Échec désastreux du modèle américain au Nigéria
Scrutins sans signification dans une grossière greffe démocratique

Pauvreté désespérée et profondément enracinée. Population otage de gangs armés impitoyables. Protection
militaire des îlots de fortunes colossales dans un océan de désespoir. Coexistence empoisonnée de
communautés déchargeant l'amertume et la haine sociales l?une sur l?autre. Le Nigéria est la tumeur
gonflante d'un échec de greffe du modèle étatique occidental en Afrique, en particulier le modèle du
système capitaliste américain. Le fait que les questions économiques - racine profonde du cauchemar
nigérian ? aient été étrangement absentes de la dernière série de campagnes électorales est la preuve la plus
saillante que la démocratie occidentale est inutile et dangereuse aux Africains.

Ndzana Seme

Lorsque la marrée humaine monte ou descent aux heures de pointe à Lagos, la capitale économique de
plus de 5 millions d'âmes, fourmilière luttant sans cesse pour les sièges limités des fourgonnettes et des
camions remodelés en autobus de transport en commun tous autrefois peints en jaune, la tragédie des
modèles occidentaux en Afrique est palpable.

Lorsque les potentiels locataires sont soumis à payer des années de loyer à l'avance pour gagner un des
très rares espaces d?habitation, lorsque les taux de population au-dessous du seuil de pauvreté sont de plus
de 31% avec 71% de la population vivant avec moins de $1 par jour, lorsque l'analphabétisme des adultes
(les gens de15 ans et plus) est aussi élevé que 37%, lorsque des dizaines de corps sont trouvés chaque jour
sous les ponts (abris classiques des pauvres), lorsque les familles doivent se barricader à partir de 22
heures en raison de l'insécurité due à une guerre sans fin entre les gangs et la police, la ville de l?ethnie du
président nigérian, comme plusieurs autres villes nigérianes, est un enfer.

Avant le boom pétrolier des années 70, le Nigéria dépendait en grande partie des exportations des produits
de base, tels le cacao, l'huile de palme, le caoutchouc, le coton et l'arachide pour son revenu national. Le
pays à ce moment-là était autosuffisant dans la production de nourriture et même un exportateur net de
produits agricoles. En outre, les statistiques disponibles prouvent qu'approximativement 60 pourcent de la
main-d'oeuvre gagnait sa vie de l'agriculture.

Cependant depuis le début des années 70, comme le pétrole est devenu un acquéreur important de devises
étrangères et le contributeur au PIB, d'autres secteurs de l'économie, particulièrement l?agriculture ont été
relégués en arrière. Le revenu fluctuant du pétrole dans les années 70 a fourni la base pour de grandes
augmentations des dépenses publiques.

Un article en date du 11 Juin 2002 de l'IRIN avait fait une claire "focalisation sur le fléau de la pauvreté" au
Nigéria quand il a déclarait: "la pauvreté dominante du Nigéria s'est produite malgré le fait que entre 1970
et 1999, le pays avait encaissé environ 320 milliards de dollars américains de l'exportation du pétrole brut".

"En dépit de sa richesse pétrolière, le Nigéria a exécuté une performance, en termes d'indicateurs sociaux
de base, moin bonne que celle de l'ensemble de l'Afrique sub-Saharienne et pire que d'autres régions du
monde en voie de développement, telles que l'Asie et l'Amérique latine," dit une analyse d'évaluation de la
situation publiée en 2001 par la Commission nationale de la planification du Nigéria et le Fonds des
Nations Unies pour l'enfance (l'UNICEF).

"Au coeur du problème," l'évaluation s'ajoute, "a été une crise de gouvernement et de gestion publique, qui
a ses racines dans la concurrence entre les élites rivales et leurs collèges électoraux ethno-régionaux pour le
contrôte des énormes rentes qui s'accroissent à partir des opérations de l'industrie pétrolière."

Pendant la guerre du Biafra ayant pris fin en 1970, le soulèvement secessioniste Ibo écrasé dans le sang par
l'armée dominée par les Nordistes, 2 millions de personnes avaient péri pendant le genocide. Les années
suivantes, dominées par les régimes militaires et civils du Nord principalement musulman, la richesse
pétrolière avait été en grande partie mal gérée. Sa majeure partie avait été distribuée pour le favoritisme
politique à travers les contrats frauduleux attribués par ceux en poste au gouvernement à leurs copains.

La violence, le discours que les elites occidentalistes évitent d'écouter

Les extraits suivants de l'article par Norimitsu Onishi, "Les milices nigérianes utilisent le pouvoir
d'intimidation" publié le 6 octobre 2002 par le New York Times, est une peinture vivante des cruelles
réalités nigérianes.

"Onitsha, Nigéria ? Même comme cette ville est connue pour la plus violente des villes, le massacre qui
s?est déroulé une soirée récente dans un carrefour a fait crier les gens."

"Des hommes armés attendant au carrefour avaient encerclé Barnabas et Amaka Blessing Igwe, un couple
d?avocats bien connus dans cette partie du Nigéria. Ils les ont tirés hors de leur Mercedes, disent les
témoins. Un des attaquants a coupé la jambe gauche de l'épouse avec une machette. Il l?a ensuite entaillée
à l?arrière de sorte que son corps s?était plié. Elle a rendu son dernier souffle sur le champs."

"Les hommes ont tiré des coups de feu en l'air pour effrayer les passants, cependant les témoins, les gens
vivant dans les bâtiments voisins, pouvaient dire plus tard ce qu'ils avaient vu. Les tueurs ont pompé des
balles dans le corps du mari. Ils sont entrés dans la Mercedes et ont sauté au-dessus de lui. Mais il était
encore vivant et était transporté à un hôpital voisin. Son frère, Vincent Igwe, arriva à temps pour le voir
mourir.

'"Il m'a reconnu," se rappelle M. Igwe, 45 ans. "Il était dans une grande douleur. Il a dit, 'ce qui m'a tué
c?est le gouvernement.' J'ai crié, 'pourquoi le gouvernement massacre-t-il les personnes?' ?Il m'a demandé
de prier pour lui," poursuit M. Igwe. "J'ai demandé à Dieu de le sauver, mais alors il a rendu l?âme."

Barnabas Igwe, 43 ans, Président de l'association nigériane du Barreau des Avocats pour l'Etat
d'Anambra, avait été exécuté par la milice du Gouverneur Chinwoke Mbadinuju parce qu'Igwe était
devenu l?une des critiques les plus féroces de son gouvernement. Les ?Bakassi Boys?, dont le nom officiel
est Services d?Autodefence de l?Etat d'Anambra, avec des membres appartenant au groupe ethnique
dominant Ibo de la région, est la plus notoire milice du pays que le gouverneur a légalisé en août 2000 et
don?t il a localisé les bureaux à l'intérieur du siège social du gouvernorat de Awka, la capitale de l?Etat.
Les "Boys" ont été crédités de réduire la criminalité en tuant des criminels et en laissant leurs corps sans tête
dans les rues, en guise d?avertissements".

Ces événements s?étaient produits après que le régime démocratique de l'ancien Général Président
Olesegun Obasanjo ait pris le pouvoir en 1999.

Les affrontements ethniques s?étaient également accrus depuis 1999. Les Nordistes (Haousa et Fulani
représentant 29% de la population avec des taux de pauvreté de 70-78%) de religion musulmane ont
plusieurs fois lancé des nettoyages ethniques et religieux contre les Sudistes (Yoruba 21%, Ibo 18% et les
236 autres groupes ethniques 32% avec des taux de pauvreté de 55-60%) de religions africaines et
chrétiennes.


La région productrice de pétrole de delta du Niger est également mondialement connue comme le théâtre
des affrontements entre les sociétés pétrolières internationales et les groupes ethniques locaux, entre les
groupes ethniques eux-mêmes, ou entre les groupes ethniques et la police nigériane.

En 2001, les groupes ethniques Tiv et Jukun des Etats centraux de Benue et de Taraba s?étaient affrontés
sur des questions de terrain. Quand l'armée était déployée pour pacifier le secteur, la mission avait
tragiquement tourné mal et 19 soldats avaient été enlevés et tués par une milice locale. En dépit des
réclamations des chefs de la communauté, l'armée était retournée dans secteur en force et, dans une
attaque féroce de vengeance, avait sans discrimination tué environ 300 villageaois sans armes, ouvrant
souvent le feu sur la foule après avoir prétexté une réunion et regroupé les villageois sur les cours.

Obasanjo n'a rien fait pour poursuivre les exécuteurs du genocide et les sanctionner.

Campagnes électorales dénuées de sujets économiques

Cependant, Olesegun Obasanjo est celui qui sûrement sera élu pour un deuxième mandat ce 19 Avril. Son
parti, le Parti Démocratique du Peuple (PDP) a gagné 181 sièges sur les 360 de la Chambre et 60 sièges
sur les 109 du Sénat pendant les scrutins fortement contestés du Samedi passé.

Le candidat principal d'opposition dans l'élection présidentielle, l'ancien Général Président Muhammadu
Buhari a menacé de protestations de masse si le scrutin pour les élections du président national et les 36
gouverneurs des Etats ce Samedi étaient également marquées par des truquages répandus. Il y a beaucoup
de tensions dans l?air aux approches de la prochaine élection présidentielle, avec des risques de perte
d?autres vies.

Beaucoup d'observateurs au Nigéria croient que les racines de la violence à travers une grande partie du
pays ne sont pas religieuses ou culturelles. Des conflits sont souvent créés et exacerbés par les politiciens,
au niveau local et national, qui cherchent à prendre avantage de la division sociale.

A écouter chacun des derniers discours des candidats présidentiels, il est étonant de noter l'absence des
sujets économiques principaux. Cependant, ce n'était aucune surprise pour les observateurs avertis,
puisque les enjeux essentiels sont plutôt les moyens employés pour distribuer l?énorme richesse pétrolière
du gouvernement fédéral d?Abuja vers le niveau local, et pas du tout un quelconque bien-être des
troupeaux électoraux.

Les contrats distribués aux favoris politiques sont la source principale du cauchemar économique nigérian.
Presque toute l'activité économique dans le pays fonctionne sur ce principe - l'adjudication des contrats
pour la construction des routes, des écoles, et des hôpitaux; pour l'approvisionnement d'électricité, d'eau,
des medicaments, etc?

Le capitalisme nigérian fait de ceux qui ont accès à la source des richessses les détenteurs du pouvoir.
Ceux qui n'ont pas le pouvoir emploieraient tous les moyens pour l'obtenir. Et épinglés au milieu de cette
Mafia sont les nigérians ordinaires, dont les conflits locaux sont fomentés ou détournés par les politiciens
cyniques prêts à payer aux sections entières de la communauté des sommes d'argent pour fomenter les
troubles.

Le business habituel de Washington transplanté à Abuja devient l'excroissance d'une tumeur maligne qui
peut dévaster la région africaine entière.
Le Général Olusegun Obasanjo, adjoint de Murtala Muhammed assassiné, avait pris les rênes du
gouvernement à la suite d?un soulèvement public en 1976 et avait sommairement fait exécuter plus de
trente des fomentateurs du coup d?Etat. Au cours des trois années suivantes une nouvelle constitution avait
été rédigée avec la séparation des pouvoirs et en établissant un régime presidentiel de type américain, avec
des gouvernements locaux investis d?une plus grande autonomie et un système capitaliste fort. Le Président
Jimmy Carter était venu à Lagos en mars 1978, devenant le premier président en poste des Etats-Unis à
visiter l'Afrique sub-Saharienne.

George W Bush s?empressa également à inviter le bon élève du modèle américain, de nouveau au pouvoir
après les élections démocratiques de 1999, au sommet du G8 de Kananaskis, Canada, en 2002.

La tragédie nigériane avait été organisée par l'ancien colonialiste britannique ayant imposé une coexistence
des communautés culturellement différentes au sein d?une fausse nation. Il est perpétué par les élites
occidentalistes régnantes, organisées en groupes maffieux forts se battant pour les resources (pétrolières)
fédérales et exacerbant des tensions ethniques pour couvrir leurs intérêts.

Quand même aux Etats-Unis des allégations de truquages électoraux étaient entendues en 2000 et le
Président actuel était intronisé avec moins de 25% des voix favorables de citoyens américains, pourquoi
devrions-nous nous étonner que l'élève du modèle américain en Afrique devienne un enfer? Quand 50%
des citoyens américains s'abstiennent de voter, le message est clair que ces 104 millions de citoyens
américains ne font pas confiance à la démocratie américaine.

Par conséquent, pourquoi devrions-nous continuer à nourrir des espoirs sur la démocratie nigériane aussi
éloignée de la culture occidentale? Les modèles occidentaux sont la source de la tragédie africaine. Mais
qui oserait jamais réaliser le changement économique nécessaire du Nigéria sans être étiqueté
d'anti-
américanisme et traité comme Saddam?

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