Lettre ouverte à Jacques Chirac
Par les Camerounais des Etats-Unis

New York, le 19 Mai 2004

Monsieur le Président de la République,

Nous, Camerounais installés aux Etats-Unis, sommes sidérés par le soutien tous azimuts que vous déployez actuellement en faveur de Paul Biya comme candidat aux élections présidentielles de 2004, malgré les risques de guerre civile que présente votre n-ième intervention française contre la démocratie au Cameroun.
Le Parrain et certains de ses suppôts
Nous n’avions trouvé aucun humour lorsque vous aviez déclaré il y a quelques années au microphone du journal Le Canard Enchaîné, s’agissant de l’Afrique, qu’« Il faut que les dictateurs gagnent les élections, sinon ils ne les organiseraient plus ». Ceci démontrait de votre part un mépris constant pour les nations africaines, mépris qui remonte à l’époque du Général Charles de Gaulle et de la tragédie coloniale française.

Il y a quelques semaines encore, vos proches déclaraient que Paul Biya est actuellement le meilleur candidat aux élections présidentielles de 2004, sous prétexte qu’il incarnerait la stabilité, alors que Paul Biya lui-même n’avait encore ni déclaré sa candidature, ni fixé la date des élections. Une telle est déclaration est provocatrice, similaire à tout point de vue à celle d’un militant du parti-Etat le RDPC – une organisation qui, depuis 1983, orchestre les détournements des votes des Camerounais au profit de Paul Biya, en usant d’intimidations et de terreur - est perçue comme une déclaration de conflit par le gouvernement français au Peuple Camerounais debout contre le dictateur Paul Biya.

Vous venez cependant de confirmer votre soutien à votre ami Paul Biya avec votre nomination de Jean François Vallette comme ambassadeur au Cameroun, du Togo où il venait de briller en Juin 2003 pour avoir « couvert » et « assuré » la réélection de votre autre ami Eyadema, en même temps que vous obtenez des bailleurs de fonds qu’ils assouplissent leurs positions envers le gouvernement de Biya aux approches des élections. Vallette s’est déjà attelé à l’exécution de vos œuvres basses, en refusant le visa d’entrée en France aux leaders de l’opposition désireux d’ameuter le monde - le Manidem en est la dernière victime - tandis que les militants du RDPC ont le visa garanti.

Dans le contexte actuel, c’est le Minat (Ministère de l’administration territoriale, équivalent du ministère français de l’intérieur), c’est-à-dire en réalité le président-candidat Paul Biya, qui organise et contrôle de bout en bout l’ensemble du processus électoral, dont il est de ce fait à la fois juge et partie, joueur et arbitre, comme au Togo d’Eyadema. La preuve en est que toutes les irrégularités et toutes les fraudes commises par les préfets et les sous-préfets, agents territoriaux du Minat, appuyés pour ce faire par les forces armées et les milices armées fidèles à Biya, sont systématiquement couvertes et avalisées par le président camerounais.

La mission du Minat depuis l’indépendance, depuis que Jacques Foccart, sur instructions du Général Charles de Gaulle, avait construit de système néo-colonial en place à Yaoundé, est de manipuler les scrutins de telle manière que le chef d’Etat en exercice, candidat naturel, en sorte toujours « vainqueur ». Votre déclaration, prétendument humoristique, au micro du Canard Enchaîné est par conséquent une manière cynique de dire qu’aucune démocratie n’est possible tant que le système De Gaulle-Foccart, dont votre propre formation politique est héritière, gouverne les anciennes colonies françaises d’Afrique.

Au Cameroun, il faut être déjà au pouvoir – les deux présidents jamais arrivés au pouvoir depuis les indépendances l’ont tous été grâce à l’aide de la France - pour « gagner » une élection, puisqu’il faut avoir la haute main sur le Minat et ses agents territoriaux pour bénéficier de la fraude.

Le Minat, chargé de l’établissement des listes électorales et d’assurer la conduite des scrutins, s’est surtout fait connaître au monde comme l’organisation qui est capable de fabriquer deux ou trois fois plus de fausses cartes d’électeur que les huit millions de cartes attribuées aux huit millions d’électeurs potentiels. Lors du double scrutin de 2002, neuf mille fausses cartes de ce genre étaient découvertes au domicile à Douala de Mme Françoise Foning, militante de choc du RDPC du président Biya et amie personnelle de Chantal Biya. En 2004, le Minat trouvera sans peine des milliers de Foning, avec neuf mille cartes chacun pour neutraliser et noyer complètement l’effet des huit millions de cartes mises à la disposition des huit millions d’électeurs potentiels.

En Avril dernier, vous permettiez à Françoise Foning et sa troupe, importée du Cameroun par charters entiers, de manifester publiquement à l’aéroport et ailleurs à Paris leur soutien à Paul Biya, venu participer à un sommet sur le bassin du Niger. Mais parallèlement vous aviez ordonné que la manifestation des Camerounais de la diaspora européenne contre Paul Biya et pour des élections libres et transparentes soit déplacée de l’avenue Kleber, où elle devait se tenir devant la Salle de Conférence Internationale, pour la Place de Trocadéro où le cortège de l’intéressé ne passait pas, afin d’éviter au dictateur du Cameroun un accueil à la mesure de ses 20 ans de crimes, de détournements de biens publics et de corruption.

Par conséquent, il n’y a aucune chance qu’une personne, autre que celle acceptée par le pouvoir en place et par la France, prenne le pouvoir au Cameroun, à moins que le Minat, propriété privée du Chef de l’organisation mafieuse qu’est l’Etat au Cameroun, ainsi que tout autre organisme de l’Etat, soient totalement écartés de l’organisation et de la conduite des élections présidentielles au Cameroun.

Le peuple camerounais est désormais conscient que c’est la France, à travers son soutien ouvert au dictateur Paul Biya, qui l’empêche d’établir le gouvernement par le peuple et pour le peuple dans notre pays. Le Peuple camerounais tiendrait la France pour responsable de la tragédie qu’il endure depuis plus de 20 ans que l’Elysée lui a imposé Paul Biya à la tête du pays.

Une tragédie marquée par la situation économique désastreuse actuelle où les Camerounais sont plus pauvres qu’en 1960, où 14 millions de Camerounais sur un total de 15 millions manquent d’eau potable et sont exposés au choléra, où le trafic intensif sur les seuls axes routiers construits dans les années 1970 tue plus que le Sida, où les coupures horaires d’électricité et d’eau paralysent toute activité économique et sociale, où l’épargne postale des petits épargnants camerounais actuellement en pleurs (plus de 20 milliards de francs CFA) vient d’être détournée et la Caisse d’Epargne Postale tout simplement fermée, sur les pas des banques camerounaises ainsi fermées en fin des années 1980 et les fonds détournés par et partagés entre les coopérants français et le clan Biya, où le taux de chômage est supérieur à 55 pourcent de la population active, où le PIB per capita a chuté de 749 dollars en 1980 à 570 dollars en 2000, où le Cameroun est devenu le pays le plus corrompu de notre planète, mais également où le président Paul Biya vient de s’acheter un nouvel avion, cash (usant ainsi de l’argent de la petite épargne postale et d’autres détournements), malgré l’objection même du FMI et de la Banque Mondiale…

Les évêques du Cameroun, confidents historiques des âmes, avertis de cette situation de désespoir que vivent les populations camerounaises à cause de la dictature Paul Biya, attirent régulièrement ces derniers mois l’attention des pouvoirs publics sur les risques d’embrasement de notre pays dans la guerre civile, si des élections frauduleuses favorisaient encore une fois Paul Biya en 2004.

La FIDH (Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme) avertissait déjà dans son rapport d’octobre 2003 que « le Cameroun se dirige vers un scénario d’implosion à la zaïroise ».

Car, lorsque aucune solution politique n’est plus possible, après avoir épuisé autant les méthodes de soulèvement populaire que la patience et les stratégies pacifiques, il ne reste plus à tout Peuple que la solution armée pour reprendre sa souveraineté.

Les Camerounais installés aux Etats-Unis ne veulent pas que le Cameroun connaisse une tragédie comme celles vécues au Rwanda, en RDC ou en Côte d’Ivoire. Nous pensons encore que la solution politique peut prévaloir pour l’établissement pacifique d’un système démocratique au Cameroun par le Peuple camerounais lui-même.

Mais les mêmes ingrédients qui ont conduit à l’éclatement de la guerre civile en Côte d’Ivoire, à savoir l’organisation d’élections non libres et non transparentes dans un environnement social où le clan gouvernant avait déjà semé les germes de la haine et des conflits ethniques pour s’ancrer au pouvoir, sont bien en place actuellement au Cameroun. Nous pensons que même le peuple français n’accepterait pas que vous jouiez le médecin après la mort au Cameroun, à l’image de la Côte d’Ivoire où votre maintien de 5.000 soldats coûte actuellement 20 milliards de francs par mois aux contribuables français. La complexité du Cameroun imposerait un coût plus élevé à la France, pour le maintien de la paix, au cas où la situation se dégénérait.

Si la condition première pour une transition du système dictatorial à un système démocratique est le passage par des élections générales libres et transparentes couronnées par le choix des meilleurs représentants du Peuple, la condition première pour des élections libres et transparentes au Cameroun est l’exclusion totale et inconditionnelle du Minat et de tout autre organe gouvernemental du processus électoral au Cameroun.

L’intervention de l’Etat, notamment le gouvernement, dans le processus électoral est la cause de l’échec de la démocratie au Cameroun et sera la cause de l’embrasement de notre pays dans la violence.

Monsieur le Président, vous rendrez un service historique à la France en vous désolidarisant d’un dictateur comme Paul Biya, qui n’apportera qu’instabilité au Cameroun. Tout soutien que vous apporterez à un Paul Biya vomi par son Peuple ne pourra qu’alimenter un sentiment anti-français dans la société camerounaise et vous aliéner le Cameroun. Les peuples ont beaucoup appris ces derniers mois comment résister aux forces étrangères d’occupation, fussent-elles prétendument de maintien de la paix ou de libération.

Par contre, vous avez actuellement une opportunité historique de nouer une relation séculaire avec le Peuple camerounais, en obtenant de Paul Biya que l’élection présidentielle prochaine soit totalement libre et transparente, seule solution actuelle pour la paix au Cameroun.

Nous vous appelons vivement à vous joindre au Peuple camerounais, en l’aidant à établir un système démocratique, qui seul garantira une saine coopération avec la France.

Demandez à Paul Biya de s’interdire de modifier la Constitution et que toute modification de la Constitution camerounaise se fasse uniquement par référendum libre et transparent.

Demandez à Paul Biya et son gouvernement de rester à l’écart de la gestion du processus électoral au Cameroun, en acceptant d’exclure totalement et sans condition le Minat et tout autre organisme étatique gouvernemental de la gestion des élections.

Demandez à Paul Biya et son gouvernement de laisser le Peuple Camerounais constituer librement un organisme indépendant chargé d’organiser, conduire le déroulement et proclamer les résultats des élections au Cameroun.

Demandez à Paul Biya et son gouvernement d’accepter les résultats des votes des Camerounais de la diaspora, supervisés par le nouvel organisme indépendant de gestion des élections constitué par le Peuple Camerounais.

Le peuple français, ainsi que le peuple camerounais, vous en seraient reconnaissants.

Pour les Camerounais des Etats-Unis, représentés dans plusieurs partis politiques et organisations non gouvernementales du Cameroun et des Etats-Unis, ont signé:


- Pour ACTE (Association of Cameroonians for a Total Emancipation of Cameroon)


Michel Bondoa
Président

- Pour le CNR/MUN (Conseil National de la Résistance – Mouvement Um-Nyobiste)

Raymond Tagnidoung
Secrétaire Général, pi

- Pour AIA (Action against Impunity in Africa Inc.)

Leon Tuam
Secrétaire Général

- « Fanon » Ngomo


- Pour le Manidem (African Movement For New Independence and Democracy)

Marcel Sime
Président USA Section

- Pour l’UDC (Union pour la Démocratie au Cameroun)

Patrick Tchokokam
Représentant aux USA

- Pour l’UFDC (Union des Forces Démocratiques du Cameroun)

Jules Francois Ngadeu Kontchou
Représentant aux USA

- Josue Tongtong
Retour page de garde