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Elections présidentielles américaines de 2004
L’Afrique et les Caraïbes absentes du programme de Kerry/Edwards


Il est troublant de constater que, depuis Kennedy et ses Peace Corps, les administrations démocrates ne sèment que du vent pour stimuler la démocratie et le développement en Afrique ; tandis que la pire des administrations républicaines est actuellement engagée à combattre le SIDA et à renforcer les relations commerciales avec les Etats africains, fussent ils des dictatures.
Par Ndzana Seme

07/24/2004 – Jusqu'à ce niveau, avec la convention démocratique sur le point de commencer lundi prochain à Boston, j'étais étonné de noter que l’Afrique et les Caraïbes sont simplement inexistantes sur l'ordre du jour de Kerry et Edwards. Pourtant, ces candidats du parti démocrate pour les élections présidentielles de novembre 2004 peuvent devenir les prochains locataires de la Maison Blanche.
La seule
allusion faite jusqu'ici à l'Afrique et aux Caraïbes, si je ne me trompe, avait eu lieu en février 2004 pendant les primaires, quand John Edwards avait revendiqué qu'il est plus sensible que John Kerry à la situation difficile des ouvriers américains.

À ce moment-là, les enjeux s'étaient déplacés sur l’agenda de la campagne, en raison des pertes de boulots dans les usines, pertes dont certains avaient accusé l'Accord de libre-échange nord-américain (NAFTA) et d’autres pactes commerciaux.
La solution de John Kerry, pour conserver les boulots des Américains, est de réduire les avantages fiscaux actuellement accordés aux entreprises américaines qui investissent à l'étranger. Il créerait même une double imposition du revenu qui en découle : dans le pays d'accueil et aux États-Unis. 
Pourtant, nous savons que les pays pauvres, notamment les pays africains et caraïbes, ont désespérément besoin de celles, parmi les entreprises américaines, qui ne peuvent plus rester concurrentielles avec le niveau des coûts de main-d'oeuvre qui leur est imposé dans la société occidentale, et qui cherchent ainsi des paradis de main-d'oeuvre.
Les archives du Sénat montrent que Kerry avait voté pour NAFTA en 1993. Edwards n'était pas dans le Sénat à l’époque, mais il dit qu’il se serait opposé à NAFTA.
Kerry et Edwards avaient tous les deux soutenu des privilèges commerciaux pour la Chine. Edwards n'avait pas mentionné ce vote, mais avait indiqué qu'il avait voté contre des pactes avec le Chili, Singapour, l'Afrique et les Caraïbes, et contre la délégation de pouvoirs « fast track » (voie rapide) pour accélérer l'approbation des accords commerciaux par le Président. Kerry avait voté pour le tout, sauf le pacte avec les Caraïbes.
Kerry indique qu’il réprimerait plus durement que Bush les nations qui violent les accords commerciaux. Une position que supporte Edwards.
Les archives du Sénat montrent que le 11 mai 2000, sur une « résolution pour autoriser une nouvelle politique de commerce et d'investissement pour l’Afrique subsaharienne, pour augmenter les avantages commerciaux aux pays du bassin des Caraïbes, pour renouveler le système de préférences généralisées, et pour ré-autoriser les programmes d'aide aux ajustements commerciaux", Kerry avait voté Oui et Edwards avait voté Non.

Le « Programme Opportunité de John Kerry et de John Edwards » rendu public le 21 juillet 2004 par l’équipe de Kerry ne fait aucune mention spécifique de leur programme de politique étrangère, sauf que John Kerry soumettrait une résolution pour la réforme de l'immigration pendant ses 100 premiers jours, ce qui permettrait aux immigrés d’obtenir leur légalisation, encouragerait la réunification des familles, et renforcerait les protections aux frontières. Tous les immigrés africains seraient reconnaissants que cette politique démocrate soit poursuivie.

Une habitude de promesses creuses et de mépris de la part des administrations démocrates


Jimmy Carter est crédité d’être le premier président américain à avoir visité l'Afrique subsaharienne. Les Africains avaient été honorés par sa visite et avaient apprécié les programmes d’assistance de USAID, quoique ces programmes d'aide ne soient pas ce qui est nécessaire pour développer leurs pays.

Au début du premier mandat de l'administration de Clinton, le génocide du Rwanda avait été exécuté. Pendant trois longs mois, après que des troupes américaines de maintien de la paix aient été retirées, Bill Clinton et son administration démocrate avaient ignoré les massacres qui étaient commis quotidiennement au Rwanda. Ils n'avaient rien fait.

Dans son récent livre « My Life » (ma vie), Bill Clinton fait aujourd’hui ses excuses pour n'avoir rien fait alors qu'il pouvait arrêter le génocide du Rwanda. Par contre, il avait arrêté un autre génocide qui se développait, cette fois en Europe, en ancienne Yougoslavie.

Clinton est également bien connu en Afrique pour ses excuses, toutes vêtues de doux discours, y compris ses excuses au sujet du système d'esclavage qui avait bâti en grande partie le capitalisme américain, contrôlé aujourd’hui par le mâle Blanc.

Au sujet des revendications faites par les Africains et par les Africains Américains selon lesquelles les Etats-Unis devraient verser des compensations aux descendants  africains pour cet autre génocide historique, Bill Clinton avait refusé son soutien ; tandis que son épouse, maintenant sénateur de New York, dit s’y opposer absolument.

La dernière promesse faite par Clinton pour stimuler la démocratie était la création de « Radio Démocratie »… sérieusement.

Il vaut mieux les solutions républicaines que rien en Afrique

Les administrations républicaines ont fait des choses horribles en Afrique, y compris l’érection des pires régimes dictatoriaux, tels le système de Mobutu au Congo Zaïre, ou le régime Duvalier en Haïti. Cependant, dans leur poursuite des intérêts commerciaux américains par tous les moyens, les républicains laissent des miettes de revenus aux populations vivant dans les endroits où leurs entreprises investissent.

Les compagnies pharmaceutiques américaines derrière George W Bush l'ont pressé de créer un programme de 15 milliards de dollars pour combattre le SIDA en Afrique. Le programme bénéficiera finalement aux compagnies pharmaceutiques, mais les malades africains bénéficieront aussi bien. Et les Africains sont très sensibles aux mains secourables.

Bush accélère également dur son programme de relations avec l'Afrique, avec la signature le 13 juin 2004 du troisième versement du African Growth and Opportunity Act (AGOA III) [acte sur la croissance et l’opportunité africaine ou NEPAD], qui inclut des nations additionnelles au programme. De façon générale, les programmes d'AGOA ont reçu un bon accueil en Afrique.

La troisième et plus importante démarche que l'administration Bush a faite est l’augmentation des investissements américains dans la région productrice de pétrole du golfe de Guinée, dans la côte occidentale de l'Afrique. Ces investissements aideraient les Etats-Unis à réduire sa dépendance envers le pétrole du Moyen-Orient, aujourd’hui compromis par leur mauvaise gestion du combat contre le terrorisme musulman.

Les nouvelles voies que Kerry et Edwards devraient développer en Afrique et aux Caraïbes

Premièrement, Kerry et Edwards devraient comprendre qu'il n'y a aucun moyen qui puisse empêcher les investisseurs américains de chercher les profits là où les opportunités se présentent. Si l'Afrique et les Caraïbes offrent la main d'oeuvre la moins chère de la planète, il est simplement stupide en ce monde global d’essayer d'empêcher un investisseur de tirer profit d’une telle main d'oeuvre à coût réduit.

Le protectionnisme économique peut être bon lors des campagnes politiques pour des besoins de populisme, mais il serait difficile de le mettre en pratique. Au lieu d'assister impuissamment aux faillites des usines américaines, il est plus sage d'encourager la délocalisation des entreprises américaines vers des paradis d'investissement et de recevoir ainsi au moins un revenu d'investissement en retour en Amérique.

Deuxièmement, le Moyen-Orient, l’Afghanistan, le Soudan, la Somalie sont autant de preuves qui montrent qu'un environnement de pauvreté et de désespoir est le meilleur humus pour le terrorisme anti-Américain. La meilleure sécurité pour les investissements américains à l'étranger sera un environnement de démocratie, de justice et de respect des droits humains et économiques.

Il est tout à fait erroné de penser qu'un dictateur peut redistribuer la richesse et empêcher un environnement de désespoir de se produire. Pour être un dictateur, on doit craindre tout pôle concurrent d’accumulation de richesses dans le pays commandé. Le meilleur dictateur règne sur un océan de misère ; qui est le meilleur humus pour la haine, la violence et le terrorisme.

La démocratie, la justice et les droits humains et économiques devraient être les principes de base de la prochaine politique étrangère de la Maison Blanche démocrate envers les Caraïbes et l'Afrique. Comparé au Moyen Orient musulman, la culture africaine est réceptive à la démocratie, parce que la démocratie a toujours été la règle dans les sociétés africaines traditionnelles.

Le Golfe de Guinée ne sera pas un paradis pour l'exploitation du pétrole, à moins que les revenus du pétrole soient largement distribués aux populations du Nigéria, du Cameroun, du Tchad, de Guinée équatoriale, de Sao-Tomé-et-Principe, du Gabon, d’Angola. Les Etats-Unis devraient construire un anneau de démocratie dans le Golfe de Guinée, afin de mieux protéger leurs intérêts aussi bien que ceux de ces nations.

Haïti deviendra un autre humus pour le terrorisme si les Etats-Unis ne favorisent pas une démocratie là-bas. Cuba, Venezuela, Jamaïque, seront autant de bombes à retardement aussi longtemps que Washington suivra la doctrine du « Choc des Civilisations », qui invite les Etats-Unis à maintenir ses voisins méridionaux dans la pauvreté, en sabotant toutes leurs tentatives d'établir la démocratie et d’amorcer leur développement.
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