissant ou tout débordement des Camerounais. Mais les Camerounais gardaient cependant un air bon enfant, répondant avec sourire et explications plus détaillées aux nombreux passants en voiture et à pieds qui s’arrêtaient pour demander, qui un tract à lire, qui un entretien avec un manifestant.

L’un des organisateurs, Raymong Tagnidoung, secrétaire général du CNR-MU s’entretenait pendant de longues minutes avec la police sur les intentions pacifiques des manifestants et le programme des acticités. Et les policiers se montraient par la suite plus détendus.

A 12 heures moins 15, un officier de police se présentait à l’entrée principale du consulat et signifiait aux manifestant que le consulat était prêt à recevoir la « Lettre Ouverte à Chirac », mais exigeait un seul délégué. Après quelques minutes de pourparlers avec un vigile noir américain, qui se montrait particulièrement tendu, s’en prenant tour à tour à la presse – en termes de « No cameras, no press inside » - et à la délégation de deux personnes que les manifestants avaient finalement imposée, le document était finalement déposé et reçu.

Sylvie Brunet, la secrétaire du chef de mission diplomatique, commissionnée pour recevoir la Lettre Ouverte, promit aux deux délégués, Raymond Tagnidoung et Marcel Sime, que le consulat général s’engage à transmettre le document par valise diplomatique au Président Jacques Chirac.

Vers 12 heures, les manifestants se séparaient, beaucoup regagnant leurs lieux de travail, tandis qu’une délégation, composée par Michel Bondoa de ACTE, Tagnidoung, Sime et Ngaleu Kontchou, se rendait au siège des Nations Unies sur la Première avenue, où un Mémorandum, avertissant l’ONU d’un risque de guerre au Cameroun si les élections étaient encore une fois truquées en faveur de Paul Biya, était déposé à l’attention du Secrétaire Général Koffi Annan.

Ndzana Seme
Partis de quelques têtes à 9 heures…
…la foule des manifestant s’agrandissait ver 10 heures
Opinions des manifestants...

Raymond Tagnidoung
"
La remise de la lettre aux Nations Unis est une preuve que nous les avions avertis sur les risques de guerre civile au Cameroun. Le Conseil National pour la Résistance, Mouvement Umnyobiste (CNS/MUN-USA) dont je suis le SG provisoire, ne peut qu'exprimer son désir de continuer la résistance jusqu'au triomphe final.  Au CNS/MUN nous pensons que le président Biya a épuisé ses mandats et ne devrait plus poser sa candidature, qui sera la mèche de la flamme d'une guerre civile.  Paul Biya avait changé la constitution sans referendum, qu'il a imposée au peuple.  Ce n'est pas parce que le peuple a accepté cette constitution pour éviter la guerre que Paul Biya et sa clique pensent que le peuple doit oublier ou avaliser tous les mandats qu'il a brigué depuis 1982.  A mon avis personnel, Biya est l'unique Camerounais dont le mandat à la présidence sera inconstitutionnelle. Ce n'est pas parce que Paul Biya dit que c'est une nouvelle constitution qu'il a deux mandats que ça lui donne la légalité.  Jacques Chirac avait changé la constitution de la France en 2000 par référendum et il a fait seulement deux mandats, parce qu'il respecte la souveraineté de son peuple.  Pourquoi Biya, qui est supposé être le meilleur élève de la France, ne fait pas comme les Français?
Je prie monsieur Biya qu’il investisse un autre membre du RDPC, prépare une transition pacifique, en acceptant créer les conditions d'élection de tous les Camerounais de l'intérieur et de l'extérieur, une commission électorale indépendante et non un observatoire, s'assurer que les élections sont à deux tours pour donner la chance à la nation de choisir un président véritablement national."

Marcel Sime
Il me revient que pendant que la manifestation se passait à New York devant le consulat de France, le chef de diplomatie française au Cameroun a avoué que cette manifestation qui se déroulait en double (Douala et New York) inquiétait sérieusement la France.
La France revoit dans nos actions les images et le tracé des mouvements de Téhéran.
Le plus réconfortant pour un combattant que je suis c'est que ce diplomate déclare que la France avoue n'avoir jamais envisagé le scénario de la protestation devant ses missions diplomatiques par les ressortissants d'un pays d'Afrique noire, et ceci l’inquiète sérieusement.
C'est dire que notre geste de protestation devant la communauté internationale, a été et sera à la dimension de la colère de notre peuple.
Cette déclaration d’un diplomate en poste fait comprendre que la France n’a jamais cru devoir prendre le peuple Camerounais pour des hommes libres et indépendants.
Notre action est  à poursuivre et sera repris avec beaucoup plus de ferveur dans les jours a venir, si la France ne répond pas à notre lettre ouverte dans les délais raisonnables. Ce ras le bol des Camerounais face aux agissements de la France au Cameroun a été porté aux nations Unies instrument de sauvegarde de la paix dans le monde.
Une façon de dire que la communauté internationale prendra ses responsabilités face à l’histoire car il est courant, même dans les vielles démocraties, que lorsqu'un peuple a épuisé les moyens diplomatiques pour rechercher une solution pacifique, il ne reste que la violence.
A ce jour, le terrorisme frappe aux portes de l’Afrique et n’épargne pas le Cameroun.
Le clergé annonce une révolution sociale pouvant déboucher sur une guerre civile, le peuple ne restera pas là,  les bras croisés à regarder la France agir, absolument pas. Le peuple va s’exprimer et dans ce cas, peu importe la méthode.
Notre appel à la communauté internationale exprime à suffisance la maturité du peuple camerounais et tranche net avec l’avis injurieux du président Français qui dit que l’Afrique n’est pas assez mature pour la démocratie.
Si la position de la France incarnée dans celle de son président ne varie pas, tous, nous assumerons devant l’humanité. 
Nous lutons pour ce en quoi nous croyons.
Nous sommes bien conscients de ce que la France a fait en nouvelle Calédonie, mais combien d’Eloi MACHORO sont déjà né sur les cendres de Eloi MACHORO ? Combien de OUANDIE Ernest sont au Cameroun depuis le 15 Janvier 1970..?
Si le spectre de la Guerre au Cameroun finit par devenir réalité, la France ne sera pas gagnante.
Le peuple camerounais va s’exprimer, et nous nous chargerons de traduire.
Michel Bondoa
"Cette manifestation avait pour objectif la démonstration du mécontentement des Camerounais face au soutien du président français au dictateur Paul Biya. 

Le raz le bol des Camerounais n'est qu'une étape parmi tant d'autres. Nous sommes déterminés à continuer notre lutte tant que la France ne se désolidarisera pas du régime Biya.  La communauté internationale sera témoin de ce qui pourra arriver au Cameroun en cas d'une élection présidentielle frauduleuse et non transparente prévue en Octobre 2004. 

Tous les indicateurs sont au rouge pour une guerre civile au Cameroun.  Actuellement le Cameroun est une bombe à retardement qui peut s'embraser à tout moment.  N'oublions pas ce qui s'était passé en Algérie avec l'implication de la France dans le processus des élections. En décembre 1991 le Front islamique du salut (FIS) était victorieux lors de la première étape des élections législatives, mais l'armée prit le pouvoir et annula les élections. Les membres du FIS furent immédiatement soit arrêtés, soit tués et le FIS interdit. Le pays sombra dans la violence et le terrorisme, qui perdurent jusqu’aujourd’hui. Feu Mongo Beti nous avait souvent rappelé que le départ des Français d’une colonie, depuis Haiti il y a 200 ans, s’est toujours opéré dans le désastre, la terreur et le génocide. C’est pour cela aussi que la France est effectivement une malédiction pour les anciennes colonies françaises, classées aujourd’hui parmi les pays les plus pauvres du monde.

Le mémorandum des Camerounais remis au Secrétaire Général de L'ONU est par conséquent un avertissement de ce qui se prépare au Cameroun.

En tant que Président de l'ACTE (Association des Camerounais pour une Totale Emancipation) aux USA, je lance un vibrant appel à tous les Camerounais épris de bonne volonté de lutter pour la libération totale du Cameroun, en se joignant à nous.

Veuillez nous joindre au 973-632-9763"
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