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| Six mois pour en finir avec la corruption Par Ndzana Seme Toute solution révolutionnaire évite rarement de paraître comme un commerce d’utopies avec une population maintenue longtemps dans l’impasse. Pourtant, l’impasse s’est ancrée, non pas parce que les solutions manquent, mais plutôt parce que les solutions sont combattues, persécutées. Nos pays africains, connus par le monde uniquement pour leurs crises et leurs désatres - même disproportionnellement amplifiés par les médias occidentaux - sont plus victimes du manque d’organisation que d’une supposée malédiction. Pourtant les Africains, ceux-là mêmes qui souffrent de l’inorganisation à eux imposée par ceux qui en profitent et qui ont intérêt à les maintienir dans une condition de sans-voix, débordent de solutions pour changer leur sort. Ces Africains-là ne trouveraient donc pas qu’une solution d’en finir avec la corruption en six mois soit utopique. L’Etat est une organisation à but non lucratif, dont se dote librement un peuple pour résoudre les grands problèmes que les individus isolés ne pourraient pas résoudre. Le mauvais départ en Afrique est que l’Etat, loin d’être une construction du Peuple pour résoudre les problèmes du Peuple, est plutôt une organisation pour le contrôle et l’exploitation des populations indigènes, léguée par l’occupant colonial partant à ses suppôts locaux. Parce que les suppôts de l’ancien occupant colonial, à la tête de ce que nous appelons abusivement Etat chez nous, remplissent leur rôle de maintien des populations gouvernées dans une condition de sans-solution, afin de mieux les dominer et exploiter, l’avènement de l’Etat du Peuple n’est possible qu’après la liberation de nos pays des griffes des serviteurs des intérêts d’occupation, généralement les intérêts occidentaux. Mais la Libération en elle-même ne serait qu’un début, au demeurant exposé à voir surgir d’autres problèmes, que l’ordre ancien créerait sous forme de contre-attaques. Par conséquent, entre autres, la réussite de la Libération passera par la fin de la corruption, une vermine sociale qui nie les droits humains fondant une société de justice et de progrès, établit la domination des plus forts sur les plus faibles, décourage le goût de l’effort de production, sape l’honneur et le patriotisme qui fondent le succès des grandes nations. La lutte contre la corruption devrait commencer par des campagnes d’éducation des populations sur la connaissance de leurs droits à l’accès au bénéfice des produits et services publics que delivre l’Etat. La promotion des droits n’est plus efficace uniquement à travers les médias et les paneaux extérieurs, elle l’est encore plus sur les lieux où les services et produits dont les citoyens ont droit sont delivrés. Un bon example en est que, dans un office d’assistance étatique à des personnes victimes, le personnel de l’office aura l’obligation d’expliquer et de remettre au demandeur du service, la loi qui lui donne droit au service, ainsi que toutes les procédures d’appels librement laissées à sa disposition au cas où le service lui serait refusé. Le demandeur du service devrait avoir reconnu, en signant, qu’il/elle a bien compris la loi ainsi que ses droits. L’explication des lois et des droits des demandeurs de services doit être systématique partout où un service ou produit public est delivré, que ce soit par une entité publique ou une entité privée. Car le droit est une condition fondamentale de lutte contre la domination et la corruption. Une campagne intensive d’explication des lois et des droits, d’une durée de deux mois, semble suffisante pour que les populations comprennent que leur accès au bénéfice des services et produits publics dépend, non pas du bon vouloir de l’agent ou fonctionnaire chargé de traiter leur demande, mais plutôt de la situation et des conditions qui leur en donnent le droit. Les deux mois de campagne sur les droits devraient être utilisés pour mener des tests et des sondages, afin de prendre la température de l’accueil réservé aux nouvelles mesures. Ces deux mois serviraient surtout à mettre sur pieds et à former des milliers d’agents secrets qui couvriraient tout le territoire et tous les services publics. Ces agents secrets auraient pour mission de jouer le rôle autant de corrupteur que de corrompu, afin d’établir des preuves judiciaries nécessaires pour traduire les suspects corrompus et les corrupteurs devant les tribunaux. Tout laisse penser que pendant les troisième et quatrième mois de l’opération anti-corruption, des milliers d’individus seraient traduits en justice pour crimes de corruption. Il est surtout essentiel que les audiences des tribunaux traitant des affaires de corruption soient publiques, avec l’accès accordé aux medias, qui créeraient ainsi des émissions de grande écoute appropriées, financées au besoin sur fonds de l’Etat. Tous les moyens de terreur positive des populations devraient être utilisés pour décourager quiconque à user de corruption pour obtenir un avantage dans un organisme public ou privé. Les cinquième et sixième mois de l’opération devraient en principe enrégistrer beaucoup moins de cas de crimes de corruption. Pendant cette période, une evaluation des résultats atteints devrait être menée, ainsi que les différents impacts sur l’économie, les rentrées fiscales, le taux de satisfaction du public, ainsi que les nouvelles stratégies et tactiques à lancer pour en finir définitivement avec la fléau, en répandant ainsi une culture anti-corruption dans tous les secteurs et domaines de la vie. Le succès d’une operation anti-couuption passe surtout par les pleins pouvoirs donnés aux magistrats chargés de la lutte contre la vermine. Ces magistrates auraient des unités spéciales de la police sous leurs ordres, avec le pouvoir d’ordonner l’arrestation de quiconque, sans considération du “tu sais à qui tu as affaire?”. TAI - 06/18/2004 |
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