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SENEGAL - CONFLIT DE CASAMANCE
Jean -Marie Biagui tue le mythe de
l'indépendance
(Walfadjiri 26/05/2004)

Continuer de revendiquer l'indépendance de la Casamance
comme le fait le Mfdc depuis vingt-deux ans, c'est courir
derrière une chimère. Telle est aujourd'hui la conviction que
Jean-Marie François Biagui tente de faire partager au "militant
ou combattant" du Mfdc.

Dans le pamphlet qu'il lui a destiné, le secrétaire général du mouvement irrédentiste récemment évincé par
l'abbé Diamacoune recense, sans complaisance, les échecs du Mfdc qui limitent son combat pour
l'indépendance de la Casamance.

(Correspondance) - S?il y a un responsable du Mouvement des forces démocratiques de Casamance
(Mfdc) qui ne croit plus à l?indépendance de la région Sud du Sénégal, c?est bien Jean-Marie François
Biagui. Dans une lettre adressée à «un militant ou combattant du Mfdc», celui qui se réclame toujours
secrétaire général du mouvement indépendantiste casamançais, malgré son éviction par l?abbé Augustin
Diamacoune Senghor, chef historique dudit mouvement, se dit convaincu que l?"indépendance pure et
simple de la Casamance n?est pas possible". D?abord, dira-t-il, parce que le peuple casamançais n?y est
pas favorable et il nous l?a objectivement démontré, en ayant refusé de porter et de prendre en charge le
Mfdc pendant 22 ans.

Ensuite, poursuit M. Biagui, "parce que durant vingt-deux ans de guerre, nous ne sommes pas parvenus à
libérer la moindre parcelle du territoire de la Casamance. Pis, si le chef historique du Mfdc est
relativement libre de tout mouvement, sa sécurité demeure assurée, à ce jour, par la gendarmerie
sénégalaise et non par le mouvement".

A titre de comparaison, celui qui était jusqu?à une période récente secrétaire général incontesté du Mfdc,
rappelle que les rebelles de Côte d?Ivoire ont libéré tout le Nord du pays en quelques mois. Non pas
parce qu?ils sont plus valeureux qu'«Atika» (la branche armée du Mfdc), mais tout simplement parce que,
là-bas, ils sont portés et pris en charge par le peuple du Nord de la Côte d?Ivoire. En effet, révèle
Jean-Marie François Biagui, "le peuple du Nord de ce pays est résolument favorable à la cause défendue
par les rebelles et il l?assume à tout point de vue".

Ainsi, aujourd?hui, les rebelles de Côte d?Ivoire sont maîtres sur toute l?étendue de la moitié nord du
pays : "Ils pourraient même s?autoproclamer indépendants si tel était leur objectif". Une telle configuration,
si l?on en croit Jean-Marie François Biagui, est loin, très loin du cas de la Casamance, "pour la bonne et
simple raison que le peuple casamançais, objectivement, n?a pas adhéré au combat mené par le Mfdc
depuis maintenant vingt-deux ans".

Dans cette même missive, Jean Marie François Biagui a révélé que si la guerre a duré tout ce temps, c?est
parce que le Mfdc qui s?est engagé les mains nues "dans cette guerre qui lui a été imposée, n?a pas eu
l?adhésion à sa cause". "La décennie 90 constituait véritablement les années de guerre entre le Mfdc et le
gouvernement du Sénégal. Par conséquent, des années-tests quant à l?adhésion ou non du peuple
casamançais à la cause incarnée et défendue par le Mfdc. L?adhésion à cette cause eut été, alors, de
porter le Mfdc (ailes politique et militaire), de le prendre en charge et en particulier d?équiper
militairement l?aile combattante ("Atika") et d?assurer le renouvellement régulier des effectifs de cette
dernière", peut-on lire dans la correspondance.

Au lieu de cela, regrette Biagui, le Mfdc s?est vu livré à lui-même et parfois réduit à un mouvement aux
intérêts aussi divers que les individus qui se réclament de lui. Or, rappelle-t-il, "un peuple qui ne porte pas
ceux de ses fils qui prétendent lutter pour son indépendance, un peuple qui ne veut guère supporter les
sacrifices d?une telle lutte, est fatalement non favorable à la cause en question, fut-elle des plus légitimes".

A cela s?ajoute, selon le désormais ex-secrétaire général du Mfdc, l?amateurisme politique et
diplomatique dont faisait preuve l?aile politique. En effet, explique Biagui, "depuis 1993, l?aile politique
intérieur se complaît dans son «statut» de résident surveillé, un statut qui lui est d?autant plus précieux et
confortable que le chef historique du mouvement, l?abbé Augustin Diamacoune Senghor, avait rejeté sans
appel l?opportunité que je lui avais offerte, dans la foulée de l?euphorie du congrès de Banjul en juin
1999, de se constituer réfugié politique auprès de l?une ou de l?autre des deux puissances étrangères
avec lesquelles j?avais pris langue préalablement en Europe?. Sans oublier, dira t-il, ?que la diplomatie du
Mfdc, longtemps incarnée par Mamadou Sané dit Nkrumah et ses inconditionnels, brille par une
médiocrité innommable?.

Mais aussi, la politique dite de proximité avec les voisins bissau-guinéens et gambiens souffrait, selon Jean
Marie, de manque de lisibilité. ?Ce qui finit par accréditer la thèse selon laquelle le Mfdc ne serait plus
qu?une force d?appoint à consommer avec modération par la Gambie et la Guinée Bissau, de peur de
heurter la susceptibilité diplomatique du Sénégal?.

Mais si le peuple casamançais n?est pas favorable à l?indépendance de la Casamance, il n?est pas non
plus favorable à la politique de régionalisation actuelle. C?est en tout cas la conviction de Jean Marie
Biagui pour qui le peuple casamançais est plutôt favorable ?à une solution de la crise de type fédéral ou
fédéraliste?. C?est-à-dire, tente-t-il d?expliquer, ?que le peuple casamançais voudrait une Casamance
autonome en tant qu'Etat, province ou région, au même titre que toutes les autres régions dans le cadre
d?une République fédérale du Sénégal, et pourquoi pas d?une confédération sous-régionale avec de vrai
pouvoirs politiques?.

Ce faisant, écrit celui qui se considère toujours comme secrétaire général du Mfdc dans sa
correspondance, ?la Casamance disposerait de sa propre constitution, de son propre gouvernement et de
son propre parlement, bref de ses propres institutions, comme le Québec au Canada, comme chacun des
Etats fédérés aux Etats-Unis d?Amérique, chacun des länders en Allemagne, chacun des cantons en
Suisse?.

Dans cette perspective; poursuit-il, ?le Mfdc aurait intérêt à se transformer en parti politique d?une part,
pour participer à la (re) construction de la Casamance, et d?autre part, pour ?uvrer à l?édification d?une
véritable démocratie et d?un véritable Etat fédéral, ce qui serait alors un symbole en un gage du bon
vouloir de vie commune à plusieurs peuples, dans une seule et même Nation, la Nation sénégalaise?.

Il est donc acquis, insistera Biagui, ?que le peuple casamançais n?est pas favorable à l?indépendance pure
et simple de la Casamance? C?est là, selon lui, ?une vérité indéniable, une vérité cruelle pour les
indépendantistes que nous sommes, mais une vérité quand même?. Aussi, conclut Jean Marie Biagui,
?ferions-nous preuve de loyauté et de justice à l?égard de notre peuple, si nous venions à prendre acte de
cette vérité, d?autant que nous revendiquons que nous luttons pour le seul intérêt du peuple casamançais?.

Par : Mamadou Pape MANE
© Copyright Walfadjiri

Sénégal

Une demande de ?pardon? qui ne fait pas l?unanimité
au sein des indépendantistes casamançais


?Le MFDC a pris la mesure de son immense responsabilité par rapport aux souffrances des peuples
casamançais et sénégalais, directement ou indirectement induites par la guerre en Casamance. Le MFDC
leur demande solennellement pardon?, a déclaré le secrétaire général du mouvement, Jean-Marie
François Biagui, dans un discours prononcé à la clôture d?assises intercasamançaises, censées préparer le
terrain de futures négociations avec Dakar.
Jean-Marie François Biagui s?exprimait lors de ces assises, qui se sont tenues pendant le week-end du 6
octobre, au nom de la tendance du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC)
dirigée par le leader historique du mouvement l?abbé Augustin Diamacoune Senghor.
?Oui, avec regret et sincérité, nous demandons pardon aux peuples casamançais et sénégalais?, avait
même ajouté M. Biagui, indiquant que son mouvement appelait de ses v?ux ?l?instauration d?une véritable
dynamique de paix et de réconciliation en Casamance?.

Or, l?autre tendance du Mouvement, dirigée par Sidy Badji, qui se présente comme ?secrétaire par
intérim du MFDC et chargé des affaires militaires?, a fermement rejeté ce discours. Le MFDC ?n?a pas
de pardon quelconque à demander au Sénégal, car ce n?est pas le MFDC qui a créé la guerre en
Casamance, mais bien le Sénégal qui a traversé fleuves et rivières pour venir imposer à la Casamance une
guerre?, a réagi Sidy Badji dans un communiqué.
Selon lui, Jean-Marie François Biagui ?a trahi la confiance du MFDC et du peuple casamançais. Ses
déclarations, faits et gestes n?engagent nullement le MFDC dans son ensemble?.
Sidy Badji a par ailleurs qualifié de ?cirque? et de ?farce inqualifiable? ces assises intercasamançais
ouvertes le 1er septembre à Ziguinchor.
Pourtant, en marge de ces assises, M. Badji avait rencontré par deux fois son ?frère ennemi?, l?abbé
Diamacoune Senghor, les 11 et 17 septembre. Les deux hommes avaient alors affirmé leur volonté de
réaliser l?unité du mouvement indépendantiste, et appelé à l?ouverture rapide de négociations de paix
avec le gouvernement.
Auparavant, le 21 août, ils avaient ?lancé un appel solennel au gouvernement pour qu?il prenne toutes les
dispositions utiles afin que des négociations justes et sincères s?engagent avec le MFDC en terrain neutre,
pour en finir définitivement avec la tragédie casamançaise?, avaient-ils écrit dans un texte commun.

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Diamacoune et Biagui