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| GUINEE CONAKRY Victoire pour le gouvernement Guinéen - L’Union Européenne va reprendre l’aide à la Guinée. 8.Jun.2004 - 9h51:18 © Selon des sources concordantes, l’Union Européenne (UE) va reprendre l’assistance économique à la Guinée suspendue depuis 2002 au lendemain des élections législatives controversées. Ainsi, les menaces de sanctions contre la Guinée pour "mauvaise gouvernance", inscrites dans la Convention de Cotonou signée par la Guinée en 2000, se heurtent aux réalités guinéennes qui font que la suspension de l’aide de l’UE n’a ni renforcé le processus démocratique, encore moins affaibli le pouvoir de Lansana Conté. Par contre la paupérisation des Guinéens et la sévère crise économique ont rendu les souffrances de la population encore plus poignantes, alors que l'élite proche du président guinéen vit dans une opulence "indécente" selon les critiques. La Guinée enverra donc le 11 juin prochain à Bruxelles, une délégation gouvernementale pour renégocier avec l’Union Européenne les termes de reprise de l’assistance financière estimée à plusieurs centaines de millions d’euros. Cette décision est le résultat du passage d’une importante délégation d`ambassadeurs du groupe Afrique- Caraibes-Pacifique (ACP), conduite par le président du Comité des Ambassadeurs, le congolais Jacques Obio qui a séjourné en Guinée pour une médiation du contentieux entre le président guinéen, Lansana Conté et l’Union Européenne. Cette décision est une victoire importante pour le gouvernement du président Conté, car en fait le pouvoir de Conakry aura par son intransigeance, gagné le bras de fer avec l’Union Européenne qui exigeait le “respect des règles démocratiques” comme conditions de reprise d’une aide estimée à plus de 350 millions d’Euros suspendue depuis 2002. Aucune des exigences de l’UE n’aura finalement été remplie: la libéralisation des ondes n’est pas à l’ordre du jour, le dialogue avec l’Opposition est un dialogue de sourd ressemblant plus à une cacophonie (le gouvernement rencontrant les Opposants d’une part et les arrêtant de l’autre) et surtout les “élections transparentes” sont devenues "une moquerie" selon les critiques qui ajoutent que la corruption, la mal gouvernance sont devenus des normes plutot que l'exception en Guinée. L’Union Européenne sauvera la face en se contentant des promesses du président Conté de “reprendre le dialogue avec l’Opposition" et un engagement de “bonne gouvernance” de la part de Lansana Conté qui a déclaré à plusieurs reprise qu’il “ne dialogue avec personne” et que “les Blancs peuvent garder leur argent”. L’Union Européenne se contentera apparemment sans illusions de “promesses de bon comportement” de la part de Lansana Conté, qui dans le passé, selon les critiques s’est moqué éperdument du processus de démocratisation qualifié de “régressif” en Guinée par les organisations des droits de l’hommes. Pour couronner cette victoire du gouvernement guinéen, il semble tout apparent que l’autre grand bailleur de fond, le FMI qui avait aussi suspendu le programme d’allégement de la dette extérieure guinéenne de l’ordre de 186 millions de dollars américains pour la période allant de 2003 à 2006, et 38 millions de DTS n’est plus aussi intransigeant sur les conditions de reprises de l’éligibilité de la Guinée (“bonne gouvernance”) au Programme d’aide aux Pays Pauvres et très Endettée (PPTE) auquel la Guinée fait partie. Les 450 milliards de francs inscris au budget sur financement extérieur dans le budget adopté par l’Assemblée Nationale et qui semblaient compromis dans leur entièreté sont devenus plus plausibles pour un gouvernement guinéen pris à la gorge par une crise économique caractérisée par “une mauvaise gestion chronique et une incompétence notoire” selon les critiques. Cette bouffée d’oxygène vient à point pour un gouvernement désarçonné par la démission de l'ancien Premier Ministre, Louncény Fall, et pour une population dont le niveau de vie ne fait que régresser. “Même si on sait qu’ils vont bouffer ou gaspiller toute l’aide, au moins nous allons ramasser les miettes” déclare un Guinéen résigné comme la plus part de ses compatriotes et assailli par des difficultés économiques et sociales sans précédent. Boubacar Caba Bah Riz bon marché contre impôt minimum Il n'est un secret pour personne que les gouvernés ne font pas confiance aux gouvernants en Guinée. Estimant que les taxes et impôts ne vont pas au trésor public, mais sur des comptes privés des responsables corrompus, bon nombre de citoyens ne s'acquittent plus de ce devoir. Du moins dans la capitale. Après avoir essayé plusieurs méthodes pour rentrer en possession de l'impôt minimum, (dont la mise en place des agents chargés d'astreindre les citoyens à payer dans la rue), les autorités ont trouvé une solution magique pour le recouvrement de cet impôt. Lorsque les prix des denrées des premières nécessités ont grimpé de façon vertigineuse, le Président de la République a décidé de ravitailler les citoyens de la capitale en riz. Pour connaître le nombre de bouches à nourrir par chaque père de famille, on a procédé à un recensement de la population. Contrairement à l'accoutumée où les habitants de la capitale ne donnent jamais le nombre exact des membres de leur famille, cette fois on a recensé les absents, les mineurs et même certains qui sont décédés. Le jeu en valait la chandelle : plus on a des bouches à nourrir plus on le riz, pensait-on. Et voilà qu'on apprend que désormais pour avoir le riz il faut au préalable payer l'impôt minimum qui s'élève à 2 000 fg par personne. La différence entre le prix du riz vendu au marché et celui du gouvernement est tellement élevé (48 000 contre 26 500 fg ) que personne ne se fait prier pour payer cet impôt. Seulement voilà que la demande est nettement supérieure par rapport à l'offre. Par exemple la quantité de riz importée par le gouvernent était estimée à près de 20 000 tonnes pour les cinq communes de la capitale. Cette quantité aurait été répartie équitablement en raison de 4 000 tonnes par communes. Or un seul secteur du quartier Koloma aurait le même nombre d'habitants que deux quartiers de Kaloum. Du coup, quelle que soit la bonne foi des responsables, certaines personnes rentrent bredouillent, estime El-hadj Demba Bangoura, chef de quartier de Koloma II dans la commune de Ratoma. Ainsi, lorsque Matoto et Ratoma ont épuisé leur stock, Kaloum n'avait pas encore vendu la moitié de du sien. S'agissant des femmes qui font la queue pour acheter et revendre ce riz, le chef de quartier de Koloma II reconnaît que cette pratique est une réalité dans son quartier. C'est pourquoi, ajoute-t-il, nos agents ont sillonné le marché pour identifier ces femmes. Celles qui se sont rendues coupables de cette pratique ont été affichées devant les magasins de vente afin que plus jamais elles ne soient servies. Malgré tout, ce responsable admet que certaines femmes continent à bénéficier de la complicité d'autres personnes moyennant quelques billets de banque. Toujours, selon El hadj Bangoura, pour lutter efficacement contre les spéculateurs, désormais seuls les hommes et les veuves doivent être servis. Les femmes qui doivent avoir le riz devant présenter la carte d'identité de leur mari. Si à Koloma II les choses vont relativement bien, ce n'est pas le cas dans d'autres quartiers. Par exemple au collège de Dabompa le principal de l'établissement a obtenu une grande quantité de riz pour les enseignants de cet établissement. Ces derniers ont déboursé 28 500 fg pour avoir un sac. Soit 2 000 fg de plus que le prix officiellement fixé par les autorités. Cette quantité de riz serait venue directement de la commune de Kaloum dont l'épouse d'un des chefs de quartier serait enseignante au collège de Dabompa. La pratique serait courante dans maints quartiers de Conakry où on sortirait du riz nuitamment pour une destination inconnue. Pour revenir à l'impôt minimum, selon certains responsables de quartiers, même les salariés doivent payer cet impôt. Car, ajoutent-ils, la somme qui sera obtenue de cet impôt sera consacrée à l'amélioration de l'état des réseaux dans les quartiers qui manquent cruellement de moyens. Habib Yambering Diallo, l'Enqueteur, Conakry Un sombre tableau des droits de l'homme en Guinée Le respect des droits de l'homme en Guinée constitue une préoccupation majeure. Les nombreuses arrestations arbitraires, des tortures dignes de l'ancien régime et la restriction sur la liberté de mouvement de certains leaders politiques inquiètent plus d'un observateur. Depuis quelques temps, le leader de l'UFR, Sidya Touré et certains responsables de son parti sont dans le collimateur des services de sécurité et de la Justice. Pour nombre d'observateurs, cet acharnement constitue un réel motif d'inquiétude. Les défenseurs des droits de l'homme en Guinée craignent de plus en plus un retour aux anciennes pratiques. Car, le président de l'UFR ne serait victime que de son opposition au pouvoir en place dont les durs et zélés ne lui pardonnent pas son départ du parti au pouvoir pour l'opposition. Ces durs, après avoir réussi à intimider Alpha Condé à leur abandonner le terrain politique comme l'attestent ses absences lors de la dernière élection présidentielle et à l'occasion des funérailles de Siradiou Diallo, n'auraient qu'un seul objectif: liquider politiquement Sidya Touré. Ce dernier constitue à leurs yeux, l'un des rares susceptibles de les empêcher de se maintenir au pouvoir. Cette attitude est une grave violation de la loi fondamentale guinéenne qui proclame la liberté d'exprimer ses opinions, de circuler et de manifester. Comme Alpha Condé, Sidya Touré risque de faire les frais des agissements de certains responsables qui, dans leur souci de se maintenir à leur poste, font trop de zèle pour plaire à leur chef. Pourtant, Sidya Touré est totalement différent par rapport à certains de ses collègues de l'opposition. Il a toujours évité la polémique et les déclarations incendiaires. Tant dans les interviews accordées à la presse d'ici et d'ailleurs qu'au cours de ses meetings politiques, Sidya s'est toujours montré modéré. En marge de ce qui risque d'être le feuilleton Sidya Touré, on ne doit pas occulter d'autres violations des droits de la personne humaine en Guinée dont certains responsables se rendent coupables. C'est le cas par exemple de ces jeunes cadres détenus depuis près de six mois au PM3. Ces détenus sont accusés d'avoir pris part à un test dont l'organisateur a, pour sa part, réussi à quitter le pays. Plus troublant encore, les militaires qui avaient participé à ce fameux test n'ont nullement été inquiétés. Aujourd'hui, ces prisonniers ne réclament pas que la liberté, ils souhaitent être jugés pour savoir au moins la raison de leur arrestation. Malheureusement, cet appel risque de tomber dans des oreilles sourdes. Car, ce n'est pas pour la première fois que des personnes sont arrêtées, détenues et libérées sans jugement. Ce fut le cas par exemple lors du carnage de Cosa où des responsables d'une association des ressortissants de la Guinée forestière avaient été abattus. Ces citoyens avaient eu pour seul crime de dénoncer la présence des combattants de l'Ulimo ( faction rebelle du Liberia) en région forestière. Après cet événement malheureux, d'autres membres de l'association dont Bigna Guilavogui comptable de profession avaient été arrêtés et détenus pendant plusieurs mois sans jugement. A leur libération, ces citoyens avaient des traces de tortures qu'ils ont subies. Certains parmi eux, craignant pour leur sécurité, ont quitté le pays. En octobre 2003, des citoyens dont des militaires avaient également été arrêtés et détenus pendant plusieurs mois et remis en liberté sans jugement. D'autres , sous la menace d'arrestation, avaient réussi à quitter la Guinée. C'est le cas par exemple de Thierno Boubacar Sow socio-économiste bien connu pour son engagement et ses activités dans la société civile. Ce citoyen, craignant pour sa sécurité, a également quitté le pays pour une destination inconnue. Comme on le voit, les habitudes ont la vie dure en Guinée. Justice doit être faite pour que les coupables soient punis, mais que les innocents soient également blanchis et indemnisés pour le préjudice qu'ils ont subi. Habib Yambering Diallo |
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