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Dans le pamphlet qu'il lui a destiné, le secrétaire général du mouvement irrédentiste récemment évincé par l'abbé Diamacoune recense, sans complaisance, les échecs du Mfdc qui limitent son combat pour l'indépendance de la Casamance.
(Correspondance) - S?il y a un responsable du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc) qui ne croit plus à l?indépendance de la région Sud du Sénégal, c?est bien Jean-Marie François Biagui. Dans une lettre adressée à «un militant ou combattant du Mfdc», celui qui se réclame toujours secrétaire général du mouvement indépendantiste casamançais, malgré son éviction par l?abbé Augustin Diamacoune Senghor, chef historique dudit mouvement, se dit convaincu que l?"indépendance pure et simple de la Casamance n?est pas possible". D?abord, dira-t-il, parce que le peuple casamançais n?y est pas favorable et il nous l?a objectivement démontré, en ayant refusé de porter et de prendre en charge le Mfdc pendant 22 ans.
Ensuite, poursuit M. Biagui, "parce que durant vingt-deux ans de guerre, nous ne sommes pas parvenus à libérer la moindre parcelle du territoire de la Casamance. Pis, si le chef historique du Mfdc est relativement libre de tout mouvement, sa sécurité demeure assurée, à ce jour, par la gendarmerie sénégalaise et non par le mouvement".
A titre de comparaison, celui qui était jusqu?à une période récente secrétaire général incontesté du Mfdc, rappelle que les rebelles de Côte d?Ivoire ont libéré tout le Nord du pays en quelques mois. Non pas parce qu?ils sont plus valeureux qu'«Atika» (la branche armée du Mfdc), mais tout simplement parce que, là-bas, ils sont portés et pris en charge par le peuple du Nord de la Côte d?Ivoire. En effet, révèle Jean-Marie François Biagui, "le peuple du Nord de ce pays est résolument favorable à la cause défendue par les rebelles et il l?assume à tout point de vue".
Ainsi, aujourd?hui, les rebelles de Côte d?Ivoire sont maîtres sur toute l?étendue de la moitié nord du pays : "Ils pourraient même s?autoproclamer indépendants si tel était leur objectif". Une telle configuration, si l?on en croit Jean-Marie François Biagui, est loin, très loin du cas de la Casamance, "pour la bonne et simple raison que le peuple casamançais, objectivement, n?a pas adhéré au combat mené par le Mfdc depuis maintenant vingt-deux ans".
Dans cette même missive, Jean Marie François Biagui a révélé que si la guerre a duré tout ce temps, c?est parce que le Mfdc qui s?est engagé les mains nues "dans cette guerre qui lui a été imposée, n?a pas eu l?adhésion à sa cause". "La décennie 90 constituait véritablement les années de guerre entre le Mfdc et le gouvernement du Sénégal. Par conséquent, des années-tests quant à l?adhésion ou non du peuple casamançais à la cause incarnée et défendue par le Mfdc. L?adhésion à cette cause eut été, alors, de porter le Mfdc (ailes politique et militaire), de le prendre en charge et en particulier d?équiper militairement l?aile combattante ("Atika") et d?assurer le renouvellement régulier des effectifs de cette dernière", peut-on lire dans la correspondance.
Au lieu de cela, regrette Biagui, le Mfdc s?est vu livré à lui-même et parfois réduit à un mouvement aux intérêts aussi divers que les individus qui se réclament de lui. Or, rappelle-t-il, "un peuple qui ne porte pas ceux de ses fils qui prétendent lutter pour son indépendance, un peuple qui ne veut guère supporter les sacrifices d?une telle lutte, est fatalement non favorable à la cause en question, fut-elle des plus légitimes".
A cela s?ajoute, selon le désormais ex-secrétaire général du Mfdc, l?amateurisme politique et diplomatique dont faisait preuve l?aile politique. En effet, explique Biagui, "depuis 1993, l?aile politique intérieur se complaît dans son «statut» de résident surveillé, un statut qui lui est d?autant plus précieux et confortable que le chef historique du mouvement, l?abbé Augustin Diamacoune Senghor, avait rejeté sans appel l?opportunité que je lui avais offerte, dans la foulée de l?euphorie du congrès de Banjul en juin 1999, de se constituer réfugié politique auprès de l?une ou de l?autre des deux puissances étrangères avec lesquelles j?avais pris langue préalablement en Europe?. Sans oublier, dira t-il, ?que la diplomatie du Mfdc, longtemps incarnée par Mamadou Sané dit Nkrumah et ses inconditionnels, brille par une médiocrité innommable?.
Mais aussi, la politique dite de proximité avec les voisins bissau-guinéens et gambiens souffrait, selon Jean Marie, de manque de lisibilité. ?Ce qui finit par accréditer la thèse selon laquelle le Mfdc ne serait plus qu?une force d?appoint à consommer avec modération par la Gambie et la Guinée Bissau, de peur de heurter la susceptibilité diplomatique du Sénégal?.
Mais si le peuple casamançais n?est pas favorable à l?indépendance de la Casamance, il n?est pas non plus favorable à la politique de régionalisation actuelle. C?est en tout cas la conviction de Jean Marie Biagui pour qui le peuple casamançais est plutôt favorable ?à une solution de la crise de type fédéral ou fédéraliste?. C?est-à-dire, tente-t-il d?expliquer, ?que le peuple casamançais voudrait une Casamance autonome en tant qu'Etat, province ou région, au même titre que toutes les autres régions dans le cadre d?une République fédérale du Sénégal, et pourquoi pas d?une confédération sous-régionale avec de vrai pouvoirs politiques?.
Ce faisant, écrit celui qui se considère toujours comme secrétaire général du Mfdc dans sa correspondance, ?la Casamance disposerait de sa propre constitution, de son propre gouvernement et de son propre parlement, bref de ses propres institutions, comme le Québec au Canada, comme chacun des Etats fédérés aux Etats-Unis d?Amérique, chacun des länders en Allemagne, chacun des cantons en Suisse?.
Dans cette perspective; poursuit-il, ?le Mfdc aurait intérêt à se transformer en parti politique d?une part, pour participer à la (re) construction de la Casamance, et d?autre part, pour ?uvrer à l?édification d?une véritable démocratie et d?un véritable Etat fédéral, ce qui serait alors un symbole en un gage du bon vouloir de vie commune à plusieurs peuples, dans une seule et même Nation, la Nation sénégalaise?.
Il est donc acquis, insistera Biagui, ?que le peuple casamançais n?est pas favorable à l?indépendance pure et simple de la Casamance? C?est là, selon lui, ?une vérité indéniable, une vérité cruelle pour les indépendantistes que nous sommes, mais une vérité quand même?. Aussi, conclut Jean Marie Biagui, ?ferions-nous preuve de loyauté et de justice à l?égard de notre peuple, si nous venions à prendre acte de cette vérité, d?autant que nous revendiquons que nous luttons pour le seul intérêt du peuple casamançais?.
Par : Mamadou Pape MANE © Copyright Walfadjiri
Sénégal
Une demande de ?pardon? qui ne fait pas l?unanimité au sein des indépendantistes casamançais
?Le MFDC a pris la mesure de son immense responsabilité par rapport aux souffrances des peuples casamançais et sénégalais, directement ou indirectement induites par la guerre en Casamance. Le MFDC leur demande solennellement pardon?, a déclaré le secrétaire général du mouvement, Jean-Marie François Biagui, dans un discours prononcé à la clôture d?assises intercasamançaises, censées préparer le terrain de futures négociations avec Dakar. Jean-Marie François Biagui s?exprimait lors de ces assises, qui se sont tenues pendant le week-end du 6 octobre, au nom de la tendance du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) dirigée par le leader historique du mouvement l?abbé Augustin Diamacoune Senghor. ?Oui, avec regret et sincérité, nous demandons pardon aux peuples casamançais et sénégalais?, avait même ajouté M. Biagui, indiquant que son mouvement appelait de ses v?ux ?l?instauration d?une véritable dynamique de paix et de réconciliation en Casamance?.
Or, l?autre tendance du Mouvement, dirigée par Sidy Badji, qui se présente comme ?secrétaire par intérim du MFDC et chargé des affaires militaires?, a fermement rejeté ce discours. Le MFDC ?n?a pas de pardon quelconque à demander au Sénégal, car ce n?est pas le MFDC qui a créé la guerre en Casamance, mais bien le Sénégal qui a traversé fleuves et rivières pour venir imposer à la Casamance une guerre?, a réagi Sidy Badji dans un communiqué. Selon lui, Jean-Marie François Biagui ?a trahi la confiance du MFDC et du peuple casamançais. Ses déclarations, faits et gestes n?engagent nullement le MFDC dans son ensemble?. Sidy Badji a par ailleurs qualifié de ?cirque? et de ?farce inqualifiable? ces assises intercasamançais ouvertes le 1er septembre à Ziguinchor. Pourtant, en marge de ces assises, M. Badji avait rencontré par deux fois son ?frère ennemi?, l?abbé Diamacoune Senghor, les 11 et 17 septembre. Les deux hommes avaient alors affirmé leur volonté de réaliser l?unité du mouvement indépendantiste, et appelé à l?ouverture rapide de négociations de paix avec le gouvernement. Auparavant, le 21 août, ils avaient ?lancé un appel solennel au gouvernement pour qu?il prenne toutes les dispositions utiles afin que des négociations justes et sincères s?engagent avec le MFDC en terrain neutre, pour en finir définitivement avec la tragédie casamançaise?, avaient-ils écrit dans un texte commun.
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