| Le Pétrole, instrument de soutien de l’Etat Français aux dictatures Les basse oeuvres d’Elf en Afrique devant les tribunaux 04/29/2003 - L'”affaire Elf” est jugée à partir d’hier lundi et pendant quatre mois par le tribunal correctionnel de Paris, permettant ainsi de lever un pan de la face cachée des relations de la France avec certains pays africains producteurs de pétrole. Si tout n'a pas encore été dit par les protagonistes, les confidences distillées par leurs avocats indiquent que les trois principaux prévenus du procès (Loïk Le Floch-Prigent, Alfred Sirven et André Tarallo) vont dire un peu plus sur les turpitudes de la compagnie pétrolière. Le président Omar Bongo de l’émirat pétrolier d’Afrique Centrale qu’est le Gabon était récemment cité par Tarallo comme l’un des parrains de la mafia terroriste et financière qu’a été Elf ces quarante dernières années. Le dictateur du Cameroun, Paul Biya, doit son arrivée au pouvoir à Elf. Denis Sassou Nguesso, un autre chef de guerre et dictateur dirigeant de la république du Congo, avait en 1999 arraché le pouvoir au président “élu” Pascal Lissouba grâce aux armes fournies par Elf qui soutenait les deux parties en conflit. En Angola, Elf finançait tout aussi bien le MPLA de Dos Santos que l’UNITA du défunt Savimbi en guerre. Pour ne citer que le peu. Centrée sur des détournements de fonds ayant atteint 183 millions d’euros, l’affaire Elf est ou devrait être en réalité le procès de la malédiction coloniale française en l’Afrique. Ndzana Seme Que Elf, une entreprise évoluant sous le masque d’une affaire privée, ait pu diriger et couvrir les réseaux politiques et financiers français qui font et défont les régimes à la tête des Etats africains, ne devrait pas surprendre. Le principe simple en est qu’il est plus facile à une firme internationale d’imposer sa volonté à un régime dictatorial en pays pauvre qu’à un régime démocratique dans un pays économiquement à l’aise. Lorsqu’en février 1993 nous publions dans un journal camerounais (LNE # 13) l’information selon laquelle Paul Barril, le patron de la garde présidentielle de Paul Biya de l’époque, un mercenaire spécialiste des coups d’Etat en Afrique, ancien numéro 2 du GIGN (groupement d’intervention de la gendarmerie nationale) française, était des mois auparavant un employé cadre de Elf-Serepca à Douala logeant à l’hôtel Indépendance, nous ignorions nous-mêmes à quel point Elf avait la main longue en Afrique. En effet quelques mois plus tard au Rwanda, lorsque l’avion du président Habiarimana était abattu, mettant ainsi le feu aux poudres du génocide rwandais, Paul Barril paraissait subitement devant la presse pour chanter qu’il détenaît la boîte noire de l’avion abattu. Paul Barril est celui qui détient le secret de l’organisation du génocide rwandais. Toutes les enquêtes du TPR ont ignoré ce mercenaire français qui a, depuis lors, disparu dans la nature. Elf connait aussi ce secret, mais cet autre cas est exclu de l’affaire Elf en procès actuellement. Pas moins de trente sept acteurs du scandale vont défiler devant le tribunal parisien. Parmi lesquels aucun homme politique. Du menu frétin, dirait-on, pour l’affaire de quarante ans d’une politique pétrolière française ayant aligné des millions de morts en Afrique, conforté des dictatures qui maintiennent ces pays dans la pauvreté pour mieux y régner en pillant toutes les resources existantes, pollué l’environnement africain sans autre forme de procès… Elf a été un outil privilégié des réseaux post-coloniaux français initiés par Jacques Foccart sous le régime de Charles de Gaulle. Mais ce qui est souvent mis en vue lorsqu’on parle de ces réseaux terroristes de sabotage des sociétiés et économies africaines, ce sont les affaires sensationnelles de sexe, de châteaux et de comptes à numéros. L’ordonnance de renvoi (600 pages au total) du juge en charge fait état de cas de haute trahison qui rendraient les chefs d’Etat du Gabon, du Congo, de l’Angola ou du Cameroun punissables de peines judiciaries élevées, en dehors de leur destitution. Malheureusement nous sommes en Afrique et en France, où le chef d’Etat est le juge suprême placé au-dessus des lois. Voici donc des pays africains avec des populations très pauvres présentant respectivement des taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans et d’espérance de vie de 13.3% et 53 ans au Gabon, 20.8% et 47 ans en Angola, 14.4% et 48 ans en république du Congo, et 15.4% et 51 ans au Cameroun en 2000, dont les chefs d’Etats et les mafias qui les entourent arborent les fortunes les plus élevées du monde. Le président Omar Bongo du Gabon, pièce maîtresse des réseaux terroristes français en Afrique, assis sur un émirat pétrolier produisant 100 millions de barils par an, est celui dont un rapport du Sénat américain du 11 Juin 1999 révélait les réseaux de blanchissement d’argent sale à travers des comptes à la City Bank et des sociétés off-shore telles TENDIN, LEONTINE, et autres. En 1985, parmi tant d’autres, Bongo transférait $50 millions à TENDIN. En 1975, pour profiter individuellement de la flambée des prix de pétrole, tout en excluant le peuple gabonais du partage, Omar Bongo créait trois banques: la FIBA (Banque Française Intercontinentale), La BGL (Banque du Gabon et du Luxembourg) et la SIBA (Société Internationale de Banque). Les banques tenaient des comptes soit nominatifs, soit institutionnels, des présidents Bongo du Gabon, Sassou Nguesso du Congo, et Eduardo Dos Santos de l’Angola, ainsi que des minitères des finances de ces pays. Ces banques étaient au centre des circuits de vol des fonds pétroliers nationaux à partir du trésor où les ministères des finances tenaient des comptes. Les comptes recevaient par ces circuits les fonds payés par Elf aux Etats, dont les impôts sur la production pétrolière, les recettes pétrolières de l’Etat, les frais divers, ainsi que les préfinancements sollicités par ces Etats pour des besoins fort éloignés de ceux de leurs peuples. En contrepartie, ces banques accordaient de lourds prêts aux chefs d’Etats et leurs entourages respectifs, ainsi qu’à leurs complices employés et cadres d’Elf. Toujours est-il que ces prêts n’étaient jamais remboursés et, pour boucler la boucle des détournements, ces banques étaient déclarées en faillite et fermées sans autre forme de procès. C’est malheureusement l’usage de ces fonds par les complices d’Elf qui entéresse uniquement le tribunal actuel de Paris, et pas les mafias dirigeantes africaines et leurs complicités politiques françaises. Si la SIBA était fermée tôt en 1978 et la BGL en 1986, la FIBA ne l’aura été qu’en 2000. En effet, c’est à l’issue d’une perquisition en quête de traces de bonus occultes que des documents importants étaient saisis le 7 Mars 2000 dans les locaux de la FIBA. Les 9 et 10 Mars 2000, un cambriolage était signalé dans ces mêmes locaux et la FIBA était déclarée en faillite et fermée. Les documents saisis ont cependant levé un pan de voile de la mafia pétrolière africaine. Le compte personnel de Bongo, par example, recevait des versements de $30 à $40 millions par an, et il effectuait les retraits uniquement en espèces, par personnes interposées et sur ordres téléphoniques. (Le président des Etats Unis gagne seulement $200.000 par an). Il avait également d’autres comptes au sein de Elf gérés par les personnes actuellement aux arrêts, et d’autres en Europe fonctionnant sous le même principe, comme au Crédit Foncier de Monaco. M. Dossou, conseiller special à la présidence, était l’homme de main de Bongo et étroit partenaire de Tarallo, dirigeant d’Elf. Les ramifications de leurs réseaux couvraient l’Europe, incluant des sociétés, toutes réelles ou fictives, telles CIBC et d’autres à Genève, Lichtensein ou les Etats Unis. En république du Congo, tout comme en Angola, Elf finançait les deux parties en guerre pour la prise du pouvoir. Après avoir soutenu Sassou Nguesso, la conférence nationale de 1992 bouleversa la donne lorsque les acteurs politiques utilisèrent leurs ethnies d’origine comme moyens de lutte “démocratique”. La guerre civile s’installa et Bongo, beau-fils de Sassou Nguesso, proposa à Elf et à la France un candidat de compromis, en la personne du fonctionnaire international Pascal Lissouba. Lissouba put ainsi prendre le pouvoir “démocratiquement” grâce à un préfinancement de $150 millions de la société pétrolière américaine Oxy sous condition de l’hypothèque des dix années suivantes de production pétrolière au prix de $3 le baril!!!, prêt racheté plus tard par Elf. Elf était au centre de la guerre entre les troupes de Sassou et les troupes de Lissouba qu’elle finançait toutes. Elf achetait et livrait des armes autant aux troupes de Sassou qu’à celles de Lissouba. Tous les deux dirigeants ennemis, ainsi que les membres de leurs familles et proches avaient des comptes individuals à la FIBA, mais aussi des comptes tenus à Elf et gérés suivant les mêmes circuits mafieux ci-dessus. Lissouba s’offrit ainsi une propriété immobilière de $2 à $3 millions à Paris. Sassou utilise surtout les circuits bien huilés de Bongo. Elf finança même une tentative de coup d’Etat en 1992 par le chef d’état major des armées Mokoko pour renverser le premier minister Milongo et mettre fin à la conference nationale qui se tenait pour la démocratie. Le candidat que Elf ne soutenait pas et souhaitait que ses deux poulains éliminent, c’était Kolelas vu comme l’homme des Américains. L’Angola avec une production journalière de 800.000 barils fit l’objet de préfinancements de $200 million en 1993 et $50 millions en 1994 affectant une partie des parts de production de la Sonangol. L’Etat du movement marxiste MPLA d’Angola soutenu par Cuba et la banque nationale d’Angola avaient des comptes à la FIBA crédités par les préfinancements. Mais Elf finança également l’UNITA de Jonas Savimbi. Des comptes nominatifs en Suisse autant pour Dos Santos que pour Savimbi étaient alimentés par les cadres d’Elf, dont NESBIT (LordPartners) crédité de $23 million, NATWEST ($16 million) et MINERAL ($6.3 million) à la BDG de Lausane, ou encore VALDECK (LordPartners) pour $18 millions. Au Cameroun, des préfinancements similaires, mais pas les premières du genre, étaient operées par Elf en 1985. L’ancien président de Elf aux arrêts, Loic LeFlock Prigent, est souvent heureux de dire que c’est grâce à lui et Elf que Paul Biya est au Pouvoir au Cameroun. C’est tout dire… Au Nigéria où les mafias sont abondantes et touffues, il est juste signalé 4 versements par Elf de $1 - $3 millions effectués au profit d’un intermédiaire, Odugwu, en vue de l’obtention d’un gisement, ainsi que de comptes a Gibraltar. Au moment où le tyribunal parisien va donc s’étendre abondamment sur les cas d’enrichissement sans cause et de détournements individuels des cadres d’Elf en taule, peu à peu se glisera dans l’oubli la plus grande responsabilité des acteurs politiques français et africains principaux. Déjà les inculpés, après avoir indiqué que leurs détournements à Elf ont en partie servi à financer des parties politiques majeurs en France, se sont depuis rétractés et restent bouche cousue, sous-entendant ainsi que Elf est une mafia puissante. Si les Etats-Unis, qui se sont abstenus de ratifier nombre de conventions internationales établissant des normes éthiques en matières d’exploitation pétrolière, disposent d'une loi "Aliens action for tort" qui autorise dans sa section 1350 les plaignants étrangers à intenter des procédures à l'encontre de personnes morales pour non respect des conventions internationales ratifiées par les Etats-Unis, il n’en est pas de même pour Elf qui ignore totalement toute responsabilité sur la pollution de l’environnement humain et naturel de ses exploitations. Certes les victimes des sociétés américaines en pays pauvres n’ont pas les moyens d’exercer le mince espace de recours qui leur est offert, mais deux procédures de ce type sont actuellement en cours. L'une intentée à Los Angeles par des victimes birmanes contre Unocal et ses partenaires, dont Total; l'autre intentée à New York contre Texaco par des plaignants civils équatoriens. Les dictateurs africains complices de la France, par le biais des enterprises comme Elf, ne donneraient jamais la possibilité à leurs populations victimes d’exploitation pétrolière d’intenter des procès similaires, puisque leurs régimes ont assigné à leurs populations l’unique responsabilité d’en payer tous les prix. |
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