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CONGO-RD
Sous commandement américain, les troupes de l’ONU incapables de sécuriser l’Est
Bukavu sous contrôle d’officiers dissidents de l’ancienne RDC-Goma

Par
D. Dadei, Le Soft, Kinsasha

MISE EN LIGNE LE 2 JUIN 2004 | BUKAVU, GOMA 2 JUIN 2004 | AFP | LE SOFT 2004.
La grande métropole de l’Est de l’ex-Zaïre, Bukavu, est tombée aux mains de soldats dissidents de l’ancienne rébellion du RCD-Goma dont l’avenir politique paraissait désormais incertain. Les troupes du général Laurent Nkunda et du colonel Jules Mutebusi «contrôlent la ville» de Bukavu, a déclaré une source onusienne ayant requis l’anonymat. L’armée loyaliste n’a opposé aucune résistance, malgré les déclarations de son commandant Félix Budja Mabe, qui, la veille, avait rompu le cessez-le-feu négocié par la MONUC, et menacé les insurgés: «Qu’ils (les dissidents) se retirent de ma région, c’est la condition au cessez-le-feu».
«Laurent Nkunda a été vu dans le quartier de Nyawera à la résidence du gouverneur du Sud-Kivu», a affirmé une autre source de l’ONU, qui a requis l’anonymat.


FAIRE CONTAGION.
La MONUC a déclaré ne pas être dotée d’armes pour faire face aux insurgés qui disposent d’armes importantes dont des batteries anti-aériennes.

Général de brigade au sein de la nouvelle armée congolaise, Laurent Nkunda, un Tutsi originaire du territoire de Rutshuru voisin de l’Ouganda, province du Nord-Kivu, est un ancien commandant de région militaire avec siège à Kisangani alors que le colonel Mutebusi est un Tutsi Banyamulenge originaire du Sud-Kivu.

Officier du renseignement, le général Nkunda est sorti major de sa promotion lors d’une session de formation politico-militaire organisée par l’ex rébellion du RCD-Goma.

«Nous avons libéré la ville», a-t-il déclaré.

Plus tôt dans la journée, le colonel Mutebusi avait affirmé contrôler la ville à la suite de combats dans la matinée.

Les soldats dissidents étaient répartis en deux groupes: l’un à Bukavu et l’autre au nord de la ville, près de l’aéroport Kavumu.

Une importante délégation ministérielle congolaise arrivée dimanche de Kinshasa, a été évacuée en catastrophe de Goma par hélicoptère de la MONUC, faisant foi à des rumeurs selon lesquelles «une nouvelle colonne avançait de Rutshuru vers Goma». Un analyste a fait savoir que «Goma n’est plus désormais différent de Bukavu» - Laurent Nkunda étant basé à Goma.

Arrivée à l’origine pour entamer des négociations avec les dissidents du RCD-Goma et «soulager la population», la délégation gouvernementale est restée clouée à Goma, pendant trois jours, et s’était mise sous protection de la mission onusienne, sans prendre aucun contact avec les habitants.

Cette délégation comprenait, outre le ministre de la Défense Jean-Pierre Ondekane issu de l’ex-rébellion du RCD-Goma, d’emblématiques personnalités du camp présidentiel dont le ministre de l’Intérieur Théophile Mbemba, le ministre de l’Information Vital Kamerhe, le conseiller spécial du chef de l’État en charge de la sécurité Samba Kaputo, le chef du renseignement militaire Didier Katumba, ainsi que le chef d’état-major général de la nouvelle armée.

Les deux chefs des soldats dissidents affirment vouloir protéger la communauté Tutsie, dont ils sont issus.

Dans une déclaration reçue au «Soft», un groupe de «députés et sénateurs en séjour actuellement à Goma» - en tête Bizima Karaha, John Kanyoni Nsana et Emmanuel Kamanzi - dit «suivre avec beaucoup de peine les événements dramatiques en cours à Bukavu».

Le groupe souvent très critique face à la politique conduite à Kinshasa, et qui a déserté la Capitale, a demandé un «débat interne» au sein du RCD-Goma sans l’obtenir.

Denis Ntare Semandwinga, un influent membre du RCD-Goma, déclarait récemment au «Soft»: «Je crois que nous avons un parti qui siège au gouvernement, qui a des personnalités très attachantes, très intelligentes et des capacités qu’elles ont démontrées. Rien n’est parfait dans toute organisation. Je pense aujourd’hui que ça ne serait pas trop demander que d’interpeller le leadership du RCD pour que dans le contexte politique qui se développe aujourd’hui, et que l’on peut déplorer, qu’on puisse s’arrêter, faire un état des lieux, regarder par rapport à ce pour quoi nous avons combattu, quelle est la direction que prennent les choses, évaluer les hommes pour voir s’ils sont toujours à la hauteur des responsabilités qu’ils assument et recadrer l’action du mouvement autant que les ressources humaines» («le Soft», n°789 daté 20 mai 2004).

Dans son texte daté du 28 mai, le groupe de députés et sénateurs dit «condamner» «les affrontements armés qui ont lieu dans la ville de Bukavu depuis le 26 mai», et «regretter» «leurs conséquences, à savoir, massacres, destructions matérielles, pillages et toute la misère sociale qui en découle».

Il «constate que ces affrontements deviennent de plus en plus cycliques dans la ville de Bukavu, risquent de faire contagion, et semblent être liés à la lenteur dans le processus d’intégration et de formation de la nouvelle armée».

Il demande à la MONUC «de privilégier la mise en œuvre systématique et courageuse de son rôle d’intermédiaire et de conciliateur» plutôt que de «recourir au chapitre VII, qui pourrait avoir pour conséquence de radicaliser les positions des uns et des autres, et de détruire ainsi les chances de gagner et de maintenir la paix».

Il «exhorte» «vivement le CIAT de jouer pleinement son rôle d’arbitre et d’accompagner le processus de transition, notamment en facilitant l’accélération et l’intégration de l’armée». Il «invite» «instamment le Gouvernement à définir et à appliquer rapidement et activement des mesures spéciales pour assainir la situation tant politique que militaire à Bukavu, et, en particulier, pour résoudre le problème des «officiers sans fonction ou suspendus, dont la condition constitue une cause réelle d’affrontement».


UNE CRISE POLITICO-DIPLOMATIQUE.
Il prie «le Gouvernement d’œuvrer efficacement, à travers les autorités politiques, militaires, administratives et autres acteurs locaux pour une cohabitation harmonieuse durable entre communautés ethniques de la province du Sud Kivu en particulier et de toute la République Démocratique du Congo en général»

Les officiers RCD-G Laurent Nkunda et Jules Mutebusi auxquels se sont joints d’autres dont Bernard Biamungu, ancien commandant de région militaire avec siège à Goma, puis à Kindu, s’étaient, au départ, déclarés prêts à négocier mais le camp gouvernemental paraissait partagé, au tout début de la crise, entre les tenants d’une thèse dure - il faut attaquer et punir les insurgés - et ceux d’une thèse de conciliation - obtenir l’arrêt des combats par la négociation.

Le chef de l’État Joseph Kabila semblait avoir mis tout son poids dans la balance et ordonné le départ à l’est de tout ce qui, en première ligne, se réclame de lui: son conseiller spécial en chargé des questions de sécurité Samba Kaputo, son ministre de l’Information et de la Presse Vital Kamerhe, son ministre de l’Intérieur Théophile Mbemba - ceux-ci faisant partie d’une délégation conduite par l’un des quatre Vice-présidents de la République, Azarias Ruberwa Manywa alors que face à une valse hésitation qui a fait bloquer ceux-ci trois jours durant à Goma, il faisait atterrir directement à Bukavu, sur la piste aéroportuaire disputée, une deuxième délégation composée de son dernier carré.

Conduite par le ministre MLC des Affaires étrangères Antoine Ghonda Abilingi, elle était placée sous la direction de l’homme fort du régime, Augustin Katumba Mwanke, ancien ministre délégué à la Présidence de la République du gouvernement d’avant Sun City.

Faisaient partie de cette deuxième cornée: l’ancien ministre de l’Information Kikaya Bin Karubi devenu secrétaire particulier du chef de l’Etat et l’ancien ambassadeur à Washington André Kapanga, camarade de l’époque de l’Anacoza. Manifestement, la diplomatie avait peu voix au chapitre, en dehors de l’ancienne puissance colonisatrice dont le ministre des Affaires étrangères Louis Michel en pleine campagne électorale pour les Européennes, a donné par deux fois de la voix, qualifiant «d’inacceptables les événements du Kivu» et Paris de «graves».

Patron de la MONUC, l’Américain William Lacy Swing semblait ne pas se préoccuper outre mesure de la crise voulant sans doute faire triompher la diplomatie secrète. Son patron direct aux Nations Unies, l’adjoint au Ghanéen Kofi Annan a été très clair le 26 mai à Kinshasa à l’issue d’une énième visite dans la sous-région alors que la crise de Bukavu faisait rage.

«Le grand défi qu’il s’agit de régler une fois pour toutes consiste à mettre fin aux activités des groupes armés des ex-FAR et Interahamwe qui sont une menace pour la population civile du Congo et qui empoisonnent les relations régionales alors que la voie est ouverte à une politique de réconciliation régionale entre le Rwanda et la RDCongo. Je crois que la question du désarmement des ex-FAR et Interahamwe est effectivement une priorité. N’oublions pas que ce sont des génocidaires».

Et de poursuivre: «Il faut une stratégie globale qui exige d’abord un engagement fort de la République Démocratique du Congo, qui est en première ligne sur cette affaire» et qu’il est «clair que les Forces armées congolaises ont un rôle déterminant et décisif à jouer».

Or, il apparaît, même dans cette nouvelle crise, que ce sont ces ex-FAR et Interahamwe qui sont les premiers à voler au secours du camp présidentiel et que ceux-ci sont des alliés dont il pourrait ne pas se séparer longtemps sauf à signer son arrêt de mort.

De là, on peut comprendre dans quels termes se pose la crise de l’ex-Zaïre et, par ricochet, celle de la région des Grands lacs. Une crise politico-diplomatique qui met aux prises des alliances et des intérêts stratégiques qui empêcheraient Kinshasa à avancer sur la voie de la réconciliation, de la normalisation et de la reconstrcution dans la sous-région.

Elle préfigure une réforme en profondeur du RCD-Goma. Depuis sa création en 1998, ce mouvement a connu plusieurs dirigeants: Ernest Wamba dia Wamba, Émile Ilunga Kalambo, Adolphe Onusumba Yemba, puis Azarias Ruberwa Manywa. Avec sa victoire militaire à Bukavu, «nul doute que le général Laurent Nkunda apparaît désormais au moins comme le nouveau chef militaire» de ce mouvement politico-militaire né à l’est de l’ex-Zaïre, et qui pourrait ne plus s’appeler RCD-Goma, selon des analyses concordantes.


RDC: Emeutes contre la MONUC après l’incursion de troupes insurgées à Bukavu
KINSHASA, le 3 juin (IRIN) - Des émeutes ont pris pour cible les locaux des Nations Unies jeudi matin à Kinshasa, suite à l’attaque mercredi par des soldats insurgés, de la ville de Bukavu, à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Des milliers de Congolais, menés par des étudiants, ont jeté des pierres sur les bâtiments du quartier général de la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC), dans la capitale de la RDC. Les émeutiers protestaient contre l’insurrection de soldats dans la ville de Bukavu, qu’ils percoivent comme une défaillance de la part des troupes des Nations Unies dans la ville. Les troupes insurgées sont conduites par le col Jules Mutebusi et le gen Laurent Nkunda. Tous deux affirment défendre les ressortissants de leur ethnie Banyamulenge, des Congolais d’origine tutsie selon eux victimes de violences.

"Nous manifestons pour dire a la MONUC d'appliquer le chapitre VII [de la Charte des Nations Unies qui autorise la MONUC à utiliser la force pour le maintien de la paix] et laisser la transition congolaise aller aux élections," a dit Antoine Kabuya, un des étudiants qui manifestaient.

La MONUC et la police congolaise ont utilisé du gaz lacrymogène et tiré des coups de feu pour disperser les manifestants. Les émeutes se sont étendues aux villes de Lubumbashi, Kisi, Bukavu and Goma. Dans la capitale, les commerces et écoles étaient fermées jeudi, et les rues bloquées par des barricades enflammées.

Hamadoun Toure, porte-parole de la MONUC à Kinshasa, a fait part de deux morts et de plusieurs blessés dans la manifestation. Il a confié à IRIN que la MONUC n'est pas en mesure de commenter la situation à Bukavu pour l’instant. Mais selon lui, Bukavu n’était jeudi contrôlée par personne. Il affirme que le col Jules Mutebusi a accepté après des discussions avec la MONUC de cantonner ses troupes dans la ville.

Les émeutes de jeudi font suite à une apparition du Président congolais Joseph Kabila à la télévision, au cours de laquelle il a appelé le pays à se mobiliser et à faire face à l’insurrection de Bukavu, selon lui appuyée par le gouvernement du Rwanda. Anselme Enurunga, minister congolais de l’environnement, a dit à IRIN que le Rwanda avait envoyé 5000 soldats de l’Armée Patriotique Rwandaise, pour prendre Bukavu.

A Kigali, le ministre rwandais des affaires étrangères Charles Murigande, a dit à IRIN: "Nous n’avons jamais attaqué le Congo, et il est regrettable que le Président Kabila prenne cette position. Nous n’avons pas de troupes en RDC". Il a ajouté: "Je pense que les autorités congolaises n’ont pas pu maîtriser la rébellion au sein de l’armée et essaient de se servir du Rwanda comme bouc-émissaire".

A Bukavu, la MONUC affirme patrouiller dans les rues. La Croix Rouge locale a rapporté quatre morts pendant la nuit de mercredi à jeudi. Selon Lucia Alberghini, représentante d’OCHA à Bukavu, les pillages se poursuivaient jeudi matin.
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